Relations Pretoria-Washington: Tout en place pour ne pas hâter la désescalade

Le ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola a convoqué le 11 mars dernier le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Afrique du Sud, Brent Bozell.

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Ronald Lamola, Ministre sud-africain des Relations internationales (Photo by Gallo Images/Daily Sun/Lucky Morajane).
Ronald Lamola, Ministre sud-africain des Relations internationales (Photo by Gallo Images/Daily Sun/Lucky Morajane).

Le ministre sud-africain des Affaires étrangères Ronald Lamola a convoqué le 11 mars dernier le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Afrique du Sud, Brent Bozell, pour qu’il s’explique sur des propos jugés « non-diplomatiques », moins d’un mois après avoir pris ses fonctions à Pretoria.

Brent Bozell est arrivé dans un contexte de relations bilatérales fortement dégradées, les Etats-Unis reprochant à l’Afrique du Sud sa plainte pour génocide déposée contre Israël pour sa guerre à Gaza (2023 à 2025) devant la justice internationale et une prétendue persécution des Afrikaners, ces descendants des colons européens.

L'ambassadeur des Etats-Unis en Afrique du Sud, Brent Bozell, s'exprime lors d'une conférence à Washington, le 14 avril 2016, alors qu'il dirigeait une organisation critique des médias.
L’ambassadeur des Etats-Unis en Afrique du Sud, Brent Bozell, s’exprime lors d’une conférence à Washington, le 14 avril 2016, alors qu’il dirigeait une organisation critique des médias.

Lors de sa première prise de parole publique depuis son arrivée en février 2026, M. Bozell a critiqué ce 10 mars les « propos haineux » du chant « Kill the Boer, Kill the farmer » (« Tuez le Boer, Tuez le fermier »), issu de la lutte contre le régime d’apartheid. Il a aussi critiqué plusieurs programmes et législations mis en oeuvre par le Gouvernement en Afrique du Sud. « Nous avons convoqué l’ambassadeur des Etats-Unis, l’ambassadeur Bozell, pour qu’il explique ses propos non-diplomatiques », a déclaré le ministre lors d’une conférence de presse. 

La justice sud-africaine a jugé par le passé que le slogan historique « Kill the Boer » ne constituait pas un discours de haine et qu’il devait être considéré dans le contexte de la lutte de libération contre le régime ségrégationniste mis en place par la minorité blanche. « Je suis désolé mais je n’ai que faire de ce que vos tribunaux disent, c’est un discours de haine« , a déclaré Bozell ce 10 mars lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise. Ce 11 mars, il a semblé faire machine arrière dans un message posté sur X: « Je tiens à préciser que, même si mon opinion personnelle — comme celle de nombreux Sud-Africains — est que le « Kill the Boer » constitue un discours de haine, le Gouvernement des Etats-Unis respecte l’indépendance et les conclusions de l’appareil judiciaire sud-africain« .

Lors d’une rencontre entre le Président sud-africain Cyril Matamela Ramaphosa et Donald Trump à la Maison Blanche en mai 2025, le Président américain avait, pour soutenir ses accusations de persécution des Afrikaners, diffusé la vidéo de l’opposant radical sud-africain Julius Malema en train de reprendre le chant. Le Président Ramaphosa avait rétorqué que Julius Malema était un adversaire politique.

L’ambassadeur américain a également critiqué un programme économique destiné à corriger les inégalités héritées de l’apartheid et visant à favoriser l’accès à l’emploi des Noirs, estimant que ces politiques avaient entraîné une « stagnation » de l’économie. Les programmes de discrimination positive à l’embauche ne sont « pas du racisme inversé, comme l’a malheureusement laissé entendre l’ambassadeur », a réagi ce 11 mars le ministre Lamola.

« C’est un instrument fondamental conçu pour remédier aux déséquilibres structurels propres à l’histoire singulière de l’Afrique du Sud. C’est un impératif constitutionnel que le Gouvernement sud-africain ne pourra et ne voudra jamais abandonner« , a-t-il souligné.

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