Niger: D’où provient l’arsenal des djihadistes qui endeuillent Tillabéri tout en s’auto-déchirant?

La Transition militaire qui dirige le Niger depuis un coup d'Etat en juillet 2023 peine à endiguer les violences qui frappent depuis 2017 Tillabéri, où opèrent des jihadistes de l'Etat islamique au Sahel (EIS) et du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM).

Afriquinfos Editeur
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Carte du Niger localisant la région de Tillabéri.
Carte du Niger localisant la région de Tillabéri.

Ils « tuent, pillent, rançonnent »: la région de Tillabéri, dans l’ouest du Niger, à la frontière du Mali et du Burkina Faso, est devenue en une décennie l’épicentre d’attaques de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique.

Cartes du Sahel en 2019, 2021, 2023 et 2025 localisant les affrontements impliquant des groupes jihadistes (Al-Qaida, l'Etat islamique ou leurs affiliés) et indiquant leur nombre de victimes.
Cartes du Sahel en 2019, 2021, 2023 et 2025 localisant les affrontements impliquant des groupes jihadistes (Al-Qaida, l’Etat islamique ou leurs affiliés) et indiquant leur nombre de victimes.

La Transition militaire qui dirige le Niger depuis un coup d’Etat en juillet 2023 peine à endiguer les violences qui frappent depuis 2017 Tillabéri, où opèrent des jihadistes de l’Etat islamique au Sahel (EIS) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), la branche sahélienne d’Al-Qaida. En 2025, cette vaste zone est même devenue « la région la plus meurtrière du Sahel central » où « les civils ont été les plus ciblés », indique l’ONG Acled, qui recense les victimes de conflits à travers le monde.

« La situation reste encore dramatique, les bandits (jihadistes) tuent, pillent, rançonnent. Des écoles et des dispensaires sont fermés et des marchés ne sont plus animés », confirme à l’AFP Amadou Arouna Maïga, coordonnateur de l’association « Union Tillabéri pour la paix et la sécurité ».

– Près de 1.300 morts en 2025 –

L’année dernière, la région de Tillabéri a concentré près de 1.300 morts sur les 1.939 tués dans des violences recensés par Acled au Niger. Parmi ces 1.300 morts, environ la moitié a péri dans des affrontements entre groupes jihadistes et Forces nigériennes, et l’autre dans des violences visant des civils, précise à l’AFP Héni Nsaibia, analyste pour cette ONG. Parmi les attaques les plus notables en 2025, on compte 22 civils tués lors d’une cérémonie de baptême, 71 autres pendant un prêche musulman, 44 dans une mosquée, tandis que 34 soldats ont perdu la vie dans une attaque. Et deux Maires ont été assassinés.

Une attaque de jihadistes présumés a tué au moins 17 soldats au Niger avant une réunion militaire ouest-africaine cruciale.
Une attaque de jihadistes présumés a tué au moins 17 soldats au Niger avant une réunion militaire ouest-africaine cruciale.

Si l’ONG accuse principalement les jihadistes, l’Armée nigérienne est aussi pointée du doigt dans certaines violences contre des civils.

– « Exécutés en public » –

Cette explosion de la violence à Tillabéri s’explique par sa position stratégique dans la zone tri-frontalière Niger–Mali–Burkina Faso, où les groupes jihadistes opèrent également, explique Héni Nsaibia. Les opérations militaires nigériennes, la prolifération de milices locales qui a « intensifié les tensions communautaires », la violente rivalité entre l’EIS et le JNIM et l’expansion de ces derniers vers le sud, « en direction de Dosso et des zones proches de Niamey », aggravent davantage les violences, ajoute le chercheur.

« Les terroristes ciblent des symboles de l’Etat, brûlent et saccagent écoles et dispensaires et persécutent voire assassinent des fonctionnaires et leaders locaux », témoigne un infirmier de la région, désormais réfugié à Niamey après « des menaces de mort ». Comme lui, plusieurs chefs religieux et traditionnels ou des figures politiques ont fui la zone. « Les récalcitrants et ceux qui sont soupçonnés de collaborer avec l’armée sont flagellés ou exécutés en public », raconte l’infirmier.

– « La vie est très dure » –

Les habitants des localités sous contrôle doivent également verser l’impôt aux jihadistes et se soumettre aux sentences des Tribunaux islamiques improvisés, détaille un ancien responsable municipal de Makalondi, près du Burkina Faso. L’insécurité est omniprésente sur les axes routiers et les déplacements se font souvent sous fortes escortes militaires, ajoute-t-il.

De son côté, l’Armée évoque les engins explosifs improvisés (EEI) posés par les jihadistes qui « ralentissent » son avancée lors d’opérations au cœur des zones boisées ou marécageuses. Elle estime que « la criminalité est accentuée » par « les dizaines de sites aurifères clandestins » disséminés dans cet immense espace de 100.000 km².

Par ailleurs, l’économie régionale reste perturbée par des mesures anti-jihadistes décrétées par les autorités, dont l’état d’urgence, l’interdiction de circuler à motos et la fermeture de nombreux marchés et stations d’essence. « Pas de boulot, pas d’argent, la vie est très dure », se plaint un chauffeur de taxi-brousse à Téra, une ville de Tillabéri.

Pour se protéger, les résidents ont créé des milices d’autodéfense mal formées et sous-équipées, occasionnant des affrontements meurtriers avec les jihadistes. Au moins 25 miliciens civils d’autodéfense ont été tués fin février 2026, près du Mali. Selon Héni Nsaibia, si les violences contre les civils restent élevées, que les milices locales poursuivent leur expansion et que les jihadistes continuent de s’étendre depuis Tillabéri vers le sud du pays, « il est peu probable que la violence baisse de manière significative en 2026 ».

© Afriquinfos & Agence France-Presse