Antananarivo (© 2026 Afriquinfos)- Un an après le déclenchement des manifestations du 25 septembre 2025, une cérémonie de commémoration se tient ce vendredi à Madagascar. Entre hommage aux victimes, revendication de la paternité du mouvement et bilan de la Refondation, l’événement se tient aussi sur fond de controverses.
Le 25 septembre 2025, la colère explose dans les rues d’Antananarivo, la capitale Malgache. Les citoyens sont exaspérés par les coupures d’eau et d’électricité.
Pour commémorer le premier anniversaire de ce soulèvement populaire qui a conduit au départ précipité du Président en exil, Andry Rajoelina, a partir dece 25 septembre et pour une durée d’une semaine, une série d’événements sont programmés à Antananarivo, la capitale malgache, ainsi que dans les cinq autres provinces, pour marquer le premier anniversaire du mouvement de la Gen Z à Madagascar.
Une stèle commémorative a été érigée à Anosy, au niveau du rond-point menant vers le tunnel d’Ambohidahy. Elle sera dévoilée officiellement durant la cérémonie de demain. Cette journée a par ailleurs été déclarée chômée et payée sur l’ensemble du territoire national.
Engagement et unité pour la patrie. C’est la traduction libre du thème de cette commémoration qui a marqué un nouveau tournant politique dans l’histoire du pays, puisqu’il a été le top départ des manifestations qui se sont élargies aux grandes villes du pays.
Un bilan toutefois mitigé
Un an après le début des troubles, le bilan est mitigé en ce qui concerne la satisfaction des revendications de la Gen Z.
Les jeunes Malgaches s’interrogent sur l’avenir d’un mouvement qui avait provoqué la chute de l’ancien président Andry Rajoelina et dont les bénéfices semblent avoir été recueillis par les militaires au pouvoir.
Certaines revendications de cette jeunesse ont été prises en compte, mais dans d’autres domaines, il reste encore beaucoup à faire. C’est ce que constate Ranto Andriamandimbisoa, qui était en première ligne lors des manifestations, il y a un an.
Une partie des militants de la Gen Z accuse le pouvoir militaire de reproduire certaines pratiques de l’ancien président, notamment en matière de répression et d’arrestations d’opposants.
Les jeunes manifestants sont conscients que malgré certaines améliorations et une prise en considération de leurs revendications, à travers la consultation nationale de la jeunesse, ceux-ci doivent rester vigilants.
Des problèmes très concrets, à savoir les coupures d’électricité et d’eau, ont déclenché les événements du 25 septembre. S’organisant via des applications de messagerie cryptée et des publications sur les réseaux sociaux, la Gen Z avait réussi à fédérer la foule autour de la dénonciation de la crise de l’eau et de l’énergie. Les contestations se sont rapidement élargies à des revendications portant sur la gouvernance, la corruption, la transparence, les libertés publiques et la responsabilité des dirigeants. Les manifestations ont progressivement pris une dimension politique, jusqu’à réclamer ouvertement le départ de l’ancien président Rajoelina.
Dans une certaine mesure, la crise des services essentiels a ainsi servi de catalyseur à un mécontentement plus profond. Un an plus tard, la commémoration ne se déroule pourtant pas dans un consensus absolu.
Une polémique autour de la paternité du mouvement
La question de la paternité du mouvement constitue l’un des principaux points de controverse. Effectivement, bien avant que la Gen Z ne traduise le militantisme numérique en acte sur le terrain, des politiciens ont essayé d’allumer la mèche des manifestations quelques jours avant le 25 septembre 2025. Pour certains acteurs de l’arène, la participation aux événements de 2025 constitue un élément de légitimité politique, faute d’onction électorale.
La Gen Z et des associations estudiantines, qui avaient été au front des manifestations, revendiquent également la propriété historique du mouvement. S’agissant de ces dernières, la fracture est apparue rapidement après l’arrivée des militaires au pouvoir. D’un côté, une ligne dure de la Gen Z et des associations d’étudiants considère que les objectifs initiaux du mouvement ont été détournés et que la lutte leur a été, selon leurs propres termes, « volée ».
Elle réclame une Refondation profonde des institutions et du fonctionnement de l’État. Elle s’est même désolidarisée de la cérémonie officielle de commémoration de demain. De l’autre, une partie des acteurs du mouvement Gen Z ont rejoint les rangs du pouvoir.
Au-delà des controverses, la principale interrogation est cependant celle du bilan. Les revendications qui avaient porté les manifestants dans la rue restent, pour une partie d’entre elles, d’une actualité brûlante. L’eau et l’électricité figuraient au premier rang des doléances. Un an plus tard, les problèmes dans ces deux secteurs ne sont pas résolus. La nécessité d’une gouvernance plus transparente, d’une plus grande redevabilité des responsables publics, de la lutte contre l’impunité et de l’instauration d’une justice impartiale avait également été mise en avant.
Même constat pour les libertés individuelles, publiques et démocratiques. Elles figuraient parmi les revendications centrales du mouvement. Les pratiques du pouvoir de la Refondation sur ces questions restent, elles aussi, soumises au débat, à s’en tenir aux avis contrastés de l’opinion publique. Il en va de même pour la moralisation de la vie publique, l’éthique, la probité, la lutte contre l’enrichissement illicite et la fin de la transhumance politique.
Sur le terrain politique, du reste, les principaux engagements sont la Refondation de la République et l’organisation des élections pour un retour à l’ordre constitutionnel avant fin 2027.
La concertation nationale doit permettre de définir les grandes orientations institutionnelles et politiques qui conduiront à leur concrétisation de manière inclusive et acceptée de tous. Toutefois, le calendrier semble avancer avec difficulté. Le Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM), qui pilote le processus, est englué dans la phase préparatoire, avec des consultations devant s’étaler jusqu’au niveau national.
Ces festivités ne soulèvent pas un enthousiasme débordant. Le pouvoir actuel est sous surveillance. Madagascar n’a toujours pas réintégré l’Union africaine. Des discussions entre la présidence de l’UA et l’exécutif malgache avancent.
La Grande île est toujours considérée comme un membre à part entière de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Cependant, lors du 46ème sommet des chefs d’État, la SADC a précisé qu’elle suivait attentivement la transition politique à Madagascar. Cette observation : « demeure une priorité régionale« .
Sur le plan international, le Président donne le change. À Madagascar, le dialogue est souvent impossible.
Le 12 octobre 2025, le président Andry Rajoelina fuit la Grande île. Un an après, les militaires ont pris le pouvoir. Une présidence contestée à Madagascar et en dehors.
V.A.



