Washington (© 2026 Afriquinfos)- Les États-Unis envisageraient de renforcer leur implication sécuritaire au Mali, notamment contre le groupe terroriste JNIM, qui étend son influence au Sahel dans un contexte marqué par l’expansion des groupes djihadistes au Sahel et la recomposition des rapports de force géopolitiques dans la région.
L’administration Trump étudie une opération militaire au Mali contre le JNIM — un puissant groupe terroriste islamiste affilié à Al-Qaïda qui fait vaciller depuis plusieurs mois la junte au pouvoir — selon des responsables américains qui se sont confiés au Washington Post.
L’une des motivations avancées par les autorités américaines concernerait également la recherche d’un ressortissant américain enlevé au Niger en 2025. Selon plusieurs médias américains, cet ancien pilote missionnaire serait détenu par des combattants affiliés au JNIM sur le territoire malien. Son éventuelle localisation constitue un enjeu majeur pour les services de renseignement américains, qui ont vu leurs capacités de surveillance diminuer après le retrait de leurs bases militaires du Niger.
La possibilité de cette offensive militaire divise toutefois les responsables américains, selon les sources du journal. Certains d’entre eux s’interrogent dans ses pages, craignant une potentielle escalade avec les forces russes présentes au Mali, et doutant de l’efficacité d’une nouvelle approche militaire dans une région où les précédentes opérations étrangères n’ont pas permis d’endiguer sur le long terme l’expansion djihadiste.
Du côté de Donald Trump, l’un des principaux défenseurs de cette réponse armée au terrorisme serait Sebastian Gorka, directeur adjoint chargé du contre-terrorisme au Conseil de sécurité nationale. La Maison-Blanche quant à elle n’a pas confirmé l’existence de plans de frappes. Un responsable de l’administration indique néanmoins auprès du journal que Washington encourage les pays d’Afrique du Nord et de l’Ouest à acheter des équipements américains pour soutenir leur lutte contre les groupes terroristes. « Nous exhortons les partenaires régionaux et les alliés de l’Otan à soutenir l’Alliance des États du Sahel dans sa guerre contre le JNIM et l’État islamique » appelle-t-il, qualifiant le terrorisme de « problème multinational« .
Cette réflexion autour d’une attaque apparaît alors que Washington a déjà renforcé sa coopération sécuritaire avec Bamako. L’an dernier, l’administration Trump a accru le partage de renseignements avec le gouvernement malien, après une période de distance sous Joe Biden en raison du refus de la junte d’organiser des élections et de son rapprochement avec Moscou. Les informations fournies par les Etats-Unis auraient notamment été utilisées par l’armée malienne dans des opérations contre des groupes djihadistes.
Vers un déclenchement de tensions entre les forces Russes et Américaines ?
Selon le Washington Post, la Maison-Blanche cherche également à obtenir des droits de survol de l’espace aérien malien afin de déployer des moyens de surveillance, et de suivre notamment la situation de l’Américain Kevin Rideout, un missionnaire enlevé par l’État islamique au Sahel et soupçonné d’être détenu au Mali.
Le JNIM est devenu ces dernières années l’un des groupes armés les plus puissants au monde, et le plus lourdement équipé de la région du Sahel. Le groupe a établi son principal bastion au Mali et étendu ses attaques aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. L’an dernier, il a notamment organisé un blocus du carburant qui a paralysé une partie du pays. Au printemps, ses combattants ont mené des attaques coordonnées à l’échelle nationale, pénétrant dans Bamako, prenant une ville stratégique du nord aux forces maliennes et russes, et tuant le ministre de la Défense Sadio Camara dans un attentat-suicide le 25 avril. De quoi déstabiliser la junte d’Assimi Goïta.
Cette intervention comporterait des risques supplémentaires, selon les analystes interrogés par le Washington Post, et elle pourrait notamment entraîner des tensions avec les forces russes présentes dans le pays, car le Mali s’est rapproché de la Russie après les coups d’État militaires de 2020 et 2021.
La junte au pouvoir a d’abord fait appel au groupe Wagner, puis à Africa Corps, une structure plus directement liée au ministère russe de la Défense, pour lutter contre les djihadistes. Les résultats sont peu probants, les groupes terroristes continuant d’évoluer à grande vitesse à travers le pays. Selon des données de l’organisation Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), l’armée malienne et ses alliés russes ont par ailleurs été responsables de 925 morts parmi les civils en 2024, contre 232 attribuées aux groupes djihadistes JNIM et État islamique au Sahel.
Les discussions portent notamment sur une reprise des missions de surveillance aérienne grâce à des drones ou à d’autres appareils de reconnaissance. De telles capacités permettraient d’améliorer la collecte de renseignements sur les mouvements des groupes armés et de préparer, si nécessaire, des frappes de précision contre des cibles considérées comme stratégiques. Des échanges seraient également engagés afin de rétablir un partage de renseignements avec les Forces armées maliennes, malgré les relations complexes entretenues entre Bamako et les partenaires occidentaux depuis le retrait des forces françaises et de plusieurs dispositifs internationaux.
Au-delà de la dimension sécuritaire, cette évolution traduit également une compétition d’influence entre grandes puissances. Depuis les ruptures diplomatiques intervenues avec plusieurs partenaires occidentaux, les autorités maliennes ont renforcé leur coopération militaire avec la Russie, désormais représentée par l’Africa Corps, structure relevant du ministère russe de la Défense après la réorganisation de l’ancien groupe Wagner. Cette présence russe s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à consolider son implantation sécuritaire sur le continent africain.
Aucune décision officielle pour l’heure
À ce stade, aucune décision officielle n’a été annoncée par Washington concernant une intervention militaire directe au Mali. Les discussions rapportées concernent des options actuellement étudiées au sein de l’administration américaine et ne préjugent pas d’une mise en œuvre opérationnelle. Leur concrétisation dépendra autant de l’évolution de la menace terroriste que des équilibres diplomatiques entre Washington, Bamako et les autres acteurs impliqués dans la sécurité du Sahel.
Cette réflexion américaine illustre néanmoins le retour du Sahel parmi les priorités stratégiques des États-Unis. Entre lutte contre les organisations djihadistes, protection de leurs ressortissants et rivalité géopolitique avec la Russie, les choix de Washington pourraient contribuer à redessiner les équilibres sécuritaires d’une région qui demeure l’une des plus instables du continent africain.
Si elle avait lieu, cette intervention ferait du Mali le huitième pays au total visé par des frappes américaines depuis le début du second mandat de Donald Trump, après le Yémen, la Somalie, la Syrie, l’Iran, l’Irak, le Nigeria et le Venezuela.
La France a déjà mené une intervention pendant dix ans dans la région, suivie par cinq années de présence russe, sans parvenir à enrayer l’expansion djihadiste.
V.A.



