Les USA mi-figue mi-raisin sur une possible frappe militaire contre des terroristes au Sahel via le Mali 

La France a déjà mené une intervention pendant près de dix ans dans la région, suivie par cinq années de présence russe, sans parvenir à enrayer l'expansion djihadiste au caractère mutant et ensablée dans l'anomie de la plupart des Etats du Sahel sur de larges portions de leurs territoires.

Afriquinfos Editeur
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Les USA mi-figue mi-raisin sur une possible frappe militaire contre des terroristes au Sahel via le Mali
Donald Trump (DR).

Washington (© 2026 Afriquinfos)- Les États-Unis envisageraient de renforcer leur implication sécuritaire au Mali, notamment contre le groupe terroriste JNIM, qui étend son influence au Sahel dans un contexte marqué par l’expansion des groupes djihadistes au Sahel et la recomposition des rapports de force géopolitiques dans la région.

L’Administration Trump étudie une opération militaire au Mali contre le JNIM (groupe terroriste islamiste affilié à Al-Qaïda qui, depuis plusieurs mois, attaque de manière cyclique le pouvoir d’Assimi Goïta) selon des responsables américains qui se sont confiés au confrère « Washington Post ». Une posture explicitée par les confrères de l’Agence turque ‘Anadolu’.

L’une des motivations avancées par les autorités américaines concernerait également la recherche d’un ressortissant américain enlevé au Niger en 2025. Selon plusieurs médias américains, cet ancien pilote missionnaire serait détenu par des combattants affiliés au JNIM sur le territoire malien. Son éventuelle localisation constitue un enjeu majeur pour les services de renseignements américains, qui ont vu leurs capacités de surveillance diminuer, après la fermeture de leurs bases militaires du Niger. C’était fin 2023, suite au putsch contre le pouvoir Bazoum (fin juillet 2023).

La possibilité de cette offensive militaire divise toutefois les responsables américains, selon les sources du journal précité. Certains d’entre eux s’interrogent dans ses pages, craignant une potentielle escalade avec les Forces russes présentes au Mali, et doutant de l’efficacité d’une nouvelle approche militaire dans une région où les précédentes opérations étrangères n’ont pas permis d’endiguer, sur le long terme, l’expansion djihadiste.

Du côté de Donald Trump, l’un des principaux défenseurs de cette réponse armée au terrorisme serait Sebastian Gorka (Directeur adjoint chargé du contre-terrorisme au Conseil de sécurité nationale). La Maison Blanche quant à elle n’a pas confirmé l’existence de plans de frappes.

Un responsable de l’Administration a indiqué néanmoins au ‘Washington Post’ que son pays encourage les Etats d’Afrique du Nord et de l’Ouest à acheter des équipements américains pour soutenir leur lutte contre les groupes terroristes. « Nous exhortons les partenaires régionaux et les alliés de l’Otan à soutenir l’Alliance des États du Sahel dans sa guerre contre le JNIM et l’État islamique », appelle-t-il. En qualifiant le terrorisme de « problème multinational« .

Cette réflexion autour d’une attaque apparaît alors que Washington a déjà renforcé sa coopération sécuritaire avec Bamako après le départ forcé et précipité de Barkhane du Mali fin 2022! Et surtout après la fermeture, à pas de charge, des deux bases américaines au Niger. Des bases qui permettaient de surveiller l’ensemble du Sahel.

Durant l’an 2025, l’Administration Trump a aussi accru le partage de renseignements avec le Gouvernement malien, après une période de distance sous la fin de mandat de Joseph Robinette Biden, en raison du refus du pouvoir Goïta d’organiser des élections et de son rapprochement avec Moscou.

Les informations fournies par les Etats-Unis auraient notamment été utilisées par l’Armée malienne dans des opérations contre des groupes djihadistes.

Vers des tensions entre forces russes et américaines sur le sol africain?

Selon le ‘Washington Post’, la Maison Blanche cherche également à obtenir des droits de survol de l’espace aérien malien afin de déployer des moyens de surveillance, et de suivre notamment la situation de l’Américain Kevin Rideout, un missionnaire enlevé par l’État islamique au Sahel, et soupçonné d’être détenu au Mali.

