Route, libération de détenu: Abidjan et Bamako mettent de l’eau dans leurs vins

Afriquinfos Editeur
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Abidjan (© 2026 Afriquinfos)- Les relations entre Bamako et Abidjan prennent-t-elles un nouveau tournant ? C’est ce que portent à croire deux récents événements. La libération de Mahamadou Hawa Gassama, ancien député du Mali, ce 11 février 2026 à Abidjan après plus de sept mois de détention à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA) et l’ouverture à Bamako, cette même date de la 4ᵉ session du comité de pilotage du projet PR8 consacré au corridor Bamako–Zantiébougou–Boundiali–San Pedro. Le programme régional, lancé en 2015, entre ainsi dans sa dernière année d’exécution.

L’ancien député malien et membre du Conseil national de transition (CNT), Mamadou Hawa Gassama, a été libéré de détention en Côte d’Ivoire. Son avocat, Me Mamadou Ismaïla Konaté, a annoncé la nouvelle ce mardi 10 février 2026 sur les réseaux sociaux. Cette libération intervient peu après sa condamnation par le tribunal d’Abidjan-Plateau, le 30 janvier dernier. Il avait été jugé coupable et condamné à trois ans de prison ferme, 5 millions de francs CFA d’amende et une interdiction de séjour. Les faits reprochés étaient l’offense au chef de l’État ivoirien, le président Alassane Ouattara, et la diffusion de propos outrageants sur les réseaux sociaux.

La libération de Mamadou Hawa Gassama peut ainsi être lue comme un acte de pragmatisme politique. Elle permet de contenir la tension sans remettre en cause la décision judiciaire initiale. Elle montre que, malgré les divergences idéologiques, des mécanismes de désescalade demeurent possibles.

L’Afrique de l’Ouest traverse une phase de redéfinition stratégique profonde. Les alliances évoluent. Les discours se durcissent. Les décisions nationales prennent rapidement une portée régionale.

Vers la finalisation du corridor Bamako–San Pedro

Dans ce même sillage, les autorités maliennes ont ouvert ce même mercredi 11 février à Bamako, la 4ᵉ session du comité de pilotage du projet PR8 consacré au corridor Bamako–Zantiébougou–Boundiali–San Pedro. Le programme régional, lancé en 2015, entre ainsi dans sa dernière année d’exécution.

La session, présidée par le Secrétaire général par intérim du ministère des Transports et des Infrastructures, doit examiner l’état d’avancement du projet, analyser les goulots d’étranglement et arrêter le programme de travail ainsi que le budget 2026. Évalué à environ 166,9 millions d’unités de compte, soit près de 138 milliards de francs CFA, le PR8 vise à renforcer la fluidité du transport entre le Mali et la Côte d’Ivoire via le port de San Pedro.

Parmi les réalisations figurent les travaux sur la section Boundiali–Kani, longue de 135 kilomètres. Selon les données du projet, le temps de parcours sur ce tronçon est passé d’environ six heures à une heure et demie après aménagement. L’objectif est de réduire les coûts logistiques, faciliter les échanges commerciaux et consolider l’intégration régionale.

La réunion de Bamako s’inscrit dans le dispositif de suivi-évaluation d’un projet présenté comme structurant et lié aux besoins de mobilité croissante dans la zone du corridor. La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence du représentant résident de la Commission de l’UEMOA au Mali, ce qui replace le PR8 dans un cadre de pilotage régional au-delà du seul niveau national.

Sur le contenu opérationnel de la phase finale, les rapports d’exécution de la Banque africaine de développement indiquent que les travaux routiers et plusieurs aménagements connexes ont été achevés, mais que la clôture du projet reste conditionnée par la mise en œuvre des mesures de facilitation du transport pilotées au niveau régional.

Les mêmes documents évoquent notamment des chantiers de facilitation comme la préparation d’un poste frontalier juxtaposé à Ninguni, avec une contractualisation des travaux annoncée via un partenariat public-privé, ainsi que des actions techniques d’interfaçage des systèmes de tracking entre le Mali et la Côte d’Ivoire destinées à mieux suivre les flux sur le corridor.

La dimension économique éclaire fortement ces récentes actions. La Côte d’Ivoire demeure le premier partenaire commercial régional du Mali. Une part importante des importations maliennes transite par le port d’Abidjan, qu’il s’agisse des hydrocarbures, des produits alimentaires ou des biens manufacturés.

Les données issues de l’espace UEMOA montrent que le commerce intra-régional constitue une composante structurante des économies de la zone. Pour le Mali, pays enclavé, l’accès aux corridors ivoiriens représente un enjeu stratégique majeur. Pour la Côte d’Ivoire, le marché malien constitue un débouché significatif vers l’hinterland sahélien.

Vignikpo Akpéné