L’ancien Premier ministre civil du Mali, Choguel Kokalla Maïga, limogé en novembre 2024 par la Transition militaire au pouvoir depuis aout 2020, a été inculpé puis écroué ce 19 aout 2025 pour « atteinte aux biens publics », a appris l’AFP de sources judiciaires.
M. Maïga avait été nommé Premier ministre en 2021 par le général Assimi Goïta, avant d’être limogé fin 2024, après avoir émis des critiques contre la Transition militaire. Cet ancien poids lourd de la Transition avait notamment déploré d’être tenu à l’écart des décisions sur le maintien aux commandes des généraux qui avaient initialement promis de rendre le pouvoir à des civils élus en mars 2024.

L’ancien Premier ministre, en garde à vue depuis une semaine, a été écroué au terme d’une audition devant la Chambre d’instruction de la Cour suprême, et devra répondre des accusations « d’atteinte aux biens publics, faux et usage de faux », a indiqué une source judiciaire. Aucune date n’a été fixée pour son procès.
Huit de ses anciens collaborateurs avaient également été placés en garde à vue le 12 août dernier dans la même affaire et sont en train d’être auditionnés par la même Chambre d’instruction. « Nous croyons en la justice, nous sommes sereins dans l’attente du procès« , a réagi auprès l’avocat de l’ex-Premier ministre, Maître Cheick Oumar Konaré. Des audits effectués en janvier 2025 accusaient M. Maïga de malversations financières, ce qu’il a toujours nié.
– « S’attendre à tout » –
« Un homme politique doit s’attendre à tout, y compris la prison et la mort« , a déclaré M. Maïga après son incarcération, cité par son avocat. Son emprisonnement intervient dans un contexte où les autorités maliennes ont procédé à l’arrestation de dizaines militaires soupçonnés, selon elles, de vouloir « déstabiliser les institutions » du pays avec l’aide « d’Etats étrangers« . Un Français soupçonné de travailler pour le « service de renseignement français » a été arrêté la semaine dernière. Aucun lien n’a été fait entre l’arrestation de M. Maïga et celles des militaires accusés de vouloir renverser le pouvoir.
Depuis 2012, ce pays du Sahel Central fait face à une profonde crise sécuritaire nourrie notamment par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires. Elle s’ajoute à une grave crise économique.
La Transition militaire, dirigée par le général Assimi Goïta, s’était engagée à remettre le pouvoir aux civils « au plus tard en mars 2024 », mais a depuis manqué à cette promesse via son Parlement (de Transition). En juillet 2025, le régime de Bamako a ainsi accordé à A. Goïta un mandat présidentiel de 5 ans renouvelable « autant de fois que nécessaire » et sans élection jusqu’à résolution du péril sécuritaire dans le pays. Un mandat qui s’aligne sur la durée de celle des autres pouvoirs de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) que sont le Niger et le Burkina Faso.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



