Dégâts visibles et rues vidées par la fermeture de la plupart des commerces et des écoles donnent ce 26 septembre un air de désolation à la capitale malgache, Antananarivo, au lendemain de manifestations contre le pouvoir réprimées par les Forces de l’ordre et émaillées de pillages.
Antananarivo a été placé jeudi soir sous couvre-feu nocturne par les autorités. Vendredi, des habitants sonnés, pour certains en larmes, faisaient l’inventaire des dégâts sur des supermarchés, banques et autres magasins d’électroménager pillés et saccagés la veille. En déplacement cette semaine à New York (États-Unis) pour l’Assemblée Générale de l’ONU, le Président malgache Andry Rajoelina a condamné les « actes de destruction et la volonté de ravager le pays » dans un communiqué diffusé sur Facebook.

« Les conflits mènent à la destruction et personne n’en tire de bénéfices, sauf ceux agissant dans leur propre intérêt« , a averti le chef d’État dans ce message diffusé à la mi-journée, appelant « tous les Malgaches à rester calmes« . Les Forces de l’ordre sont visibles uniquement sur la place du 13-mai, la grande place centrale de la ville, contrairement à ce 25 septembre.
Déployées en nombre, elles avaient quadrillé la ville une bonne partie de la journée de jeudi pour empêcher des manifestants de se rassembler en réponse à un appel à descendre dans la rue, relayé par les réseaux sociaux, pour protester contre « les coupures incessantes d’eau et d’électricité« .
Ce 26 septembre, les axes routiers du centre-ville étaient rendus à la circulation, toutefois moins dense qu’en temps normal. Un distributeur automatique de billets saccagé, des véhicules calcinés et des vitrines dévalisées témoignent des pillages de la veille, ont constaté des journalistes de l’AFP. Si la situation est calme dans le centre-ville, des pillages étaient encore signalés dans la périphérie sud d’Antananarivo.
– D’autres villes concernées –

L’Ambassade de France a « fortement conseillé de rester à domicile et d’éviter tout déplacement la journée de vendredi », y compris à Antsirabe, troisième ville de la grande île de l’océan Indien. « D’autres manifestations et troubles sont à prévoir et pourraient s’étendre à d’autres régions de Madagascar« , a prévenu pour sa part le ministère britannique des Affaires étrangères.
Outre des commerces et des agences bancaires, une station du téléphérique – un des projets phare du Gouvernement récemment inauguré – a également été incendiée. A la nuit tombée, les saccages se déroulaient sans rencontrer de présence des forces de sécurité. « La Gen Z (génération Z, personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) n’a pas cassé. Hier, à 15H00, on était épuisés par les gendarmes. On est rentrés« , assure un de ces militants, reconnaissable au chapeau vu dans « One Piece » sur son crâne.
Il est venu nettoyer la librairie de son enfance, pillée comme la plupart des commerces du centre commercial ‘Tana Water Front’. « Il se peut qu’ils aient été frustrés. Qu’ils aient été envoyés pour casser. Ils sont déjà pauvres et n’ont rien. Et ils prennent le peu qu’ils voient« , juge ce jeune homme préférant garder l’anonymat par peur de représailles. Au-delà de ces coupures, les partisans de la Gen Z réclament le respect de leurs droits fondamentaux. Le rassemblement de ce 25 septembre avait été interdit par le préfet d’Antananarivo.
Reprenant à leur compte le drapeau pirate tiré de la série japonaise « One Piece », signe de ralliement de mouvements de contestation anti-régime, y compris en Indonésie ou au Népal, les manifestants ont répondu à un appel à la mobilisation en ligne.
Malgré le déploiement des Forces de sécurité et le recours répété à des tirs de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc, la situation a dégénéré jeudi après-midi et dans la soirée. Les domiciles de trois parlementaires proches du pouvoir ont été incendiés et des manifestants ont caillassé les pompiers tentant d’éteindre les flammes touchant la maison de la Sénatrice Lalatiana Rakontondrazafy, nommée en début d’année par le Président.
Âgé de 51 ans, Andry Rajoelina a été réélu fin 2023 lors d’un scrutin boycotté par l’Opposition, auquel moins de la moitié des électeurs inscrits a pris part. En dépit de ses richesses naturelles exceptionnelles, Madagascar reste l’un des pays les plus pauvres de la planète. Près de 75% de sa population vivait sous le seuil de pauvreté en 2022, d’après la Banque mondiale.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



