Lomé (© 2026 Afriquinfos) Des déclarations émanant des corps habillés à la retraite suscitent une vive controverse au Togo. Prononcés autour de l’anniversaire de Faure Gnassingbé, célébré le 6 juin, ces propos, ont fait réagir l’opposition. Ces militaires à la retraite ont choisi de s’afficher publiquement en uniforme, arborant fièrement leurs insignes et leurs grades pour porter un message dans l’arène publique.
Pour de nombreux acteurs politiques, cette mise en scène franchit une ligne rouge républicaine. Face à la montée de la colère et des inquiétudes en ligne, la députée Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, figure de proue de la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), a décidé de porter le fer sur le terrain institutionnel. Elle a adressé, le 16 juin 2026, une question orale au gouvernement par l’intermédiaire du président de l’Assemblée nationale.
Facebook et dans les boucles de messagerie WhatsApp, les réactions de citoyens et de figures de la société civile oscillent entre stupéfaction et colère. Les critiques se cristallisent sur l’usage des attributs de l’armée à des fins de communication politique par des civils. En effet, le statut de retraité conférant constitutionnellement le retour à la vie civile.
Dans un communiqué officiel publié à Lomé jeudi 18 juin 2026, Brigitte Adjamagbo-Johnson recadre le débat autour des principes fondamentaux de l’État de droit. Sa démarche parlementaire, rappelle-t-elle, s’inscrit strictement dans la mission de contrôle de l’action gouvernementale dévolue aux élus du peuple.
L’élue de l’opposition ne cache pas ses préoccupations face à des propos qui, selon elle, menacent l’équilibre républicain. ‘’Cette démarche vise à obtenir des clarifications sur plusieurs interrogations soulevées par le fait que d’anciens agents des forces de défense et de sécurité […] aient tenu publiquement sur des réseaux sociaux, des propos qui suscitent des inquiétudes quant au respect du principe de neutralité républicaine qui s’impose à eux dans ce cas d’espèce.’’
Pour la parlementaire, le statut de retraité n’affranchit pas ces anciens serviteurs de l’État de l’obligation morale et juridique de neutralité. Elle exige désormais que l’exécutif se prononce clairement sur la légalité et l’opportunité d’une telle sortie publique.
Dans son communiqué, la députée de la DMP tape du poing sur la table et dénonce un déni de démocratie parlementaire.
‘’Il est souhaitable que les mécanismes de contrôle parlementaire puissent pleinement jouer leur rôle, dans le respect mutuel des institutions de la République’’, martèle Kafui Adjamagbo-Johnson.
Avant Brigitte Adjamagbo-Johnson, Nathaniel Olympio demandait le 15 juin dernier si la jeunesse togolaise était devenue l’ennemi à abattre. Le responsable du front ‘Touche Pas à Ma Constitution’ a dénoncé les menaces proférées par des militaires à la retraite qui évoquait l’idée de combattre les ennemis de Faure Gnassingbé ‘’jusqu’au dernier souffle’’.
‘’Des paroles d’une gravité extrême. Qui les autorise à tenir un tel discours ? Le chef d’état-major ? Le ministre des Armées ? Les Togolais méritent qu’on leur réponde’’, avait posté l’opposant sur X.
En rappelant l’exécutif à ses « exigences de transparence et de redevabilité », l’opposition togolaise cherche à savoir si le gouvernement osera, cette fois-ci, rompre le silence sur un sujet qui touche au cœur même de la sécurité et de la neutralité de l’État. L’affaire est désormais à suivre de près dans les couloirs du Parlement à Lomé.
Une affaire révélatrice des tensions actuelles
Selon une vidéo largement relayée, des retraités des forces de défense et de sécurité dans une déclaration publique de soutien au président du conseil des ministres togolais, ont utilisé des formules particulièrement engagées, telles que ‘’vos ennemis sont nos ennemis’’, ‘’notre champion’’, ou encore l’idée de ‘’combattre jusqu’à la dernière goutte’’. Ces expressions, dans un pays où l’armée occupe historiquement une place centrale dans la vie politique, ont été perçues par plusieurs observateurs comme un glissement préoccupant entre hommage personnel, engagement partisan et intimidation symbolique.
La polémique intervient dans un contexte politique sensible. Depuis la réforme constitutionnelle de 2024, le Togo a basculé dans une Ve République qui a profondément modifié l’architecture du pouvoir. Faure Gnassingbé n’est plus président de la République depuis mai 2025, mais président du Conseil des ministres, une fonction désormais placée au cœur du pouvoir exécutif. La présidence de la République, occupée par Jean-Lucien Savi de Tové, est devenue essentiellement honorifique.
Dans ce nouvel ordre institutionnel, toute prise de parole publique en faveur de Faure Gnassingbé, surtout lorsqu’elle émane de personnalités issues de l’univers militaire ou sécuritaire, prend une portée politique particulière. Les critiques estiment que le vocabulaire employé renvoie moins à une loyauté envers les institutions qu’à une fidélité personnelle envers l’homme qui concentre l’essentiel du pouvoir exécutif.
Le choix du moment a également renforcé la sensibilité du dossier. Le 6 juin correspond à l’anniversaire de Faure Gnassingbé, mais cette date est aussi associée à une séquence de contestation récente. En juin 2025, des manifestations avaient éclaté dans un climat de tension autour de la réforme constitutionnelle, de la vie chère et des restrictions de l’espace civique. Le Mouvement du 6 juin, ou M66, s’est ensuite inscrit dans cette dynamique protestataire.
Un an plus tard, l’apparition de déclarations de soutien au chef du pouvoir exécutif, avec des références aux « ennemis » et au « combat », a ravivé les inquiétudes d’une partie de l’opinion. Pour les détracteurs de cette prise de parole, le problème ne réside pas seulement dans le soutien exprimé à Faure Gnassingbé, mais dans la manière dont le désaccord politique semble être présenté comme une forme d’hostilité à combattre.
À ce stade, aucune réaction officielle précise et directement liée à cette controverse n’a été faite. Les autorités togolaises n’ont pas publiquement clarifié si ces propos relevaient d’une initiative privée, d’un collectif structuré ou d’une prise de position organisée. Cette absence de clarification nourrit, elle aussi, les interrogations.
V.A.



