Les 2750 tonnes d’ammonitrate qui ont dévasté Beyrouth en explosant étaient destinées au Mozambique !

BEYROUTH (© 2020 Afriquinfos)- Deux jours après la terrible explosion qui a ravagé la capitale libanaise, les circonstances de l’accident, qui a fait plus de 135 morts et 5.000 blessés, se précisent. Le stock d’ammonitrate (nitrate d’ammonium, engrais agricole et explosif), entreposé au port de Beyrouth depuis plus de 6 ans, était destiné au Mozambique. Il n’est jamais arrivé à destination. Récit.

 

C’est une affaire rocambolesque, mêlant négligences et bureaucratie, qui se termine en tragédie. Elle est à l’origine d’une des pires catastrophes industrielles de l’histoire. Les 2750 tonnes d’ammonitrate, puissant engrais explosif stocké sans précaution depuis six ans au port de Beyrouth, ont détruit des quartiers entiers de la capitale. Au-delà du bilan humain, déjà dramatique (au moins 135 morts et 5.000 blessés), les dégâts sont estimés entre 3 et 10 milliards de dollars. Déjà, les différents responsables présumés se renvoient la balle.

Au point de départ de la tragédie, un cargo battant pavillon moldave, le Rhosus, construit en 1986, appartenant à un ressortissant russe, qui assurait la liaison entre Batumi, port géorgien de la Mer Noire, et Beira Mar, au Mozambique. Le Rhosus transportait le stock de 2.750 tonnes. Le navire, qui avait quitté Batumi le 23 septembre, connaît une avarie au large de la capitale libanaise. C’est une poubelle flottante. Arraisonné par la douane libanaise, il est interdit de reprendre la mer, car jugé trop dangereux. L’armateur refuse de payer les réparations et abandonne le cargo. Le navire reste en rade plusieurs semaines avec son équipage à bord, avant que la justice libanaise n’autorise finalement l’équipage à débarquer.

En juin 2014, le bateau, qui mouillait toujours au port, est mis en cale sèche, et les produits, hautement dangereux, sont débarqués, confisqués, et entreposés dans le hangar numéro 12. Non loin d’un autre hangar contenant explosifs et produits de feu d’artifice. A plusieurs reprises, entre 2014 et 2019, la direction des douanes alerte les autorités de tutelle, soulignant la dangerosité des produits et le manque de précautions. Rien n’y fait. Les habitants des alentours sont incommodés par des émanations provenant du stock d’ammonitrate. Rien n’y fait. Entre-temps, le Rhosus, devenu bateau-épave, a fini par couler, en 2017, toujours dans le port de Beyrouth ! Son propriétaire et l’armateur, qui disent avoir fait faillite, se sont volatilisés dans la nature.

Cet été, alertée par de multiples rapports, et inquiets de brèches apparues sur les murs de l’entrepôt du hangar 12, la direction du port finit par dépêcher des ouvriers pour colmater les brèches. Ces travaux de soudure seront à l’origine de la première explosion.

 

K. A. N. 

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