SG de l’OIF: Les réformes idoines projetées par Juliana Amato Lumumba en faveur de tous les opérateurs directs de la Francophonie  

Candidate au poste de SG de l’OIF, l’ex-ministre Juliana Amato Lumumba a donné le 13 aout 2026 une large idée des réformes qu’elle souhaite enclencher dans l’écosystème des opérateurs directs de la Francophonie.

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La Congolaise Juliana Lumumba, candidate au poste de Secrétaire Générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et fille de Patrice Lumumba, figure de l'indépendance du Congo (actuelle RCongo), assassiné en 1961, pose à Paris le 22 mai 2026.
La Congolaise Juliana Lumumba, candidate au poste de Secrétaire Générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et fille de Patrice Lumumba, figure de l'indépendance du Congo (actuelle RCongo), assassiné en 1961, pose à Paris le 22 mai 2026.

Kinshasa (© 2026 Afriquinfos)- Candidate au poste de SG de l’OIF, l’ex-ministre Juliana Amato Lumumba a donné le 13 aout 2026 une large idée des réformes qu’elle souhaite enclencher dans l’écosystème des opérateurs directs de la Francophonie, une fois qu’elle aura été élue à la tête de cette organisation internationale.

Mesdames, Messieurs les Recteurs, Madame la Directrice générale, Monsieur le Délégué général, Madame la Déléguée générale,

Je vous remercie très sincèrement de votre courrier du 28 juillet 2026, ainsi que des félicitations que vous avez bien voulu adresser à l’ensemble des candidates et du candidat au poste de Secrétaire général de la Francophonie. Je mesure la portée de votre démarche collective: elle rappelle avec justesse que la Francophonie institutionnelle n’est pas un espace hiérarchique organisé autour d’un seul secrétariat, mais un écosystème d’acteurs complémentaires- l’OIF, ses quatre opérateurs directs et reconnus, et l’Assemblée parlementaire qui accomplissent un travail remarquable sur le terrain. Ma responsabilité sera de mettre la diplomatie de haut niveau et la force politique des chefs d’État au service de leurs missions respectives dont l’efficacité collective dépendra, pour les quatre années à venir, de la qualité de la coordination entre nous.

Comment envisagez-vous votre mandat vis-à-vis des opérateurs et de l’APF afin de garantir une coordination stratégique, une complémentarité entre nos actions, et une visibilité renforcée de nos programmes en faveur de la Francophonie?

Mon mandat s’appuiera sur une lecture stricte de l’article 8 : le Secrétaire général propose les axes prioritaires « en concertation avec les opérateurs » et préside le Conseil de coopération qui réunit l’OIF, les opérateurs et l’APF. Je m’engage à faire de cette instance un lieu de pilotage réel et non une chambre d’enregistrement annuelle.

  • Un Conseil de coopération réuni au minimum deux fois par an, et non à la seule échéance statutaire minimale, avec un ordre du jour co-construit en amont avec chacun de vous plutôt que transmis pour information.
  • Une lettre de mission annuelle adressée à chaque opérateur et à l’APF, cosignée par le Secrétaire général, précisant les axes prioritaires retenus en concertation, les moyens du FMU qui y sont associés, et les indicateurs de suivi partagés — afin que la « proposition des axes prioritaires » prévue à l’article 8 ne reste pas un exercice interne à l’OIF.

Une visibilité renforcée systématique : chaque grand programme multilatéral portera mention conjointe de l’opérateur porteur, sur les canaux de communication de l’OIF comme sur ceux des chefs d’État et de gouvernement lors des Sommets — la reconnaissance de la contribution de chaque opérateur ne doit pas se perdre derrière la seule signature institutionnelle de l’Organisation. Cette démarche sera complétée par la présentation d’un rapport d’impact conjoint annuel devant les parlements nationaux, afin que la contribution de chaque partenaire soit clairement identifiée et valorisée — condition, à mes yeux, d’une mobilisation durable des opinions publiques et des bailleurs.

Au regard des priorités de la Francophonie, sur quels sujets particuliers envisagez-vous de renforcer notre capacité d’action collective en développant la coopération avec et entre les acteurs et les opérateurs, et selon quelles modalités?

Nous renforcerons notre capacité d’action collective autour de trois chantiers d’avenir où la complémentarité de nos réseaux respectifs crée un effet de levier immédiat, mesurable et porté conjointement par l’OIF, les opérateurs et l’APF.

A/- La mobilité des talents et de la jeunesse — Label CMF

Nous déploierons un Cadre de Mobilité Francophone (Label CMF) destiné à fluidifier les

circulations académiques et scientifiques au sein de l’espace francophone, en lien étroit avec l’AUF — qui fédère déjà un réseau de plus de 1.000 établissements d’enseignement supérieur dans 115 pays — pour le volet universitaire.

Avec l’AIMF Un programme de coopération décentralisée ciblant les villes moyennes des blocs les moins couverts par la coopération classique — Comores, Madagascar, Dominique, Sainte-Lucie — là où l’échelon municipal reste souvent le seul point d’entrée opérationnel réaliste à court terme.

