L’Afrique centrale pour une ouverture à 73% de son marché à l’UE, désaccords persistants

Afriquinfos Editeur
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"En 2009, les ministres (en charge de l’Economie, ndlr) nous avaient donné des instructions disant que nous ne devons ouvrir notre marché qu'à 60%. Parce que toutes les études faites dans la sous-région sur l'impact de l'APE sur nos économies disaient que le plafond devait se situer à 70%. D'ailleurs, une des études a été faite par un Européen", a déclaré samedi à Yaoundé le directeur de l'intégration régionale au ministère camerounais de l'Economie, Chantal Elombat Mbedey.

"Mais, le Cameroun, nous avons essayé de tirer tout le monde pour arriver à 73% d'ouverture. Je pense que nous avons fait un véritablement effort. Il est question maintenant qu'on discute de cette offre. La pression est du côté de la partie européenne. Nous manifestons la volonté d'aller de l'avant dans cette négociation que nous espérer être gagnant-gagnant des deux côtés", a poursuivi cette responsable, par ailleurs coordonnatrice du Comité national de coordination et de suivi des négociations APE.

Depuis le paraphe en décembre 2007 suivi de la signature en janvier 2009 d'un APE intérimaire ou APE d' étape par le Cameroun, l'Union européenne tente d'obtenir au travers de négociations parfois parallysées un accord commercial complet avec l' ensemble des pays d'Afrique centrale représentés par leurs deux communautés économiques, la Communauté économique et monétaire d' Afrique centrale (CEMAC) et la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC).

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DESACCORDS ENTRE LES DEUX PARTIES

Un séminaire de sensibilisation organisé samedi par l'UE en marge du Salon international de l'entreprise, de la PME et du partenariat de Yaoundé (Promote 2011) sur les enjeux, les opportunités et les défis du fameux APE a mis en relief les désaccords entre les deux parties. Outre une ouverture initiale des marchés à 80% appelée à devenir totale plus tard, l'UE exige de l'Afrique l'introduction d'une clause sur la nation la plus favorisée dans l'accord.

"Je pense que la façon démocratique avec laquelle l'Union européenne donne son appui aux différents pays d'Afrique et je dirais même sa générosité, parce qu' il ne faut pas oublier que nous sommes encore premier, il faut mettre ça sur la balance et aussi l'accord lui-même", a souligné Sandra Gallina, chargé d'unité APE à la direction générale du commerce de la Commission européenne à Bruxelles en Belgique.

Selon elle, "l'accord lui-même est porteur de développement, parce qu'il permet à ces pays de la région d'avoir les mêmes outils que d'autres pays se sont déjà donnés. Je fais référence à des pays qui se trouvent dans d'autres continents, qui sont des pays émergents, des pays qui étaient pauvres ou très pauvres jusqu'à hier et qui ont même signé des accords de libre échange avec nous".

Mais pour Chantal Elombat Mbedey, "c'est bien d' informer le secteur privé sur ces opportunités, mais il est bon également de dire qu'il n' y a pas que les opportunités, il y a aussi des défis à relever ensemble. Et ces défis, il y a tout ce que nous avons appelé volet développement, c' est-à-dire la mise à niveau de nos entreprises, le renforcement de nos capacités, l' accompagnement de nos économies à cet APE".

Directeur du marché commun à la CEEAC à Libreville, siège de cette organisation régionale dans la capitale gabonaise, Carlos Bonfim a rappelé le mandat des chefs d'Etat et de gouvernement de la région confié aux experts pour que l'accord en négociation soit juste et équilibré. "C'est un mandat

d'une certaine responsabilité. Donc nous, les experts, nous ne pouvons pas négocier à la légère. Nous allons dans les profondeurs pour déceler les aspects négatifs qui peuvent avoir des conséquences majeures dans la région", a-t-il dit.

"C'est facile pour l' Union européenne de nous dire que, a-t-il poursuivi, l' APE va créer des possibilités d'insertion dans l' économie mondiale. C'est facile pour dire que les entreprises vont pouvoir exporter davantage. Mais, ça c'est vu avec les yeux de l' Union européenne. Peut-être le Cameroun est le seul pays qui a beaucoup de produits à l'exportation. Mais la plupart n'ont que deux ou trois produits, encore que ce sont des matières premières".

Ainsi des aides allouées en faveur du Programme indicatif régional (PIR). D'une enveloppe de 150 millions d'euros, a précisé le directeur du marché commun de la CEEAC, ce financement comporte 15 millions pour soutenir le processus de paix et de sécurité en Afrique centrale, 30 millions pour l'environnement et 97 millions d'euros pour le renforcement des capacités institutionnelles.

