Tunisie: L’Intérieur et la Justice dans la première ligne de mire

Afriquinfos Editeur
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"Avant la révolution du 14 janvier 2011, le clan Ben Ali avait profité de son influence et sa mainmise sur les rouages de l'Etat pour spolier des richesses en complicité avec des juristes et des législateurs ayant conçu des lois et réglementations sur-mesure", a révélé Brahim Missaoui, président de l'Association tunisienne de lutte contre la corruption (ATLUC), dans une interview accordée à l'Agence de presse Xinhua.

 L'Intérieur et la Justice les plus visés par la corruption

Ce constat, a-t-il poursuivi, "n'est plus le même après la révolution et la corruption commence certes à perdre du terrain en Tunisie sans pour autant disparaitre définitivement vu le prolongement de certaines pratiques héritées et l'apparition en surface d' autres stimulus".

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M. Missaoui a évoqué un certain "chaos sécuritaire", la dégradation du rendement administratif (services offerts aux entreprises et aux citoyens) en plus de la double implication du sommet du pouvoir et de la classe populaire dans l'ancrage de la corruption.

Pour ne citer qu'un seul exemple, le patron de l'ATLUC a regretté l’apparition (après les élections de l’Assemblée constituante du 23 octobre 2011) du "tourisme partisan". Selon lui, "ce fléau a été carburé dans le cadre de transactions suspectes en flagrante violation des différentes réglementations mondiales".

Les données jusque-là recueillies par le centre d' information et de soutien aux victimes de la corruption (relevant de l' ATLUC), le bilan médiatique ainsi que des témoignages contenus dans des dossiers en justice "montrent que les ministères de l' Intérieur et de la Justice trônent à la tête des départements affectés par la corruption en Tunisie", a encore avoué M. Missaoui. Pour ce qui est du ministère de l'Intérieur, le chef de l’ATLUC a cité le département chargé du volet municipal où certaines infractions aux lois en vigueur persistent encore déjà deux ans après la chute du régime Ben Ali.

Du côté du ministère de la Justice, la corruption administrative se manifeste encore à travers certaines pratiques détectées au niveau du déroulement journalier des procédures au sein des différents tribunaux et palais de justice du pays. Une ferme volonté à éradiquer la corruption face au manque d'expertise.

Faisant de la lutte contre la corruption, l'une de ses priorités tout au long de son mandat, "l’actuel gouvernement essayait toujours de mettre en place les édifices de toute une culture anti-corruption", a reconnu le président de l' ATLUC Brahim Missaoui, connue pour être l' une des principales associations actives dans ce domaine en Tunisie.

Sur le plan structurel, a-t-il expliqué, "plusieurs organismes gouvernementaux ont été fondés depuis 2011 notamment un ministère pour la gouvernance et la lutte contre la corruption, un observatoire pour la lutte anti-corruption, une instance nationale indépendante en la matière outre un observatoire judiciaire spécialisés dans les affaires liées à la corruption

 Par contre, a insisté M. Missaoui, la centralisation des activités, l'insuffisance opérationnelle,

l'absence en profondeur du territoire tunisien (nombre réduit des représentations dans les régions internes) outre le manque de coordination avec le tissu associatif se veulent les principaux amortisseurs freinant les efforts déployés par les autorités tunisiennes pour faire face à la corruption qui s' étend pour toucher des secteurs vitaux dont la douane et le secteur banquier. D'un autre côté, le texte réglementaire mis en place pour contrer ce phénomène risque d'être également défaillant avec entre autres le manque d' une "casquette juridique" claire et ferme pour à la fois couvrir les plaignants et garantir des procès équitables aux accusés.

Pire encore, a ajouté M. Missaoui, "les responsables nommés à la tête des différents institutions officielles chargés de la lutte anti-corruption se retrouvent malheureusement avec des prérogatives réduites et exercent en l' absence d' approche ni plan d' action à court et moyen termes".

La société civile pourrait recourir à des "audiences populaires"

"Face au manque de sérieux observé du côté des autorités de tutelle dans leur traitement judiciaire des casiers corrompus mis à part la mise en liberté de certains symboles de la corruption, l' ATLUC compte sur bon nombre de juristes, experts et magistrats, pour confectionner une œuvre théâtrale se basant sur des dossiers soumis actuellement à la justice afin de projeter une image réelle et crédible à l' opinion publique tunisienne", a encore fait savoir M. Missaoui.

 M. Missaoui a par ailleurs mis en exergue la montée terroriste et l'amplification du trafic d' armes et de contrebande comme facteurs phares de l' alourdissement de la facture en relation avec la corruption. "Une cloche d'alarme vient d'être déclenchée tout au long des quelques 1.500 kilomètres de frontière collant la Tunisie à l' Algérie (nord-ouest) et la Libye (sud-est)".

 "Une certaine tolérance a été remarquée face aux trafiqueurs surtout que les mêmes armes infiltrées sont utilisées par les terroristes pour orchestrer des attaques". D' après M. Missaoui, les récents attentats terroristes menés dans plusieurs provinces visant en premier lieu le corps sécuritaire du pays constituent "un dernier virage des plus dangereux" pouvant mener à enraciner davantage la corruption  en Tunisie.

 Pour réduire le coût de la corruption en Tunisie voire même le déraciner, le président de l' ATLUC propose la révision du régime fiscal tunisien (entre autres la révision des taxes douanières), rompre chemin aux groupes terroristes en sensibilisant les jeunes leur évitant tout discours incitant à la haine et à l' extrémisme, la promulgation de lois conformes aux conventions internationales en vigueur outre la sanction de toute connotation religieuse ou partisane découlant de certains politiciens et hauts responsables.