Le processus démocratique en Egypte, en Irak, en Libye et en Tunisie est loin d’être terminé

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Même si les causes premières du déclenchement de ce processus démocratique sont communes, il a évolué de façon "très différente" selon les pays, a signalé M. Bauchard.

Pour cet expert, en Egypte, on assiste au deuxième acte d'une révolution, qui après avoir donné le pouvoir aux Frères musulmans, est entrée dans une phase dominée par une prise en main de la situation par l'armée. Il estime que cette dernière veut reprendre un processus démocratique inachevé, avec la rédaction d'une nouvelle constitution et de nouvelles élections législatives et présidentielles. Ceci suppose que toutes les forces politiques puissent participer à ce processus, y compris les Frères musulmans, a-t-il noté.

L'option répressive qui semble persister à leur égard risque de faire sombrer le pays dans la violence, a indiqué M. Bauchard, invité à évaluer le processus démocratique en Egypte, en Irak, en Libye et en Tunisie et d'autres pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord ces dernières années.

Comme toutes les révolutions, les soulèvements arabes vont passer par differentes phases : la mise en place d'instituions véritablement démocratiques demandera vraisemblablement encore de nombreuses années, a observé M. Bauchard, qui a été président de l'Institut du monde arabe.

A la question de savoir pourquoi le processus de démocratisation n'a pas atteint les résultats escomptés, M. Bauchard a souligné que d'une façon générale, la création d'institutions démocratiques suppose la volonté politique de trouver des solutions de compromis, le respect des résultats électoraux dont la légitimité n'est pas contestable et l'acceptation de l'alternance au niveau du pouvoir.

Ces conditions ne sont pas pour l'instant réunis dans les pays évoqués. De plus les nouveaux dirigeants sont jugés sur leurs résultats tant dans le domaine politique, sécuritaire qu'économique. Or les nouveaux pouvoirs élus n'ont pas réussi à gagner la confiance de l'opinion et se sont révélés incapable de relever les problèmes concrets qui se sont posés, en particulier dans le domaine économique, a-t-il estimé.

A propos des bases politiques, économiques, sociales et culturelles qui sont nécessaires pour mener à bien le processus de démocratisation dans ces pays, ce spécialiste du monde arabe a répondu que sur le plan politique, les nouvelles institutions doivent résulter d'un compromise entre les force politiques en présence, notamment entre les mouvements islamo-conservateurs et les courants libéraux, ajoutant que l'atomisation des forces politiques entre de nombreux partis et courants souvent  inorganisés est également un obstacle au développement du jeu démocratique.

Sur le plan économique et social, les nouveaux gouvernements doivent s'attaquer aux défis auxquels ils font face et qui sont d'autant plus difficiles à surmonter que le monde connaît une grave crise économique, a-t-il indiqué, ajoutant qu'avant tout, les nouveaux pouvoirs doivent restaurer la confiance de façon à ce que les entrepreneurs et les investisseurs, tant nationaux qu'étrangers, soient incités à développer leurs activités.

Il n'y a pas de modèle démocratique prêt à l'emploi que l'on puisse appliquer de façon aveugle, a-t-il jugé. Encore fait-il que les valeurs universelles telles qu'elles figurent dans la Charte des Nations unies soient bien respectées, notamment la liberté d'expression et les droits de l'homme.

Les pays arabes sauront certainement trouver le modèle qui conviendra à leur culture et à leur civilisation et qui permettra de prouver que l'islam est bien compatible avec la démocratie, a conclu M. Bauchard, estimant que la construction d'un véritable Etat de droit demandera encore du temps et que cette évolution vers la démocratie est sans doute irréversible.