Kinshasa (© 2026 Afriquinfos)- En Janvier 1961, une petite fille de six ans perdait son perdait son père dans l’un des assassinats politiques les plus retentissants de l’histoire de l’Afrique post-indépendance. Son nom, Julina Amato Lumumba. Son père, Patrice Emery Lumumba, a été Premier Ministre du Congo (ex-Zaïre), figure emblématique du panafricanisme et demeure un héros national de la République Démocratique du Congo.
Soixante-cinq ans après, cette même enfant est devenue une femme d’Etat expérimentée. En février 2026, le Gouvernement congolais l’a officiellement choisie comme candidate au poste de SG (Secrétaire Générale) de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie), une des plus importantes institutions multilatérales dans le monde. Le parcours de Juliana Lumumba est celui d’une femme qui a grandi dans l’ombre d’une stratégie avant de bâtir sa propre trajectoire.
L’enfant à qui l’histoire a tout arraché
Lorsque Patrice Lumumba est assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga, après des mois de crise politique consécutifs à l’indépendance du Congo, Juliana n’a que six ans! Avec ses frères et sœurs, elle voit sa famille basculer dans une vie marquée par l’exil, le deuil et la quête de vérité.
L’image de sa mère, Pauline Lumumba, marchant pieds nus dans les rues de Léopoldville pour réclamer justice, reste gravée dans la mémoire collective africaine. Derrière cette photographie devenue un symbole se trouvait une famille brisée, dont les enfants allaient grandir sans leur père. Pour Juliana, le nom « Lumumba » est rapidement devenu un héritage aussi prestigieux que lourd à porter.

Tracer sa propre trajectoire
Contrairement à ceux qui auraient pu vivre uniquement de la mémoire de Patrice Lumumba, Juliana choisit de construire son propre parcours. Elle poursuit ses études en France, à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) où elle se spécialise en Sciences politiques et en Sociologie de la défense. Elle embrasse ensuite une carrière de Journaliste, collaborant avec plusieurs médias internationaux spécialisés sur les questions africaines et les droits de l’Homme. Au milieu des années 1990, elle rentre en République démocratique du Congo.
Sous la Présidence de Laurent-Désiré Kabila, puis au début du mandat de Joseph K. Kabila, elle occupe plusieurs responsabilités publiques. Comme vice-ministre, puis ministre de la Culture. Plus tard, elle devient Secrétaire Générale de l’UACCIAP (Union africaine des Chambres de commerce, d’industrie, d’agriculture et des professions) basée au Caire (Egypte). Elle y œuvre en faveur de l’intégration économique africaine et du développement de l’entrepreneuriat.
Une candidature à l’OIF chargée de symboles
En présentant Juliana Lumumba pour diriger l’Organisation internationale de la Francophonie, Kinshasa ne mise pas seulement sur une ancienne ministre. La RDC met en avant une personnalité qui conjugue « expérience gouvernementale, diplomatie culturelle, coopération internationale et forte portée symbolique« .
Sa candidature intervient dans un contexte particulier. Elle rivalise avec l’actuelle Secrétaire Générale, Louise Mushikiwabo, ex-ministre rwandaise des Affaires étrangères dans une élection qui se tiendra lors du Sommet de la Francophonie prévu en novembre 2026, au Cambodge. Au-delà des enjeux institutionnels, cette élection revêt aussi une dimension géopolitique, alors que les relations entre la RDC et le Rwanda demeurent particulièrement tendues.
Plus qu’un nom, un héritage
Pendant longtemps, Juliana Lumumba s’est battue pour que toute la lumière soit faite sur l’assassinat de son père. Elle a notamment participé aux démarches ayant conduit à la restitution, par la Belgique, de la « dent de Patrice Lumumba, unique relique identifiée » de celui dont le corps avait été dissous après son exécution. Mais, réduire Juliana Lumumba à son patronyme serait oublier le chemin parcouru.
Journaliste, ministre, diplomate, promotrice de la coopération africaine, elle incarne aujourd’hui une génération qui cherche à transformer un héritage historique en projet politique! De la petite fille privée de son père à la femme qui ambitionne de prendre la tête de la Francophonie, son parcours raconte aussi une autre histoire de l’Afrique: celle de la résilience, de la mémoire et de la volonté de peser sur les grandes institutions internationales.
Yaëlle LENGA



