Faso: Ouaga et l’ONG ‘INSO’ divisées autour des mobiles d’arrestation de 3 ses patrons

Trois responsables européens de l'ONG INSO, dont deux Français, ont été arrêtés au Burkina Faso, a annoncé ce 07 octobre le pouvoir de Transition dans ce pays.

Afriquinfos Editeur
4 Min de Lecture
Une rue de Ouagadougou en novembre 2020 au Burkina Faso.
Une rue de Ouagadougou en novembre 2020 au Burkina Faso.

Trois responsables européens de l’ONG INSO, dont deux Français, ont été arrêtés au Burkina Faso, a annoncé ce 07 octobre le pouvoir de Transition dans ce pays qui assume « mener une politique souverainiste et anti-impérialiste ».

Des militaires burkinabè en parade lors d'une cérémonie officielle à Ouagadougou, le 2 mars 2019.
Des militaires burkinabè en parade lors d’une cérémonie officielle à Ouagadougou, le 2 mars 2019.

Au total, huit membres d’INSO ont été arrêtés: le directeur pays, un Français, son adjointe franco-sénégalaise, le directeur général adjoint tchèque de l’organisation basée à la Haye (Pays-Bas) ainsi qu’un ressortissant malien et quatre burkinabè.

Le directeur-pays avait été arrêté fin juillet 2025 au moment où l’ONG avait été suspendue trois mois par les autorités pour « collecte de données à caractère sensible sans autorisation préalable ». L’ONG fournit notamment des analyses sécuritaires pour d’autres associations humanitaires.

Le Burkina Faso est dirigé trois ans par une Transition qui a tourné le dos à l’Occident et à la France en particulier. Mais selon le ministre de la Sécurité Mahamadou Sana, « INSO, est une ONG étrangère, dirigée par des étrangers, qui collectait et fournissait des informations sécuritaires sensibles pouvant être préjudiciables à la sécurité nationale et aux intérêts du Burkina Faso, à des puissances étrangères« .

Il a précisé ce 07 octobre que malgré la suspension de ses activités décrétée le 31 juillet, certains responsables « ont continué à mener clandestinement ou de façon détournée des activités telles que des collectes d’informations et de réunions en présentiel ou en ligne« . Les dates des arrestations n’ont pas été précisées par le ministre qui a toutefois ajouté que le directeur général adjoint de l’ONG s’est rendu à Ouagadougou le 8 septembre, malgré la suspension.

Le pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré a rompu avec plusieurs puissances occidentales, la France en tête, régulièrement accusée de vouloir déstabiliser le pays, ce que Paris nie.

La Transition au Faso a exigé le départ en 2023 des soldats engagés dans la lutte anti-jihadiste et a expulsé des diplomates français l’an dernier. Quatre fonctionnaires français accusés d’espionnage avaient aussi été détenus pendant un an à Ouagadougou, avant d’être libérés en décembre 2024, avec l’aide d’une médiation marocaine.

Entre juin et juillet 2025, la même Transition a par ailleurs révoqué en l’espace d’un mois l’autorisation d’exercer de 21 ONG, et suspendu dix autres associations pour une durée de trois mois. Les voix critiques du régime sont durement réprimées au Burkina Faso où de nombreux cas d’enlèvement d’individus ont été rapportés dans le pays depuis plus d’un an.

Le capitaine Traoré est notamment accusé d’utiliser de manière abusive un décret de mobilisation générale permettant d’enrôler de force des citoyens sur le front. Ces derniers mois, le régime a libéré une dizaine de personnes enlevées ou arrêtées puis mobilisées, notamment deux figures de la Société civile dans la soirée du 06 octobre.

Fin 2024, le Niger, pays voisin du Burkina également dirigé par une Transition militaire hostile à la France, avait aussi révoqué l’autorisation d’exercer d’INSO sur son territoire. Avec le Mali, où des militaires sont aussi au pouvoir, ces trois pays sahéliens sont confrontés depuis des années à des violences jihadistes. Ils se sont rapprochés pour former une Confédération, l’Alliance des Etats du Sahel (AES) en juillet 2024.

Un ressortissant français est détenu à Bamako depuis début août 2025, accusé de travailler « pour les services de renseignement français », des accusations « sans fondement », selon le Quai d’Orsay.

© Afriquinfos & Agence France-Presse