Le JNIM est devenu ces dernières années l’un des groupes armés les plus puissants au monde, et le plus lourdement équipé de la région du Sahel. Le groupe a établi son principal bastion au Mali, et a étendu ses attaques aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.

En 2025, il a notamment organisé un blocus du carburant qui a paralysé une partie du Mali. Ses combattants ont mené des attaques coordonnées à l’échelle nationale, pénétrant dans Bamako fin avril 2026, prenant une ville stratégique du nord aux Forces maliennes et russes, et tuant le ministre de la Défense, Sadio Camara, dans un attentat-suicide!

Cette intervention comporterait des risques supplémentaires, selon les analystes interrogés par le ‘Washington Post’, et elle pourrait notamment entraîner des tensions avec les Forces russes présentes dans le pays, car le Mali s’est rapproché de la Russie après les coups d’État militaires d’aout 2020 et de mai 2021.

Le pouvoir Goïta a d’abord fait appel au groupe Wagner, puis à Africa Corps, une structure plus directement liée au ministère russe de la Défense, pour lutter contre les djihadistes. Les résultats sont peu probants, selon des sources occidentales, car les groupes terroristes continuent d’évoluer à grande vitesse à travers le pays. Faux, défend le pouvoir de Bamako. Selon des données de l’organisation Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), l’Armée malienne et ses alliés russes ont été « responsables de 925 morts parmi les civils en 2024, contre 232 attribuées aux groupes djihadistes JNIM et État islamique au Sahel ».

Realpolitik de Washington et de Moscou jusqu’en terre malienne?

Les discussions Bamako-Washington porteraient notamment sur une reprise des missions de surveillance aérienne grâce à des drones ou à d’autres appareils de reconnaissance.

De telles capacités permettraient d’améliorer la collecte de renseignements sur les mouvements des groupes armés et de préparer, si nécessaire, des frappes de précision contre des cibles considérées comme stratégiques. Des échanges seraient également engagés afin de rétablir un partage de renseignements avec les Forces armées maliennes, malgré les relations complexes entretenues entre Bamako et les partenaires occidentaux, depuis le retrait des Forces françaises et de plusieurs dispositifs internationaux.

Au-delà de la dimension sécuritaire, cette évolution traduit également une compétition d’influences militaires entre grandes puissances dans la zone sahélienne. Depuis les ruptures diplomatiques intervenues avec plusieurs partenaires occidentaux, les Autorités maliennes ont renforcé leur coopération militaire avec la Russie, désormais représentée par l’Africa Corps (structure relevant du ministère russe de la Défense, après la réorganisation de l’ancien Groupe Wagner).

Cette présence russe s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à consolider son implantation sécuritaire sur le continent africain.

Aucune décision officielle pour l’heure

À ce stade, aucune décision officielle n’a été annoncée par Washington concernant une intervention militaire directe au Mali. Les discussions rapportées concernent des options actuellement étudiées au sein de l’Administration américaine et ne préjugent pas d’une mise en œuvre opérationnelle.

Leur concrétisation dépendra autant de l’évolution de la menace terroriste que des équilibres diplomatiques entre Washington, Bamako et les autres acteurs impliqués dans la sécurité du Sahel. Cette réflexion américaine illustre néanmoins le retour du Sahel parmi les priorités stratégiques des États-Unis. Entre lutte contre les organisations djihadistes, protection de ses ressortissants et rivalité géopolitique continue avec la Russie, les choix de Washington pourraient contribuer à redessiner les équilibres sécuritaires d’une région qui demeure l’une des plus instables du continent africain!

Si elle avait lieu, cette intervention ferait du Mali le huitième pays, au total, visé par des frappes américaines depuis le début du second mandat de Donald Trump, après le Yémen, la Somalie, la Syrie, l’Iran, l’Irak, le Nigeria et le Venezuela.

La France a déjà mené une intervention pendant près de dix ans dans la région, suivie par cinq années de présence russe, sans parvenir à enrayer l’expansion djihadiste au caractère mutant et ensablée dans l’anomie de la plupart des Etats du Sahel sur de larges portions de leurs territoires.

V. A.