Mode : Après «la Grosse Pomme», le Congolais Maxime Shanova veut croquer le monde

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Maxime Shanova, est à l’image de sa génération : multiple.

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Brazzaville (© 2021 Afriquinfos)- Entrepreneur, féru de mode, de design et de culture, africain mais résolument tourné vers l’Amérique, Maxime Xavier Omar Gandzion, plus connu sous le nom de Maxime Shanova, est à l’image de sa génération : multiple. Dynamique, enthousiaste mais réfléchi et patient, celui qui avoue avoir toujours ressenti un besoin de s’exprimer par la mode a fait de plusieurs mannequins ses meilleurs ami(e)s, participe aux dîners de Karl Lagerfeld au MOMA, est suivi par plus d’une dizaine de milliers de personnes et s’apprête à dévoiler le mystérieux aboutissement d’une (première) vie à sillonner le monde du show-business à New York, la ville qui ne dort jamais. Interview d’un jeune « socialite » africain à l’ambition internationale.

 

Maxim Shanova, vous venez de rentrer vous installer au Congo après un «exil» de 10 ans aux États-Unis. Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

Il y a près de dix ans, j’ai passé mon baccalauréat à l’internat d’Angers. Tout part de là car mon internat avait un partenariat avec une université américaine (à Austin, Texas). J’ai donc passé mon TEOFL et mon SAT et comme j’avais toujours rêvé d’aller vivre là-bas, je suis allé faire un échange de deux semaines pour visiter Austin. Je n’y étais jamais allé mais ça ne m’a pas vraiment plu.

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Le mode de vie était oppressant et ne me convenait pas. Sans me décourager, j’ai candidaté pour certaines universités telles que New York (Berkeley College), Miami… et celle de New York m’a répondu favorablement, donc j’ai fait mes démarches et je suis allé m’installer là-bas. Au-début, quand je suis arrivé à New York, j’ai vraiment ressenti l’immensité de la ville. J’avais peur de ne pouvoir m’y retrouver tellement il y’a de gratte-ciels. Mais au fur et à mesure, j’ai commencé à m’y habituer, à prendre mes marques. Mes connaissances ont beaucoup aidé, dont une très bonne amie qui m’a introduit au milieu de la mode et du show-business. Par la suite, les connexions se sont faites naturellement.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers les États-Unis ?

En grandissant, j’allais aux États-Unis chaque été car j’y avais de la famille. La culture m’a beaucoup attiré. Je me sentais en symbiose avec leurs arts visuels et m’identifiais notamment au cinéma et aux acteurs noirs comme Wesley Snipes, Eddie Murphy, Denzel Washington… J’aimais aussi l’ouverture d’esprit et la langue anglaise, que je rêvais de maîtriser. Le pays lui-même est magnifique, grand, avec des panoramas très variés. J’ai adoré visiter Los Angeles pour sa culture cinématographique et Miami qui m’a rappelé le Gabon. Je suis aussi allé à Atlanta, San Francisco, Oakland, Washington… et New York, bien évidemment.

S’installer à New York a dû être féérique… Un peu comme dans les films hollywoodiens ?

Clairement. Surtout, ce que j’apprécie, c’est que tu ne sais jamais ce qui t’attend.

Une anecdote en particulier vous vient en tête ?

Pour rester dans mon domaine, un jour j’ai été invité au Musée d’art moderne (MOMA) lors d’une réception donnée par le célèbre styliste Karl Lagerfeld en l’honneur de Tilda Swinton – qui a joué dans le Seigneur des anneaux… Il avait organisé un dîner-cocktail à son honneur et j’y suis allé avec mon amie. C’était une soirée de 40 personnes, à la table de Karl Lagerfeld, avec beaucoup de célébrités et de sommités du milieu. C’est une expérience qui m’a choqué – dans le bon sens – et j’étais étonné que les gens soient sympas, ouverts, chaleureux… On a passé une soirée extraordinaire. On a mangé, bu, dansé… Alors que j’étais un grand fan de Karl Lagerfeld, j’ai pu échanger avec lui car je parlais français. Il m’a adoré et nous avons bien ri.

Au-delà de Karl Lagerfeld, vous fréquentiez beaucoup de modèles à New York ? Vous les connaissiez avant les États-Unis ?

J’ai rencontré la moitié de mes meilleurs amis – qui sont des mannequins – là-bas. Je n’ai jamais eu cette intention mais c’est arrivé progressivement et il se trouve qu’on avait des centres d’intérêts communs. On aimait la mode, la culture, sortir… Peu à peu, plusieurs connaissances dans le milieu de la mode sont devenues mes meilleurs amis, ce qui m’a introduit dans ce milieu.

D’où est venue cette passion pour la mode ?

