81è AG de l’ONU: Discours marquants de dirigeants africains à la tribune depuis ce 22 septembre

Le Président du Conseil présidentiel de l’État de Libye, M. Mohamed Younis Menfi , s’est penché sur la question de la souveraineté, qui n’est «pas seulement une question de drapeau ou de devise», pour appeler le Conseil de Sécurité à assurer le suivi des rapports qui lui sont présentés, y compris ceux des groupes d’experts.

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81è AG de l'ONU: Discours marquants de dirigeants africains à la tribune depuis ce 22 septembre
Tribune de la 81è session de l'AG des Nations Unies (DR).

New-York (© 2026 Afriquinfos)- À la tribune de la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations unies ouverte depuis ce 22 septembre, les dirigeants du continent se sont exprimés tour à tour. Réforme du Conseil de sécurité, paix, financement du développement, ressources naturelles et gouvernance mondiale : les dirigeants ont défendu les intérêts du continent et réclamer un système multilatéral plus représentatif.

Le Président ghanéen John Dramani Mahama a appelé jeudi 24 septembre, à la tribune des Nations Unies, à une profonde réforme de l’ordre mondial, dénonçant les inégalités persistantes dans la gouvernance internationale, l’architecture financière et la représentation de l’Afrique.

Dans un discours largement consacré à la justice historique, à la réforme du multilatéralisme et à la solidarité internationale, Mahama a réaffirmé la volonté du Ghana d’obtenir une reconnaissance internationale pleine et entière de la traite transatlantique des esclaves et de l’esclavage des Africains comme «les crimes contre l’humanité les plus graves de l’histoire humaine».

‘’Une véritable guérison exige la vérité ; la vérité exige la reconnaissance ; et la reconnaissance doit conduire à une réparation significative’’, a-t-il déclaré.

Mahama a appelé à une transformation des mécanismes économiques mondiaux qu’il juge défavorables à l’Afrique, citant les conditions commerciales internationales, l’extraction des ressources naturelles, les notations de crédit, le poids de la dette et l’exportation de matières premières sans transformation locale.

Comme ses pairs, Le Chef de l’État ghanéen a également réitéré la revendication africaine d’une représentation permanente au Conseil de sécurité de l’ONU, avec l’ensemble des droits et responsabilités qui y sont associés, y compris le droit de veto.‘’Cette situation est fondamentalement inacceptable au XXIe siècle’’, a-t-il affirmé, soulignant que l’Afrique compte environ 1,5 milliard d’habitants et constitue le principal bloc régional de vote à l’Assemblée générale, tout en demeurant privée de siège permanent au Conseil de sécurité.

« Le Nigeria a également réclamé au moins deux sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies pour l’Afrique », a déclaré le vice-président du Nigeria.

Le Président guinéen Mamadi Doumbouya a présenté les principales réalisations de la Guinée, notamment sur le plan institutionnel, économique et infrastructurel. Il a également défendu une approche du développement fondée sur la souveraineté et l’adaptation aux réalités propres aux États africains.

Le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a appelé à rétablir la confiance dans le multilatéralisme et à renforcer une Organisation des Nations Unies « plus forte, plus représentative et plus efficace ». Il a notamment évoqué les conflits internationaux, la situation à Gaza, le terrorisme au Sahel, les inégalités mondiales, la réforme du Conseil de sécurité et la nécessité d’un ordre international fondé sur le droit, le dialogue et la coopération.

M. Evariste Ndayishimiye, Président du Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine, s’est dit convaincu: ‘’l’Afrique doit être davantage écoutée, mieux représentée et plus étroitement associée aux décisions qui déterminent l’avenir de notre planète’’.

Il a réaffirmé la nécessité d’une réforme du Conseil de sécurité, afin de permettre une représentation africaine permanente.

‘’Nous ne voulons plus voir le Conseil des droits de l’homme devenir un forum pour opprimer les pays sciemment choisis parce qu’ils défendent et se battent pour les intérêts de leurs peuples’’, a-t-il en outre insisté.

Dans son intervention du 22 septembre, le président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço a insisté sur la nécessité d’apporter des réponses africaines aux crises qui touchent le continent.

Il a notamment appelé à la mise en œuvre effective de la résolution 2719 du Conseil de sécurité, destinée à faciliter un financement plus prévisible et durable des opérations de soutien à la paix conduites par l’Union africaine avec l’autorisation de l’ONU.

Le chef de l’État angolais a également réclamé une réforme en profondeur du Conseil de sécurité afin que l’Afrique, mais aussi l’Amérique latine et l’Asie, y soient mieux représentées. Il a réaffirmé son soutien au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte, qui définissent la position commune africaine sur cette réforme.

João Lourenço a par ailleurs évoqué le poids de la dette, le financement climatique et la gouvernance de l’intelligence artificielle. Il a plaidé pour que les pays africains puissent participer pleinement aux décisions internationales qui concernent la paix, le développement et les transformations technologiques.

Éthiopie, Libye, Côte d’Ivoire, Sierra Léone, Afrique du Sud

L’Éthiopie se veut à l’avant-garde de la coopération et de l’intégration dans la Corne de l’Afrique, selon son Président. ‘’La question que se pose l’Afrique, c’est de savoir si l’ère de l’intelligence artificielle sera source de nouvelles inégalités ou bien un catalyseur de croissance collective’’.

Nous devons veiller à ce que le Sud mondial prenne le leadership de cette révolution technologique plutôt qu’être un spectateur impuissant, a déclaré M. Taye Atskeselassie Amde, Président de l’Éthiopie.

