Les Services turcs de renseignements consolident leur assise dans l’est de la Libye 

Afriquinfos Editeur
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Le chef des Services de Renseignements turcs, Ibrahim Kalin et le maréchal Khalifa Haftar (DR, x.com/restitutorII/status)

Benghazi  (© 2025 Afriquinfos)- Le chef des Services de Renseignements turcs, Ibrahim Kalin, s’est rendu ce lundi 25 août à Benghazi. Cette visite d’un haut responsable de l’appareil sécuritaire turc, marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Ankara et les dirigeants de l’Est libyen.

Après une visite à Ankara, en avril 2025 de Saddam Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar, c’est au tour d’un officiel de premier rang turc, de faire le déplacement de Benghazi. Ibrahim Kalin, Chef des renseignements turcs, à la tête d’une haute délégation militaire a été reçu par l’homme fort de l’est libyen, entouré justement de ses fils Saddam et Khaled Haftar, récemment promus à la tête de l’Armée nationale libyenne (ANL) : alors que le premier en a été nommé vice-commandant général, le second en est devenu le chef d’état-major.

Très peu a filtré des échanges entre les deux parties, mais RFI pense savoir que ce rapprochement qui « pourrait déboucher, à terme, sur une plus grande coopération économique, politique et militaire ». « En ce qui concerne les questions de défense, des discussions ont d’ailleurs eu lieu hier (dimanche dernier) entre Saddam Haftar et la délégation turque à bord de la frégate avec laquelle elle s’est rendue à Benghazi », précise le média français.

Soutien du gouvernement Tripoli, Ankara a pourtant multiplié depuis 2023 les contacts avec les autorités dissidentes de Benghazi, pourtant alliées de la Russie, de l’Egypte et des Émirats arabes unis. Le point de départ de cette prise de contact a été la rencontre à Ankara, en décembre 2023, entre le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le président de la Chambre des représentants, Aguila Salah Issa. Depuis lors, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, ancien directeur du principal service de renseignement turc, le MIT, a multiplié les déclarations et gestes montrant l’importance désormais attachée aux relations entre Ankara et le gouvernement de l’est libyen. En février 2024 par exemple, il annonçait la réouverture prochaine du consulat turc à Benghazi. S’en est suivie, la réception officielle de Saddam Haftar à Ankara le 4 avril 2025.

Selon des experis, le rapprochement turc à l’égard de Benghazi n’apparaît pas motivé par la seule volonté de réconcilier les deux gouvernements rivaux, mais par les gains stratégiques qu’Ankara escompte obtenir d’une telle normalisation de ses relations diplomatiques : en effet, les autorités turques espèrent faire ratifier, par Benghazi, l’accord conclu par la Turquie avec Tripoli en 2019, portant sur la redéfinition des frontières maritimes et l’exploration de leurs fonds marins…ou encore par la possibilité d’établir une base aérienne à Ghat ou à Ghadamès, sous contrôle du clan Haftar, à proximité de la frontière nigérienne et algérienne.  Ils ajoutent, que plusieurs sources laisseraient penser, par ailleurs, que la Turquie aurait approuvé la vente de drones armés à Benghazi. Ainsi, moyennant la formation et la livraison d’équipements à l’ANL, de même qu’un plus grand investissement économique turc dans les territoires tenus par le clan Haftar, ce dernier aurait autorisé la Turquie à s’implanter militairement dans le sud-ouest de la Libye.

Mais dans sa volonté de s’implanter plus durablement dans l’Est libyen, la Turquie doit composer avec un autre acteur majeur, la Russie.

Boniface T.