Kampala (© 2026 Afriquinfos)- Alors que dans les têtes, l’Afrique n’avait qu’une seule candidature pour la course à la tête du Secrétariat des Nations Unies, une annonce de l’Ouganda est venu rebattre les cartes. À quelques jours du premier scrutin indicatif du Conseil de sécurité de l’ONU, qui s’est tenu ce 30 juillet, la compétition pour désigner le successeur d’Antonio Guterres s’est enrichie d’un nouveau prétendant.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies a procédé ce jeudi 30 juillet 2026 au premier vote d’orientation à bulletins secrets pour la succession du secrétaire général de l’organisation internationale. Bien qu’il s’agisse d’une consultation informelle et non contraignante, ce premier tour de table constitue un indicateur politique majeur : il permet de jauger les soutiens réels des prétendants et d’indiquer clairement quels candidats disposent de la dynamique nécessaire pour rester dans la compétition. À l’issue de ce filtre décisif, l’ancien président sénégalais Macky Sall maintient sa candidature et reste pleinement engagé dans la course.
Dans un contexte marqué par les débats sur la rotation géographique en faveur de l’Amérique latine et la poussée des candidatures féminines, l’ancienne vice-présidente du Costa Rica, Rebeca Grynspan, s’est installée en tête de ce premier sondage avec dix voix « d’encouragement ». Elle est immédiatement suivie par l’ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana, Carolyn Rodrigues-Birkett (neuf encouragements), et par le patron de l’AIEA, l’Argentin Rafael Grossi, qui complète le podium avec sept voix favorables.
Au milieu de ce peloton de sept candidats, Macky Sall conserve toutes ses chances. Il récolte six bulletins d’encouragement, sept avis défavorables (« décourager ») et deux abstentions (« sans opinion »). L’ancien chef d’État sénégalais affiche ainsi un résultat comparable à celui de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet (6 encouragements, 5 défavorables, 4 sans opinion), tout en devançant l’Équatorienne María Fernanda Espinosa et l’Ougandais Olara Otunnu.
Ce premier test informel marque le véritable coup d’envoi de la compétition. Il sera suivi de plusieurs autres tours de consultation à huis clos avant le choix final transmis à l’Assemblée générale.
La candidature ougandaise, celle de trop ?
L’Ouganda a officiellement présenté la candidature d’Olara Otunnu, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU et diplomate chevronné. À 75 ans, il devient le septième candidat déclaré et le deuxième Africain en lice, aux côtés de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Cette entrée tardive suscite toutefois de nombreuses interrogations. Pourquoi avoir attendu les derniers jours avant le début du processus de vote ? Cette stratégie peut-elle encore porter ses fruits ?
Olara Otunnu n’est pas un inconnu dans les couloirs des Nations unies. Juriste de formation, diplômé de la faculté de droit de Harvard, il a consacré plus de quatre décennies à la diplomatie et aux affaires internationales. Après avoir exercé dans un cabinet d’avocats à New York et enseigné le droit aux États-Unis comme en France, il est devenu, au début des années 1980, représentant permanent de l’Ouganda auprès de l’ONU.
Sa carrière a véritablement pris une dimension internationale lorsqu’il a présidé successivement le Conseil de sécurité en 1981 et la Commission des droits de l’homme entre 1982 et 1984. Sous le mandat de Kofi Annan, il a ensuite occupé le poste stratégique de secrétaire général adjoint des Nations unies et de représentant spécial pour les enfants et les conflits armés, une fonction qui lui a permis de devenir l’une des principales voix internationales sur la protection des enfants dans les zones de guerre.
Au-delà de l’ONU, Olara Otunnu s’est également engagé dans la vie politique ougandaise. En 2011, il avait tenté de mettre fin au long règne du président Yoweri Museveni en se présentant à l’élection présidentielle. Battu, il est ensuite revenu vers les activités diplomatiques et académiques.
L’annonce de sa candidature seulement cinq jours avant le premier vote indicatif du Conseil de sécurité a surpris de nombreux observateurs. Contrairement à aux autres candidats, qui mènent depuis des mois une campagne active auprès des États membres, Olara Otunnu n’a pas bénéficié d’une longue période pour présenter sa vision ou convaincre les principales puissances diplomatiques.
Pour défendre son dossier, Olara Otunnu mise principalement sur son expérience exceptionnelle au sein des Nations unies. Le gouvernement ougandais le présente comme un « éminent homme d’État » capable de conduire une organisation confrontée à des défis majeurs; multiplication des conflits armés, tensions entre grandes puissances, réforme du multilatéralisme, changement climatique et financement des opérations de paix.
Selon Kampala, son parcours fait de lui un candidat disposant d’une connaissance approfondie du fonctionnement interne de l’organisation, mais également d’une solide crédibilité auprès des pays du Sud comme des partenaires occidentaux.
Le diplomate affirme vouloir mettre son expérience au service d’une ONU plus efficace, plus indépendante et davantage tournée vers la prévention des conflits. Son engagement de longue date en faveur des droits de l’enfant et de la protection des populations civiles constitue également un élément central de son argumentaire.
V.A.