Avec l’APF une association systématique des sections parlementaires nationales à l’évaluation politique des programmes financés par le FMU dans leur pays, pour ancrer la légitimité démocratique de nos actions au plus près des citoyens.

Ces convergences ne sont pas de circonstance : elles reflètent un travail de cartographie stratégique déjà engagé, région par région, que je me tiens prête à vous présenter en détail dès la constitution de mon équipe de transition.

B/- La souveraineté numérique et l’Alliance francophone pour l’IA

L’OIF dispose déjà d’un mandat numérique et économique, ainsi que de programmes existants comme D-CLIC, qui propose des parcours de formation numérique à distance. Le projet doit donc renforcer et élargir l’existant, non créer une nouvelle bureaucratie parallèle. 

Nous fédérerons l’expertise scientifique de l’AUF, la richesse patrimoniale du Réseau Francophone Numérique (RFN) — qui réunit aujourd’hui une trentaine d’institutions

documentaires patrimoniales dans une vingtaine de pays et donne accès à un fonds commun pour l’ensemble des francophones —, la portée médiatique de TV5Monde et les capacités de formation de l’Université Senghor, pour bâtir un grand modèle linguistique (LLM) ouvert et francophone et déployer des programmes d’apprentissage du codage dans nos langues. Cette ambition rejoint les orientations adoptées par les ministres de la Culture de la Francophonie en faveur de la découvrabilité des contenus culturels francophones et du développement éthique des données culturelles.

Pour réaliser réellement mon programme, je recommande une enveloppe totale de 176.000.000 € sur quatre ans.

Ce chiffre suppose :

* 20 pays pilotes, avec accès aux outils communs pour l’ensemble de l’espace francophone ;

*12 langues prioritaires intégrées au départ dans l’Alliance IA et langues;

* 30.000 enseignants et formateurs accompagnés;

* aucune construction de data centers nationaux ;

* aucun entraînement d’un modèle géant propriétaire comparable aux grands modèles américains ou chinois ;

* utilisation de solutions ouvertes, de cloud sécurisé, de partenariats universitaires et de capacités de calcul mutualisées.

C) La gouvernance locale, la prévention des crises et la paix

Nous associerons la diplomatie des villes portée par l’AIMF, la médiation parlementaire de l’APF— qui a déjà fait de la prévention des conflits et des missions de bons offices l’un de ses axes de travail — et l’action politique de l’OIF, pour déployer des initiatives de cohésion sociale et de résilience dans les zones de fragilité. C’est dans cet esprit que je propose la création d’une ‘Académie francophone de la paix et du bien-être’, chargée de former de jeunes médiateurs, des experts du dialogue et des spécialistes de la prévention des conflits.

Le Gouvernement de la République démocratique du Congo a d’ores et déjà adopté cette proposition et l’a dotée d’un budget initial de 10 millions de dollars américains, la RDC se portant candidate à l’accueil de cette structure.

Alors que nos organisations sont fortement touchées par la baisse des ressources allouées à la coopération internationale et des subventions des bailleurs publics, quelles initiatives envisagez-vous pour assurer la poursuite et le développement de programmes essentiels au renforcement de la Francophonie que nous portons collectivement?

Je ne minimise pas la gravité de cette question : la baisse des contributions volontaires et des subventions des bailleurs publics touche l’ensemble du système multilatéral francophone, pas seulement vos organisations. Ma réponse repose sur trois leviers concrets :

  • Diversification par effet de levier plutôt que par substitution : mobiliser, aux côtés du FMU, les bailleurs bilatéraux et multilatéraux déjà actifs sur les priorités thématiques de chaque opérateur (Banque mondiale, AFD, Enabel, Union européenne, Banque africaine de développement, Fonds vert pour le climat), avec un ratio cible d’un dollar de FMU pour deux à trois dollars mobilisés en cofinancement — condition de crédibilité devant tout bailleur exigeant, et non un slogan budgétaire.
  • Mécénat et partenariats de place financière : m’appuyer sur l’expertise des places financières francophones d’Europe (Luxembourg, Monaco, Genève) pour structurer des véhicules de financement à impact dédiés aux programmes des opérateurs.
  • Priorisation assumée plutôt que saupoudrage : accepter, au Conseil de coopération, de hiérarchiser explicitement les programmes prioritaires de chaque opérateur pour la durée du mandat, plutôt que de maintenir artificiellement l’ensemble des lignes budgétaires existantes à un niveau qui ne permet plus l’impact recherché.

Je m’engage enfin à ce que toute proposition de répartition du FMU que je soumettrai, conformément à l’article 8, soit précédée d’une consultation formelle et documentée de chacun d’entre vous — non pour transformer cette consultation en simple formalité de façade, mais parce qu’une répartition budgétaire décidée sans les opérateurs concernés perd, par construction, une part de sa pertinence opérationnelle.

