Mort du roi zoulou, aussi vénéré que controversé, disposant d’une rente annuelle d’environ 3,4 millions d’euros

En un demi-siècle de règne, il a réinstauré les danses des vierges et appelé à chasser du pays les immigrés, ces « poux », ces « fourmis ». A la fois vénéré et controversé, le roi des Zoulous, Goodwill Zwelithini, est mort vendredi en Afrique du Sud.

Ce roi sans pouvoir mais à la parole incendiaire exerçait une influence morale sur plus de onze millions de Zoulous, le plus important groupe ethnique du pays. Les chefs traditionnels sont reconnus par la Constitution et continuent à jouer un rôle symbolique en Afrique du Sud. Mort à l’aube, le roi zoulou, 72 ans, avait été hospitalisé en février, souffrant de diabète. Il était « un symbole important de l’histoire, de la culture et du patrimoine », a déclaré le président Cyril Ramaphosa.

En pays zoulou, une semaine de deuil a été décrétée. « Nous avons perdu le père et le pilier de notre nation », a regretté Sihle Zikalala, chef de la province du KwaZulu Natal (Nord-Est).

Saluant « un guerrier » et « un gentleman », le secrétaire général du Conseil des chefs traditionnels (Contralesa), Zolani Mkiva, a déploré auprès de l’AFP la perte d' »un géant du leadership traditionnel sur le continent ».

Né dans la petite ville de Nongoma, Goodwill Zwelithini a accédé au trône à 23 ans, après la mort de son père, dont la simple évocation du nom lui tirait les larmes. En 1971, sous l’apartheid, il devient le 8e roi zoulou. Ces dernières années, Goodwill Zwelithini a multiplié les remarques xénophobes. Tenant les migrants africains pour responsables de « la montée de l’anarchie », il a ordonné en 2015 qu’ils quittent le pays.

Ses propos ont choqué au-delà des frontières et le roi, toujours vêtu de ses traditionnelles peaux de bêtes, a été accusé d’avoir déclenché une vague d’attaques racistes. Il avait démenti: « Si c’était vrai que j’avais appelé les gens à s’entretuer, le pays entier aurait été réduit en cendres ».

– « Déchaînement des enfers » –

Descendant du tout-puissant Shaka qui a dirigé la nation zouloue jusqu’à son assassinat en 1828, Goodwill Zwelithini a rétabli dans les années 1980 l’Umhlanga, la danse annuelle des roseaux. Pendant huit jours en pays zoulou, des jeunes filles en tenue traditionnelle et seins nus coupent des roseaux et dansent autour de la résidence royale. Seules les jeunes filles vierges participent à ce rite, il est interdit aux femmes « impures ».

En 2018, Goodwill Zwelithini s’est lancé dans une bagarre judiciaire avec le gouvernement contre l’expropriation d’une partie des terres royales au nom de la redistribution en faveur des Noirs déshérités pendant l’apartheid.

Si on touche à ses terres, « les enfers se déchaîneront », avait-il averti. Il est l’administrateur unique de 2,8 millions d’hectares royaux par l’intermédiaire d’un trust. Intarissable, il a une nouvelle fois suscité l’indignation il y a trois ans en se prononçant en faveur des châtiments corporels, pour aider les élèves à mieux réussir en classe.

En 2012, il avait déjà déclenché une tempête en s’attaquant aux homosexuels: « Vous devez savoir que c’est mal et que vous êtes pourris. L’homosexualité est inacceptable », avait-il asséné lors d’une cérémonie célébrant une victoire de l’armée zouloue sur les forces impériales britanniques. Avant les premières élections démocratiques dans le pays en 1994, il a provoqué l’inquiétude, notamment au sein de l’ANC de Nelson Mandela, en rassemblant des milliers d’hommes armés de bâtons dans les rues de Johannesburg. La plupart étaient des partisans du parti nationaliste zoulou Inkatha Freedom Party (IFP). Une fusillade devant le siège de l’ANC s’était soldée par 42 morts et 250 blessés.

Menant sa vie entre plusieurs palais, six épouses et une trentaine de descendants, il profitait des avantages de son statut avec une rente annuelle de l’Etat d’environ 3,4 millions d’euros. Le nom de son successeur n’est pas encore connu. Dans la tradition zouloue, le trône n’est pas forcément réservé au premier fils de la première épouse.

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