Plus jeune, ma mère était mannequin. D’ailleurs, j’ai une anecdote très drôle. Normalement, vers l’âge de 5 ans, les enfants se font habiller par leurs parents pour aller à l’école. Avec moi, hors de question. Je boudais, je refusais d’y aller si ce n’était pas avec la tenue que j’avais choisi. Lorsqu’elle devait venir me chercher, je disais à ma mère : « habille-toi, mets-toi sur ton 31 », ce qu’elle faisait.

Tout le monde m’enviait : « Ta mère est trop belle ! ». J’adorais ça. Ça m’est venu très précoce. Je savais déjà ce que je voulais faire. C’est marrant d’ailleurs car petit, je confectionnais déjà mes tenues pour l’école. Pareil, quand j’allais à Paris – parce que j’habitais au Gabon à l’époque – vu que ma mère aimait la mode, mes souvenirs les plus marquants sont liés au shopping. C’était cool et avec le temps, ça a développé chez moi un sens de la mode.

Si vous deviez vous définir en un mot, quel terme choisiriez-vous ? Créateur ?

Entrepreneur et « socialite ».

Vers quoi vous dirigez-vous actuellement ?

J’ai un projet qui m’occupe depuis 2 ans maintenant. C’est principalement ce qui a donné du sens à ma présence dans ce milieu – j’ai toujours su qu’à la fin il y’aurait un projet qui justifierait mon entourage et mes activités. Je vais l’annoncer bientôt mais il m’enthousiasme beaucoup.

Et est-ce qu’il y’a une place pour l’Afrique dans ce projet ? Dans d’autres activités ?

J’ai énormément de projets en lien avec le continent, que je suis en train de développement – notamment au Congo pour commencer. Ils ne seront pas forcément orientés vers la mode dans un premier temps, mais qui permettront de contribuer au développement de mon pays en le mettant en valeur.

Pas du tout de mode ?

Si, bien sûr. Tu sais, j’ai connu la mode en Afrique. Déjà, je veux insister sur le fait que, sans vouloir être arrogant, en Afrique les gens s’habillent extrêmement bien. Aujourd’hui, la mode évolue encore plus en Afrique car les designers européens et américains s’inspirent grandement de la mode africaine. L’Afrique est actuellement le « hit ».

Même dans la musique avec l’afrobeat ou même les artistes plus « traditionnels »… Tout le monde dans les industries créatives veut inclure l’Afrique et mettre en avant ses talents. Ce qui me fait plaisir car on retrouve beaucoup de jeunes designers qui accèdent à des niveaux de mainstreamisation et de succès qui me font très plaisir.

D’autres innovent et révolutionnent le milieu de la mode. Je pense notamment à la créatrice congolaise Anifa Mvuemba qui a réalisé le premier défilé de mode virtuel durant la crise Covid. J’ai aussi vu que le Nigéria s’est doté de sa propre Fashion Week, propulsée et pilotée par la mannequin britannique d’origine africaine Naomi Campbell. C’est génial. Les choses avancent et j’en suis vraiment ravi. Donc de toute évidence, il y’aura de la mode dans mes futurs projets.

Justement les choses avancent grâce au « digital » et notamment aux réseaux sociaux. Dans quelle mesure les réseaux sociaux vous sont utiles ?

Pour moi, c’est une manière de véhiculer un message, de s’exprimer de manière directe, interactive et authentique. Ils me sont utiles pour promouvoir mes projets, partager mes avancées, bâtir une communauté autour de ma vision et de mes créations, rendre accessibles mes produits, atteindre de nouveaux partenaires…

Je perçois les réseaux sociaux comme un outil de proximité et de rencontre. Quand tu navigues, tu rencontres énormément de personnes – certaines avec lesquelles tu vas rester en contact sans les voir sur de longues périodes. Juste en tombant sur leurs activités, tu as l’impression de faire partie de leur vie. C’est fort. Nous sommes tous connectés, partout dans le monde. C’est incroyable. Parfois, tu es même mis au courant des actualités du monde via les réseaux sociaux. À titre personnel, je n’utilise que très peu les médias traditionnels aujourd’hui. La viralité de ces outils est très puissante – avec ces défauts bien-sûr.

Ils véhiculent parfois une version « onirique » de la vie, dans un sens où, sur Instagram par exemple, certains utilisateurs ont une « vie de rêve ». Du moins, c’est ce qu’ils souhaitent faire croire. Souvent la réalité est différente, donc il ne faut pas non plus tomber dans le piège qui consiste à les envier. Certains utilisateurs tombent parfois en dépression, quand il suffirait de se dire « ce n’est pas la vraie vie ». Un peu comme quand on regarde un film.

Aujourd’hui, beaucoup veulent se présenter comme « les acteurs principaux » d’une vie hollywoodienne, qui n’est pas toujours en adéquation avec la réalité. Je ne blâme personne mais il faut savoir prendre du recul par rapport à ça. D’ailleurs, ma première caption sur Instagram, c’était « this is not real life ».

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