La Francophonie est insuffisamment connue des citoyennes et des citoyens de l’espace francophone. Quelles actions pourrions-nous prendre ensemble pour mieux faire reconnaître l’enjeu que représente la Francophonie, notamment pour les jeunes générations et les populations les plus fragiles? Comment consolider l’adhésion aux valeurs de la Francophonie et particulièrement au multilatéralisme?

Ce constat rejoint une conviction centrale de ma candidature : la Francophonie souffre moins d’un déficit d’action que d’un déficit de récit. Nos organisations produisent des résultats concrets, mal connus au-delà des cercles institutionnels. Je propose trois actions immédiates et conjointes :

  • Un programme conjoint AUF–TV5Monde–OIF de production de contenus numériques courts, pensés dès l’origine pour les formats et les codes des plateformes que fréquentent les jeunes générations — verticaux, brefs, sous-titrés, pensés pour être vus sans le son avant de l’être avec — plutôt que pour un recyclage de contenus télévisuels existants. Ces contenus raconteront des parcours individuels de bénéficiaires réels des programmes francophones, filmés au plus près du terrain, plutôt que des communiqués institutionnels : la Francophonie convainc par des visages et des trajectoires, pas par des sigles. Un rythme de publication soutenu et une présence éditoriale continue, plutôt qu’une série de contenus produits en marge des grands événements, seront la condition de la rencontre effective avec ces publics.
  • Un rendez-vous annuel de la jeunesse francophone, organisé en alternance dans les régions les moins visibles de l’espace francophone institutionnel, conçu comme un dispositif reproductible et non comme un événement isolé.
  •   La Francophonie ne peut plus être perçue comme un club diplomatique lointain. Elle doit devenir une réalité vivante et bénéfique dans le quotidien de nos francophones, dont le nombre est estimé à 396 millions de locuteurs à travers le monde selon les données les plus récentes de l’Observatoire de la langue française de l’OIF, dont près des deux tiers vivent sur le continent africain. Dans cette vision, la jeunesse n’est pas simplement l’avenir de demain : elle est déjà le moteur du développement et du rayonnement de la Francophonie aujourd’hui.
  • L’éducation, la formation et l’émancipation des filles L’accès au savoir est le premier pilier de la citoyenneté francophone. Nous porterons une priorité absolue sur l’éducation des filles, qui restent les plus exposées au manque de scolarisation et au décrochage. Investir dans la scolarisation et la qualification des jeunes filles, c’est investir directement dans la résilience économique, sociale et culturelle de tout l’espace francophone — une conviction que je porte personnellement depuis mon engagement constant pour la promotion des femmes dans l’économie et la gouvernance.
  • Une Francophonie des opportunités immédiates pour la jeunesse. Selon les projections de l’OIF elle-même, les jeunes de moins de 30 ans représenteront jusqu’à75 % de la population francophone à l’horizon 2060, et l’espace francophone comptera alors plus de 700 millions d’habitants. Cette jeunesse déjà majoritaire dans nombre de nos pays doit se voir offrir des débouchés concrets dès aujourd’hui : apprentissage des compétences du futur (l’intelligence artificielle dans nos langues, le codage), accès aux micro-crédits pour l’entrepreneuriat vert, et mobilités facilitées via le Label CMF et l’accompagnement des start-up francophones.
  • Une Francophonie du quotidien et un multilatéralisme de souveraineté. En nous appuyant sur le réseau des villes de l’AIMF et sur la société civile, l’OIF doit intervenir là où les besoins sont vitaux : accès à l’eau, électrification décentralisée, alphabétisation numérique. En positionnant l’OIF comme un tiers de confiance, respectueux de la souveraineté des États et proche des réalités locales, nous prouverons que le multilatéralisme francophone sert directement les citoyens, restaurant ainsi leur confiance dans nos valeurs communes de démocratie, de diversité culturelle et de solidarité. La Francophonie des Peuples légitime l’action de l’OIF en le fondant sur la volonté et les besoins réels des populations africaines, européennes, asiatiques et américaines de notre espace commun.

Une implication renforcée de l’AIMF et des maires francophones comme relais de proximité : la Francophonie se vit d’abord à l’échelle de la ville et du quartier ; c’est à ce niveau, plus qu’au niveau des sommets, que l’adhésion aux valeurs communes — multilatéralisme, diversité culturelle, solidarité — se construit ou se perd.

  • En conclusion, je souhaite que cette réponse soit lue comme ce qu’elle est : un engagement de méthode autant que de contenu. Si les Chefs d’État et de Gouvernement me font l’honneur de me confier ce mandat, je m’engage à ce que le Conseil de coopération que je présiderai soit un lieu de décision réelle, et non une chambre d’enregistrement — condition, à mes yeux, du respect que nous devons collectivement à l’esprit de l’article 8 de la Charte.
  • Je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de ma très haute considération ainsi que l’assurance de mon engagement total à œuvrer, à vos côtés, à l’avènement d’une Francophonie plus unie, plus solidaire, plus influente et plus opérationnelle.

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