Vers une version 2 et large de « l’affaire des biens mal acquis » par les Bongo en France

Afriquinfos Editeur
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Le Couple Présidentiel Omar Bongo (DR)

Paris (© 2026 Afriquinfos)- Le Parquet national financier (PNF) a requis, lundi 27 juillet, le renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris de la banque BNP Paribas, de plusieurs enfants de l’ancien président gabonais Omar Bongo, ainsi que de 20 autres personnes physiques de la ‘’Françafrique’’ et morales, dans le cadre de l’enquête sur les « biens mal acquis » gabonais en France.

Selon une source judiciaire, le PNF demande le renvoi en correctionnelle de 23 personnes physiques et morales, dont cinq sociétés – parmi lesquelles BNP Paribas – et 18 individus. Figurent notamment plusieurs enfants de l’ancien chef de l’État gabonais Omar Bongo, ainsi qu’Antoinette Sassou Nguesso, épouse de l’actuel président de la République du Congo.

Les révélations décrivent un réseau de blanchiment sophistiqué qui rappelle les heures les plus sombres des réseaux françafricains. Des dizaines de millions d’euros en espèces auraient transité du Gabon vers la France via des entreprises de décoration ou des sociétés civiles immobilières (SCI) pour acquérir pas moins de 52 biens d’exception à Paris et sur la Côte d’Azur.

Le PNF reproche à BNP Paribas, mise en examen depuis 2021, d’avoir participé entre 1996 et 2008 au blanchiment de fonds issus notamment de faits de corruption et de détournement de fonds publics. Selon les enquêteurs, ces fonds, estimés à au moins 35 millions d’euros, auraient transité par la société gabonaise Atelier 74 avant d’être investis dans des opérations immobilières en France.

Entendue dans le cadre de l’enquête, la banque a reconnu des défaillances dans ses procédures de contrôle tout en contestant toute intention frauduleuse. Il appartient désormais aux juges d’instruction de décider s’ils suivent ou non les réquisitions du parquet financier en ordonnant un procès.

Cette enquête ouverte en 2010, est le fruit de plus de quinze ans d’investigations tentaculaires déclenchées par la plainte de Transparency International.

Parmi les personnes visées par ce réquisitoire figurent également des figures publiques, à l’image de l’ancienne Miss France Sonia Rolland, poursuivie pour avoir accepté un appartement offert par le clan présidentiel.

À ce jour, la justice a déjà saisi pour environ 70 millions d’euros de patrimoine immobilier.

Si les juges d’instruction suivent le réquisitoire du PNF, cette audience s’annoncera comme l’un des plus grands procès de corruption de ces dernières décennies en France. Elle marquerait un symbole fort contre les circuits d’argent sale et le détournement des richesses africaines vers le système financier occidental.

Un feuilleton similaire en Guinée Equatoriale avec une fin heureuse

Fils du président Teodoro Obiang Nguema, Teodorin Obiang, vice-président chargé notamment de la Défense et de la Sécurité de son pays, avait  été condamné en 2020, à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende pour s’être constitué frauduleusement un patrimoine luxueux dans un volet de l’affaire des « biens mal acquis »..

Pendant le procès, la défense de Teodorin Obiang, avait dénoncé une «ingérence dans les affaires d’un État souverain». Le tribunal a rétorqué qu’il était compétent pour le juger car il ne traitait que de «l’infraction de blanchiment commise en France».

Le tribunal a également ordonné la confiscation des biens du vice-président de Guinée équatoriale, obtenus de façon frauduleuse.

Teodorin Obiang, 52 ans à l’époque, a été reconnu coupable de blanchiment d’abus de biens sociaux, blanchiment de détournements de fonds publics, blanchiment d’abus de confiance pour des sommes estimées à 150 millions d’euros. Il a toujours – par le biais de ses avocats puisqu’il n’a jamais assisté à ses procès, en première instance comme en appel – contesté la légitimité de la justice française pour le juger dans cette affaire.

Le 18 juin 2025, les autorités françaises, accompagnées des forces de l’ordre et sur autorisation du tribunal judiciaire de Paris, ont enfin repris le contrôle d’une partie des locaux de l’immeuble de 3 000 m² situé avenue Foch à Paris, occupé illégalement depuis des années par la Guinée équatoriale. Les serrures des étages concernés ont été changées, mettant fin à une occupation sans fondement diplomatique.

Cette intervention constituait une avancée décisive dans l’exécution du jugement historique rendu contre Teodoro Nguema Obiang Mangue, vice-président de la Guinée équatoriale, définitivement condamné en 2021 pour blanchiment de détournements de fonds publics. Elle ouvre enfin la voie à la restitution des avoirs confisqués – plus de 100 millions d’euros – aux populations équato-guinéennes spoliées.

Transparency International France, à l’origine de cette procédure judiciaire, n’a cessé d’alerter sur les tentatives d’obstruction mises en œuvre par le régime d’Obiang. Malgré la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) en 2020 rejetant toute immunité diplomatique à l’immeuble, Malabo avait installé une partie de son personnel d’ambassade dans les lieux, bloquant sa mise en vente. Ce blocage a coûté plus d’1,2 million d’euros aux finances publiques françaises contraintes d’assurer la maintenance de l’immeuble depuis maintenant quatre ans.

Jusqu’ici, seuls 6 millions d’euros, issus de la vente de voitures de luxe saisies en 2012, ont été inscrits sur la ligne budgétaire dédiée à la restitution. Le reste des fonds demeure inexploité. Pour Transparency International France, cette situation n’est plus tenable.

’Nous saluons cette opération comme une étape essentielle vers la mise en œuvre concrète de la justice. Mais Transparency International France appelle les autorités françaises à ne pas céder aux pressions diplomatiques qui résulteraient de cette opération et rappelle qu’en cas d’obstruction persistante, la circulaire interministérielle du 22 novembre 2022 prévoit expressément une alternative : le financement direct, via des organisations de la société civile, de projets au bénéfice des populations spoliées, sans passer par les autorités du pays d’origine’’, s’en était réjoui l’organisation.

V.A.