Pour la partie européenne, le fait est que "lorsqu'on parle d’APE, on ne doit pas oublier comment cela a commencé. Malgré les préférences tarifaires accordées par l’Union européenne aux ACP (pays du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique, ndlr) avant l'accord de Cotonou et même si le total des exportations vers l'UE a augmenté, la position concurrentielle des ACP sur le marché européen s'est profondément réduite et leur part de marché a décliné de 7% à 3%", a relevé Gallina.

"De plus, a enchaîné celle-ci, la diversification des exportations ne s'est pas développée au même rythme que chez les pays concurrents. Ainsi 85% des exportations ACP vers l' Europe se concentrent sur des produits bruts ou peu transformés".

NATION LA PLUS FAVORISEE

Sur la clause de la nation la plus favorisée, a-t-elle avisé à Xinhua, "l'Union européenne, elle, a donné un accès total, 100%. Nous demandons seulement que dans le cas où il y a un accord avec autre partenaire, qu'on puisse voir quel est le niveau de concession donné par le Cameroun et quel est le niveau de concession donné par le partenaire, pour voir si jamais il y a eu une concession supérieure du Cameroun à l'autre partenaire".

Réponse du berger à la bergère : "L' APE Afrique centrale-Union européenne, c' est un accord entre une zone extrêmement développée et une zone dans laquelle on trouve au moins 5 pays PMA. Nous sommes dans des configurations de déséquilibre total. L'APE ne peut pas être un APE juste si le partenaire le plus faible n'est pas soutenu par le partenaire qui a beaucoup plus de moyens. Voilà le cœur des problèmes des négociations", a rétorqué Carlos Bonfim.

La position du patronat exprimée par le secrétaire exécutif du Groupement interpatronal du Cameroun (GICAM), Martin Abega, est aussi sans équivoque. "Parce que nous sommes obligés d'être des partenaires, le moment est venu de nous entendre sur le modus operandi qui va nous permettre d'arriver à la conclusion, dans le sens des intérêts bien compris de toutes les parties (…) nous vous avons toujours dit que l' époque de la dictée est révolue", a-t-il avisé à Gallina.

"Tant que vous donnerez le sentiment à ces différents pays qui sont vos partenaires que vous leur faites la dictée, a insisté Abega, que vous leur donnez des conditions et des contraintes, je vous garantis qu' ils vont se cabrer et vous aurez le sentiment qu' ils ne sont pas vos amis. La seule chose que nous vous demandons, c'est de nous donnez l'impression que nous vous parlons et vous tenez compte de nos attentes. Pour le patronat d'Afrique centrale, il faut négocier sereinement ".

Il a réclamé des clarifications sur les mesures proposées par l'UE pour le volet développement, en contrepartie de l'ouverture par l'Afrique centrale de son marché. "Nous vous disons aussi que le facteur intégration est important. L' intégration régionale ne doit pas être menacée (…) Nous sommes obligés, en tant qu'entreprises, de dire que l'entreprise assure le liant social, l' entreprise produit des emplois. Si le pays ne crée pas des emplois, il va y avoir des facteurs déstabilisateurs qui ne vont pas vous permettre vous-mêmes d'exporter vos produits vers nous", a-t-il assuré en outre.

Excepté le Cameroun pour son accord d'étape, aucun autre des 10 pays de la CEEAC n'a voulu s'engager avec l' UE pour un accord de partenariat économique. Dotée d’un simple statut d'observateur aux négociations bipartites, la Guinée équatoriale n'a pas l'intention d'adhérer à un éventuel accord régional qui se veut complet avant 2020.

"Le Gabon perd plus de 45 milliards de CFA (90 millions USD) par an dans l'exportation de bois contreplaqués sur le marché européen. Mais, ils ont dit s'ils signaient l' APE intérimaire ils allaient perdre trois ou quatre fois plus. Ils ont préféré faire cet effort de perdre 45 milliards en attendant que nous signions un accord régional où les intérêts du groupe seront plus ou moins préservés", a révélé Bonfim.

Pour lui, "nos pays sont aussi prêts à faire des efforts. Il y a des autres pays, la Chine et le Brésil, qui sont des pays émergents. Si nous fermons nos marchés à ces pays-là, pour les ouvrir à l'Union européenne, nous disons qu' il faut qu'il y ait une compensation".

L' APE intérimaire conclu par le Cameroun n'a visé que des filières stratégiques de ce pays pour un accès sans droits de douane et sans quotas sur le marché européen, à savoir les filières bananes, aluminium, cacao transformé, fruits frais et contreplaqués. Il est resté non appliqué et l'UE a fixé un délai du 31 décembre 2013 au plus tard pour que les autorités de Yaoundé ratifient l'accord, auquel cas le pays se verra basculer au système de préférences généralisées, qui induit une perte des privilèges douaniers pour les exportations en direction de l'Europe.