RDC: Contestation populaire de la C64, feu de paille à même d’être ravivé dans les semaines à venir?

La majorité présidentielle milite depuis plusieurs semaines pour changer la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

Afriquinfos Editeur
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Martin Fayulu, Candidat Unique de l'opposition (en RDC) en 2018, lors de la présidentielle.
Martin Fayulu, Candidat Unique de l'opposition (en RDC) en 2018, lors de la présidentielle.

Plusieurs opposants congolais ont été blessés ce 12 juin à Kinshasa lors d’un rassemblement contre un projet de changement de la Constitution qu’ils accusent d’ouvrir la voie à un 3è mandat du Président, et qui a été dispersé par la Police après des heurts avec des militants pro-Gouvernement.

Le Président congolais Felix Tshisekedi lors de sa cérémonie d'investiture pour un deuxième mandat, le 20 janvier 2024 à Kinshasa, en RDC.
Le Président congolais Felix Tshisekedi lors de sa cérémonie d’investiture pour un deuxième mandat, le 20 janvier 2024 à Kinshasa, en RDC.

La majorité présidentielle milite depuis plusieurs semaines pour changer la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Les principaux partis de l’Opposition congolaise, divisée et affaiblie, se sont rassemblés en mai 2026 au sein d’une coalition pour s’opposer à ce qu’ils considèrent comme une tentative de M. Tshisekedi de se maintenir au pouvoir.

Une proposition de loi en cours d’examen à l’Assemblée nationale vise à permettre au Président de réviser les articles verrouillés de la Constitution en cas de « dysfonctionnement majeur » paralysant les institutions de l’État, à l’issue notamment d’un référendum. Ce 12 juin, cette coalition nommée « C64 » (« Coalition Article 64 »), a tenté d’organiser un rassemblement devant le Parlement à Kinshasa, pour exiger le retrait de cette proposition de loi, qui constitue selon elle une « menace grave » contre la stabilité du pays.

L'opposant Martin Fayulu salue la foule de ses partisans, le 30 juin 2019 à Kinshasa, en RDC.
L’opposant Martin Fayulu salue la foule de ses partisans, le 30 juin 2019 à Kinshasa, en RDC.

Le rassemblement a rapidement dégénéré en affrontements entre militants d’Opposition et militants pro-Gouvernements, puis avec la Police, a constaté un journaliste de l’AFP. Le cortège regroupant plusieurs centaines de militants a été dispersé par des gaz lacrymogènes lancés par la Police. Martin Fayulu, arrivé deuxième lors de l’élection présidentielle de 2018 et troisième en 2023, ainsi que l’opposant Prince Epenge, ont été légèrement blessés durant ces heurts, émaillés de jets de pierres et de détonations, a constaté l’AFP.

Des contestations pouvant davantage montées en puissance dans les semaines à venir

A la suite de ces heurts, une partie des militants d’opposition, dont plusieurs étaient blessés, se sont réfugiés dans le siège du parti du Martin Fayulu, l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECIDE), a constaté l’AFP. Des Policiers et des militants se réclamant des Forces du progrès, un mouvement de jeunesse lié au parti présidentiel et souvent décrié pour ses actions violentes, ont brièvement attaqué le siège de ce parti avec des jets de pierre, selon un journaliste de l’AFP.

M. Tshisekedi « a associé la milice de Forces du progrès avec la Police pour attaquer les militants non armés« , a dénoncé Martin Fayulu, rencontré par l’AFP dans le siège de son parti. Parmi les militants blessés rencontrés par l’AFP au siège de l’ECIDE, la plupart ont déclaré avoir été touchés par des jets de pierre, et certains ont affirmé avoir été blessés par balles, sans qu’il soit possible de le confirmer à ce stade. Plusieurs représentants de l’Opposition ainsi que des Organisations de la Société civile ont dénoncé ce 12 juin les violences commises contre les manifestants et leurs leaders.

Le Gouvernement provincial de la ville de Kinshasa a fait état d’un bilan de 20 blessés légers, dont 15 Policiers et 5 manifestants, dans un communiqué publié dans la nuit du 12 au 13 juin, et a déclaré que le rassemblement de l’Opposition n’avait pas été autorisé aux abords du Parlement.  

L’ancien Président Joseph K. Kabila (de 2001 à 2019), condamné à mort par contumace pour son soutien présumé au M23, a exhorté ce 11 juin 2026, dans un communiqué, les Congolais à « soutenir massivement toutes les initiatives » s’opposant à un changement de Constitution. 

La RDC, vaste pays d’Afrique centrale, doit faire face dans ses provinces de l’est (depuis mai 2026) à une épidémie d’Ebola et à la résurgence du groupe antigouvernemental M23 (depuis fin 2021) soutenu par Kigali, qui s’y est emparé de vastes pans de territoires. Au pouvoir depuis 2019, le Président Félix Tshisekedi, 62 ans, arrivera au terme de son second mandat de cinq ans en 2028. Il s’est dit prêt à accepter un troisième mandat « si le peuple (le) souhaite« , à l’issue d’un référendum.

@Afriquinfos & AFP