Affrontements Burhan-Hemedti, une rivalité par procuration entre plusieurs puissances militaires d’Afrique et d’ailleurs

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Khartoum (© 2023 Afriquinfos)- Les affrontements meurtriers au Soudan entre l’armée avec à sa tête, Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de Soutien Rapide (FSR) de Mohamed Hamdan Dagalo dit ‘’Hemedti’’ sont sources d’inquiétudes pour nombre de pays voisins. Un enlisement du conflit aura des répercussions sur l’économie de toute la région. Il faut dire que depuis la prise de pouvoir par les militaires et la mise au ban du Soudan par les institutions de Bretton Woods, le pays dépend de ses voisins. Son sous-sol est source de convoitises pour des pays africains et au-delà. Certains parmi ces Etats ont tout intérêt à ce que le conflit s’arrête ou pas.

Le positionnement stratégique du Soudan, frontalier avec sept (7) pays d’Afrique de l’Est, du Centre et du Nord de l’Afrique, et son riche sous-sol attisent les convoitises de puissances occidentales mais aussi de certaines nations africaines. Le conflit qui a éclaté entre les deux généraux Abdel Fattah al-Burhan, chef des Forces armées soudanaises (SAF), et Mohamed Hamdan Dagalo, chef des Forces paramilitaires de soutien rapide (RSF), était l’occasion rêvée pour leurs ‘’alliés’’ respectifs de se positionner et prendre sa part du gâteau. Ils sont bien aidés par les deux officiers qui ont travaillé ensemble pour prendre le pouvoir, et sont désormais en lutte pour assurer leur suprématie sur le Soudan.

En première ligne des puissances étrangères impliquées dans le conflit soudanais, on retrouve l’Egypte, le grand voisin où vivent au moins 5 millions de Soudanais. Le Général al-Burhan est très proche du président Abdel-Fattah al- Sissi. Le Caire fournit des équipements au Soudan mais aussi finance ses importations de nourriture ou de carburant à travers des banques implantées sur son sol, depuis que le FMI, la Banque mondiale ainsi que les États-Unis ont suspendu leur soutien financier à Khartoum.

La sempiternelle rivalité Washington-Moscou s’invite aussi dans le conflit soudanais. Entre la Russie et le Soudan, c’est une histoire d’amour qui dure depuis des décennies, notamment sous l’ère el-Béchir. Violant en 2005 un embargo de l’ONU, Moscou avait livré des armes à Khartoum pour mater la rébellion au Darfour. Depuis, le Kremlin a posé ses valises et plus quitté ce qui était l’Etat le plus vaste d’Afrique. La construction d’une base navale est dans les clous. Un accord signé en 2017 a été remis au goût du jour à la faveur du retour des militaires au pouvoir. Désormais, c’est à travers son supplétif, le groupe Wagner, que Moscou mène ses petites affaires au Soudan.

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L’instabilité que connaît actuellement le pays n’empêche pas les Russes de cesser de faire du business. Formées et équipées par Moscou, les troupes du Général Hemedti ont laissé le groupe paramilitaire faire main basse sur de nouvelles mines d’or dont le pays est le troisième producteur en Afrique. Les mines se trouvent en effet à l’écart des zones de conflit, et c’est un peu la poule aux œufs d’or pour les deux belligérants. L’an dernier, l’exportation de l’or a rapporté 2,5 milliards de dollars, selon le gouvernement soudanais.

Beaucoup plus, en fait, avec des cargaisons qui transitent par des canaux officieux, via les Émirats arabes unis vers la Russie. Des pays qui veilleront à ce que leurs intérêts ne soient pas remis en cause par cette guerre qui menace de ravager toute une région. Plusieurs pays du Golfe, Qatar, Émirats arabes unis, Arabie saoudite – utilisent le Soudan pour assurer leur sécurité alimentaire.

Les terres arables se font de plus en plus rares au Proche-Orient, et les monarchies pétrolières investissent depuis quelques années dans la création d’annexes extra-territoriales. Ces pays auraient acheté des centaines de milliers d’hectares au Soudan. Raison de plus pour eux de surveiller de près la situation délétère actuelle.

S. B.