Les Etats-Unis ont imposé ce 20 juillet un second paquet de sanctions à l’encontre du Gouvernement soudanais, l’accusant d’avoir eu recours à des armes chimiques dans sa guerre contre les paramilitaires en cours depuis le 15 avril 2023.

Washington n’a pas apporté de détails sur les armes utilisées, mais des médias ont rapporté le largage de deux barils de chlore en septembre 2024. La guerre qui fait rage depuis avril 2023 entre l’Armée et les FSR (Forces de soutien rapide) a donné lieu à de nombreux signalements de crimes de guerre, les Etats-Unis ayant également imposé des sanctions à des commandants des FSR pour des soupçons de génocide au Darfour.
– Sanctions qui ne dissuadent pas-
Sans donner de détails, le Département d’Etat a conclu l’année 2025 que le « Gouvernement du Soudan a utilisé des armes chimiques en 2024 », en violation de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, ratifiée par Khartoum en mai 1999. Le Gouvernement soudanais a nié à plusieurs reprises ces accusations « sans fondement », les qualifiant de « chantage politique ». Les sanctions qui entrent en vigueur ce 20 juillet renforcent les précédentes restrictions imposées en juin 2025 sur l’accès du pays africain aux exportations et crédits américain. Et interdisent aux transporteurs soudanais d’entrer dans l’espace aérien des Etats-Unis.
En 2024, les exportations américaines vers le Soudan ont représenté 56,6 millions de dollars, selon des données officielles de Washington.
– Des soupçons persistants –
En 2025, le New York Times et France 24 ont rapporté que l’Armée soudanaise avait fait usage d’armes chimiques au moins deux fois pendant la guerre. Selon le quotidien américain précité, citant quatre sources officielles américaines anonymes, le général Abdel Fattah al-Burhane, dirigeant de facto du pays, a lui-même donné son aval pour l’utilisation du chlore.
En octobre 2025, une enquête de France24 a montré que l’Armée avait largué deux barils de cet agent chimique en septembre 2024 à proximité de la raffinerie d’al-Jaili, au nord de Khartoum, alors contrôlée par les FSR. Ce n’est pas la première fois que l’Armée soudanaise, à la tête du pays pendant la majeure partie de son histoire depuis l’indépendance en 1956, est visée par de telles accusations.
En 2016, Amnesty International l’avait déjà accusée d’avoir mené au moins 30 attaques chimiques dans la région du Darfour. En 1998, les Etats-Unis avaient bombardé une usine pharmaceutique à Khartoum, affirmant qu’elle produisait des composants chimiques pour le compte d’Al-Qaïda. Washington n’a jamais étayé ses accusations, qui n’ont fait l’objet d’aucune enquête.
– Relations diplomatiques houleuses avec les Etats-Unis –
Les relations entre le Soudan et les Etats-Unis ont été tendues sous le régime d’Omar el-Béchir, arrivé au pouvoir en 1993 avec le soutien des islamistes et accusé de soutien au terrorisme par Washington. Les sanctions américaines imposées au début des années 1990 ont été renforcées en 2006-2007, après des accusations de génocide dans la région du Darfour perpétré par les milices Janjawid pour le compte du Gouvernement.
La chute d’Omar el-Béchir en 2019 s’est accompagnée d’un certain réchauffement jusqu’à ce que la guerre des généraux ravage à nouveau le pays, et marque le retour d’une partie des sanctions. En janvier 2025, les autorités américaines ont imposé des sanctions financières aux deux principaux acteurs du conflit: le général Mohamed Daglo, le chef des FSR, accusé de génocide, et son rival Abdel Fattah al-Burhane, accusé de viser des infrastructures civiles et d’utiliser « la privation de nourriture comme tactique de guerre ».
– Un pays dans une situation critique –
Selon l’ONU, le Soudan, troisième plus grand pays d’Afrique, subit « la plus grande crise humanitaire actuelle », avec près de 20 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë. La guerre a tué plus de 200.000 personnes, selon des estimations des organisations humanitaires, et le pays a été le théâtre d’innombrables atrocités commises contre des civils, dont des bombardements indiscriminés et un nettoyage ethnique. Les Etats-Unis tentent de se placer en médiateur depuis des années. Au début de la guerre, ils ont organisé avec l’Arabie saoudite des négociations en vue d’un cessez-le-feu, sans succès. Avec l’appui de l’Egypte.
Plus récemment, Washington n’a pas réussi à faire appliquer une trêve humanitaire de trois mois, l’Armée et les paramilitaires semblant vouloir prolonger la guerre jusqu’à une victoire militaire.



