Le procès en appel d’une quarantaine de figures de l’Opposition condamnées à de lourdes peines en première instance pour « complot contre la sûreté de l’Etat » s’est ouvert ce 27 octobre, mais a été rapidement reporté en raison d’irrégularités dénoncées par la défense, ont indiqué à l’AFP plusieurs avocats des accusés.

Dès le début de l’audience, un avocat a déploré « des violations des procédures« , citant l’absence des accusés dans la salle et leur audition prévue en visioconférence, et a demandé leur libération provisoire, a indiqué à l’AFP l’un de ses collègues, Me Faouzi Jaballah.
Le juge a décidé de reporter la suite des audiences au 17 novembre, a indiqué à l’AFP l’avocat Karim Marzouki. Il a en outre opposé son refus à la fois à la présence des accusés au procès en appel et à leur remise en liberté, selon des médias locaux. Un rejet qui n’avait pas encore été notifié aux avocats en début de soirée, a dit à l’AFP l’avocate Dalila Msaddek.

Près de 40 personnes sont poursuivies pour « complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat » et « adhésion à un groupe terroriste« . Parmi eux, figurent le dirigeant d’opposition Jawhar Ben Mbarek, les chefs de partis Issam Chebbi et Ghazi Chaouachi, l’homme d’affaires Kamel Ltaief ou la féministe Bochra Belhaj Hamida. Samedi, 25 octobre, Me Msaddek, soeur de M. Ben Mbarek, avait dénoncé devant la presse une audience d’appel fixée au dernier moment, exigeant la présence des accusés au procès. « Ce ne sont ni des terroristes, ni de grands criminels, amenez-les et jugez-les comme il vous plaira« , a-t-elle lancé.
En avril 2025, les accusés avaient été condamnés à des peines allant jusqu’à 74 ans de prison, après seulement trois audiences « à distance » et sans plaidoiries de la défense. Après ce premier verdict, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, avait dénoncé « des violations du droit à un procès équitable et du droit à une procédure régulière, suscitant de graves inquiétudes quant aux motivations politiques« . Des critiques venues aussi de France et d’Allemagne que le Président Kais Saied avait qualifiées d' »ingérence flagrante« .
Dans un procès séparé pour « complot contre la sûreté intérieure de l’Etat« , baptisé « complot 2« , d’autres opposants comme le chef du parti islamo-conservateur Ennahdha, Rached Ghannouchi, ont été condamnés début juillet 2025 à des peines allant de 12 à 35 ans.
Par ailleurs, plusieurs centaines d’opposants, avocats, défenseurs des droits ou journalistes font l’objet de poursuites pour diffusion de « fausses nouvelles« , en vertu d’un décret présidentiel critiqué pour l’interprétation très large qu’en font certains juges. Depuis un coup de force par lequel M. Saied s’est emparé des pleins pouvoirs en juillet 2021, des ONG tunisiennes et étrangères dénoncent un recul des droits et libertés en Tunisie, berceau du printemps arabe de début 2011.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