À cet égard, l’initiative de son pays, 5 Million Coders, et la future université de l’IA soulignent la détermination du continent africain à bâtir l’avenir. Le Chef d’État a rappelé que son pays était un promoteur inlassable de la coopération et de l’intégration régionale au travers du développement partagé entre nations de la Corne de l’Afrique. « Nous avons réalisé des progrès notables avec plusieurs de nos voisins, en dépit de tentatives par des acteurs dangereux portés à alimenter l’instabilité. Notre message aux forces de la destruction est retentissant: nous les exhortons à respecter le droit sacré des peuples de la région à vivre en paix et dans la prospérité’’.

Le Président du Conseil présidentiel de l’État de Libye, M. Mohamed Younis Menfi , s’est penché sur la question de la souveraineté, qui n’est «pas seulement une question de drapeau ou de devise», pour appeler le Conseil de Sécurité à assurer le suivi des rapports qui lui sont présentés, y compris ceux des groupes d’experts.

Il a également annoncé la candidature de la Libye à un mandat au Conseil de sécurité pour la période 2028-2029 pour occuper un siège africain. « Elle a l’ambition de contribuer à créer un ordre plus équitable.

Le Vice-Président de la Côte d’Ivoire appelle à trouver des solutions pour « faire renaître la confiance ». Dans un « contexte international très préoccupant » de fracture multilatérale, il nous faut impérativement trouver les solutions appropriées pour mettre un terme à ces dangereuses escalades, privilégier le dialogue et faire renaître la confiance, a déclaré le Vice-Président de la Côte d’Ivoire, M. Tiémoko Meyliet Koné.

La confiance dans les institutions internationales se mesure ‘’à leur capacité à traduire en actes concrets l’universalité de leurs principes et à traiter chaque État, grand ou petit, avec la même exigence d’équité’’.

La confiance des peuples, quant à elle, ‘’se nourrit de résultats tangibles, de la certitude que les décisions prises en leur nom servent effectivement leur sécurité, leur dignité et protègent leur avenir’’.

Pour M. Koné, ‘’une tâche immense attend le prochain Secrétaire général des Nations Unies’’ car il faut redynamiser le multilatéralisme, dont le recul frappe de plein fouet l’Afrique.  Il a appelé à ‘’investir dans la prévention des conflits et traiter en amont les fragilités dont les crises se nourrissent’’: pauvreté, inégalités, chômage des jeunes et marginalisation de toutes sortes.

La création d’un groupe international sur les inégalités proposée par l’Afrique du Sud, aux côtés du Brésil, de la Norvège et de l’Espagne. ‘’L’Afrique du Sud réaffirme son engagement à combattre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et toutes les formes d’intolérance’’.

La chute de l’apartheid est une histoire glorieuse qui témoigne de ce que le multilatéralisme peut accomplir, a observé M. Ronald Ozzy Lamola, Ministre des affaires étrangères et de la coopération de l’Afrique du Sud. 

À la tribune de l’ONU le 22 septembre 2026, le président sierra-léonais Julius Maada Bio a vivement dénoncé le déséquilibre structurel de la gouvernance mondiale. Face à la crise du multilatéralisme, il a appelé à restaurer la confiance globale en s’appuyant sur l’expérience de paix de la Sierra Leone. Il exige une justice réparatrice pour l’esclavage ainsi qu’une représentation équitable pour l’Afrique au Conseil de sécurité. Le continent, riche de 1,6 milliard d’habitants, doit obtenir un siège permanent pour en garantir la légitimité. Sans cette répartition juste du pouvoir, le droit international continuera de perdre toute sa crédibilité.

Julius Maada Bio a vivement dénoncé l’effritement du multilatéralisme et les déséquilibres structurels du droit international, en ciblant tout particulièrement le Conseil de sécurité. Pour restaurer la confiance, le president Maada Bio, a rappelé l’expérience de la Sierra Leone, pacifiée après sa guerre civile survenue en 1991 à 2002 grâce à la coopération internationale et a appelé à une justice réparatrice pour l’esclavage, exigeant des excuses officielles et des réparations équitables.

RDC et Rwanda

À l’Assemblée générale des Nations unies à New York, la cheffe du gouvernement congolais Judith Suminwa a défendu à la tribune le maintien de l’engagement de l’Onu en RDC. Elle estime que la présence de la Monusco doit continuer à répondre aux réalités sécuritaires sur le terrain.

Selon Judith Suminwa Tuluka, « la Monusco continue de jouer un rôle essentiel dans la protection des civils, le suivi du cessez-le-feu et le soutien des mécanismes convenus.« 

À l’Assemblée générale des Nations Unies, elle a indiqué que toute modification de la présence de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) devrait être déterminée par la situation sécuritaire sur le terrain, le renforcement des capacités nationales et la garantie qu’aucun vide ne sera créé au détriment de la population.

Justin Nsengiyumva, Premier ministre du Rwanda, lors de son allocution, a estimé que l’Onu a été plus efficace dans la réponse aux crises que dans leur anticipation, comme le démontre selon lui l’est de la RDC.

Il a déclaré que « pendant plus de trois décennies, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont propagé une idéologie génocidaire, commis de graves violations et menacé directement la sécurité du Rwanda, y compris par le biais d’attaques transfrontalières« . Selon le Chef du gouvernement rwandais, les FDLR opèrent désormais « aux côtés de troupes burundaises et de milices et mercenaires parrainés par la République démocratique du Congo (RDC)« .

Les racines du conflit dans l’est de la RDC sont politiques et résident dans des revendications de long terme, l’exclusion et des échecs de gouvernance, a-t-il analysé en en déduisant que « la solution, par conséquent, doit être politique« .

Vignikpo Akpéné