Monsieur Tidjane Thiam, back to fundamentals! (Tribune libre)

Tribune libre sur la posture de Tidjane Thiam en amont de la présidentielle 2025 en Côte d'Ivoire

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Tidjane Thiam
Tidjane Thiam, alors président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), lors d'un rassemblement à Aboisso, le 21 décembre 2024.

PARIS (© 2025 Afriquinfos)- Peut-être pourrait-il être un bon Président pour la Côte d’Ivoire, mais à ce stade de son parcours, il devrait méditer l’adage selon lequel «les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable».

La stratégie politique de Tidjane Thiam, président du PDCI et candidat déclaré à la magistrature suprême, ressemble de plus en plus à une opération financière mal calibrée.

À peine installé à la tête du plus vieux parti de Côte d’Ivoire par une prise de contrôle quelque peu assimilable à une OPA agressive sur un actif mal défendu, a-t-il voulu convertir cette conquête interne en tremplin présidentiel. L’impatience, dans ce cas, n’est pas une qualité: au lieu de consolider sa position, sécuriser les soutiens et bâtir un consensus, il a choisi d’ouvrir une position spéculative, au détriment d’une analyse réaliste des fondamentaux du marché.

Tidjane Thiam, né le 29 juillet 1962 à Abidjan (Côte d'Ivoire), est un homme d'affaires, dirigeant d'entreprise et homme politique.
Tidjane Thiam, né le 29 juillet 1962 à Abidjan (Côte d’Ivoire), est un homme d’affaires, dirigeant d’entreprise et homme politique.

La Côte d’Ivoire n’est pas un sous-jacent ordinaire. C’est un produit complexe où les marges de manœuvre ne se jouent pas en mois mais en années. Là où d’autres acteurs plus installés – connus des électeurs et aguerris aux rythmes lents de la scène ivoirienne – acceptaient de patienter, Thiam a choisi d’agir comme un investisseur court-termiste, obsédé par l’option qu’il croyait détenir.

Mais cette option est en train de virer au produit toxique: sa «value at risk» dérape. Il risque désormais à la fois de perdre une partie de la surface politique de son parti, d’assécher sa capacité d’action sur le terrain, et de voir son avenir être hypothéqué si ses adversaires politiques réalisent de bons résultats, incluant une participation notable, à la présidentielle 2025.

Son entêtement à tenter de forcer la main du pouvoir afin d’obtenir une exception qui lui permettrait d’être candidat, alors que tous les signaux indiquent le contraire, surprend. Ses alliances mouvantes et contre-nature apparaissent à tous comme des arrangements de circonstance (trouple de la carpe, du lapin et du moineau, chacun se reconnaîtra).

La tonalité de ses discours oscille entre technicité inaudible et attaques ad hominem. Son exil volontaire l’éloigne des Ivoiriens et d’une position de combat. Tout cela conduit moins à une stratégie de différenciation qu’à un déjà-vu brouillon. Son capital politique est exposé, au risque que son rendez-vous avec l’histoire ivoirienne ne s’apparente finalement qu’à une bulle marketing.

Par ailleurs, le leadership vertical et distant qu’il exerce – concentré dans un cercle restreint, avec peu de transparence sur les choix réels – crée un flou préjudiciable: au sein du PDCI, des dissensions émergent, comme autant de ventes à découvert contre son propre actif. Le risque de scission ou d’affaiblissement du parti est tangible; le capital politique patiemment accumulé par ses prédécesseurs pourrait dès lors  s’évaporer en quelques mois !

Changer de stratégie

Sur la place politique, Tidjane Thiam se retrouve avec une position ouverte qui dérape. Comme dans les salles de marché, le danger est clair: persister dans le biais de confirmation, espérer que la tendance se retourne, et finir démonétisé.

Tout trader sait qu’à un certain niveau de perte, il faut déclencher le ‘stop loss’ et ainsi reconnaître que la séquence est ratée, couper la position avant qu’elle ne consume le capital et reconfigurer la stratégie. Pour Thiam et le PDCI, cela signifie admettre rapidement que la bataille actuelle est perdue: il ne sera pas l’outsider qui renverse la table en 2025.

Le Président Thiam gagnerait à se souvenir que c’est son passé financier et bancaire qui l’a rendu célèbre et ce faisant, revenir aux fondamentaux. En politique comme en finance, mieux vaut solder une position hasardeuse que compromettre définitivement l’intégralité du portefeuille.

PDCI, Côte d'Ivoire
Un homme tient dans ses mains le bulletin de Tidjane Thiam lors d’une élection interne du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) à Abidjan le 16 avril 2025.

Pour cela, il faut reprend, re l’initiative et ne pas subir la fronde montante des mécontents au sein du PDCI. Ne pas nier que leur inquiétude soit légitime. Ne pas se confondre une fois de plus dans le champ accusatoire de la manipulation imputée aux adversaires et aux médias.  Mais convoquer un Bureau politique pour resserrer les rangs, redonner confiance aux militants, préparer des candidatures solides pour les législatives à venir. Et surtout reconstruire une stratégie présidentielle à court terme en choisissant un autre candidat pour 2025 qui préservera le capital politique collectif du parti plutôt que de l’exposer à la volatilité d’une aventure personnelle.

Il est aujourd’hui acté qu’il n’aura ni la présidence ni même un siège de député en 2025. En réorientant sa stratégie, peut-être peut-il encore rêver à la Vice-Présidence si son parti l’emporte (la Constitution ne l’en empêcherait pas a priori). Mais surtout, il conservera l’espoir d’avoir un futur politique en Côte d’Ivoire. Dans l’intervalle, avant que celui-ci ne se réalise, il pourra toujours consoler son ego en se rappelant que mieux vaut avoir tort avec le marché que raison contre lui.

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