En froid avec plusieurs pairs africains, Cyril Ramaphosa accélère sa coopération avec Paris via ces leviers 

Afriquinfos Editeur
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Cyril Ramaphosa reçu par Emmanuel Macron (DR)

Paris (© 2026 Afriquinfos)- Suite aux violentes manifestations contre les étrangers, près de 50 000 migrants illégaux ont quitté l’Afrique du Sud ces dernières semaines. Une situation qui a conduit plusieurs pays à durcir le ton contre Pretoria. Alors que ces mouvement antimigrants secoue son pays et entache sa réputation sur le continent africain, le Président sud-africain s’est envolé pour Paris où il a été reçu par Emmanuel Macron.

La première journée, composée d’un entretien avec son homologue Emmanuel Macron et d’un dîner à l’Elysée, a mis en lumière, selon une source diplomatique française, « la grande convergence de vues sur les dossiers internationaux et régionaux » des deux chefs d’Etat, notamment sur les guerres au Proche-Orient et en République démocratique du Congo (RDC).

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a achevé ce dimanche une visite officielle de trois jours (10-12 juillet),  en France. Celle-ci a étémarquée par la signature d’un nouveau partenariat stratégique bilatéral, une série d’entretiens à l’Élysée avec Emmanuel Macron, et une cérémonie commémorative dans la Somme. Cette visite, prévue de longue date, visait notamment à tourner la page d’une brouille diplomatique survenue en juin, lorsque l’Afrique du Sud avait été écartée du sommet du G7 organisé en France au profit du Kenya.

Reçu vendredi 10 juillet à l’Élysée, Cyril Ramaphosa s’est entretenu pendant tout l’après-midi avec Emmanuel Macron avant de participer à un dîner d’État. Les deux chefs d’État ont conclu leurs échanges par la signature d’un accord établissant une Commission ministérielle mixte, chargée de réunir chaque année les ministres des Affaires étrangères des deux pays pour, selon une source diplomatique française citée par l’agence Africa Presse, « passer en revue le spectre de la relation bilatérale ». Le document a été paraphé par le ministre sud-africain des Relations internationales, Ronald Lamola, et son homologue français, sous le regard des deux présidents.

Ce nouveau mécanisme doit donner une cadence régulière à une coopération que plusieurs médias africains, dont Africa Presse, décrivent comme ayant été jusqu’ici perçue comme intermittente. Le prochain dialogue stratégique doit se tenir en Afrique du Sud en octobre, selon l’agence de presse gouvernementale sud-africaine SAnews.

Selon plusieurs médias, Emmanuel Macron et Cyril Ramaphosa ont affiché une « grande convergence de vues » sur plusieurs crises internationales, notamment dans le Golfe et la région des Grands Lacs. D’après les mêmes sources, les discussions ont également porté sur la situation à Madagascar et la lutte contre l’épidémie d’Ebola en RDC. De son côté, Cyril Ramaphosa a plaidé pour un renforcement du multilatéralisme face aux défis mondiaux.

Le volet économique a occupé une place centrale dans la visite. Selon les chiffres avancés par Cyril Ramaphosa lui-même, trente entreprises françaises se sont engagées cette année à hauteur d’environ 1,11 milliard d’euros (20,7 milliards de rands) d’investissements dans plusieurs secteurs économiques stratégiques. Ce chiffre fait suite à la sixième Conférence sud-africaine sur l’investissement, tenue à Johannesburg en mars, qui avait déjà vu une forte participation d’entreprises françaises.

Plus largement, la présidence sud-africaine indique que les échanges commerciaux bilatéraux ont progressé de 7,7 % en 2025 pour atteindre environ 2,7 milliards de dollars, les exportations sud-africaines vers la France ayant bondi de 42,2 % sur la même période. Depuis 2003, les entreprises françaises auraient investi plus de 7 milliards de dollars en Afrique du Sud, créant près de 16 000 emplois dans les énergies renouvelables, les services, les transports et les technologies de l’information, selon la même source.

Samedi 11 juillet, Ramaphosa a rencontré des dirigeants de grandes entreprises françaises pour promouvoir la participation de ces dernières au vaste programme d’infrastructures actuellement engagé par son pays. Plusieurs accords seraient encore en cours de négociation, portant notamment sur les transports, la coopération nucléaire civile et la mobilité, a précisé le président sud-africain selon SAnews. Il a par ailleurs salué l’entrée de la France comme quatorzième État membre de l’Observatoire du Square Kilometer Array (SKAO), grand projet international de radioastronomie.

Effacer le couac du G7 d’Evian (Haute-Savoie)

Cette visite intervient un mois seulement après un épisode qui avait tendu les relations entre les deux pays. En juin, la France avait préféré inviter le Kenya plutôt que l’Afrique du Sud au sommet du G7, une décision qui avait suscité une vive réaction de Pretoria. Le porte-parole de la présidence sud-africaine avait alors affirmé que son pays avait pourtant bien été invité dans un premier temps, avant que des pressions américaines ne poussent, selon lui, Paris à revoir sa liste d’invités. La partie française avait de son côté justifié ce choix par l’organisation du sommet « Africa Forward », co-organisé avec Nairobi la même année.

Cet épisode avait ravivé la méfiance de certaines élites sud-africaines à l’égard des puissances occidentales. La visite de Cyril Ramaphosa et l’accord signé apparaissent ainsi comme une tentative assumée de tourner cette page, les deux capitales qualifiant désormais leur relation d’« excellente ». Ce déplacement fait suite à celui d’Emmanuel Macron à Johannesburg en novembre 2025, en marge du sommet du G20.

La visite avait débuté vendredi matin au siège parisien de l’UNESCO, où Cyril Ramaphosa a co-présidé, à l’invitation du directeur général Khaled El-Enany, le Comité directeur de haut niveau sur l’Objectif de développement durable n°4 consacré à l’éducation de qualité.

Le dernier temps fort du séjour s’est déroulé ce dimanche à Longueval, dans la Somme, où Cyril Ramaphosa a assisté à la 110ᵉ commémoration de la bataille du bois Delville, au mémorial national sud-africain. Cette cérémonie honore la mémoire des plus de 3 000 soldats sud-africains tombés lors de cette bataille de juillet 1916, l’une des plus meurtrières de la Première Guerre mondiale pour les forces sud-africaines. Le programme prévoyait un dépôt de gerbes ainsi que l’inauguration d’une plaque de l’UNESCO reconnaissant l’importance historique du site.

Pour l’Elysée, cette visite est une réponse à celle d’Emmanuel Macron à Johannesburg à l’occasion du sommet du G20, en novembre 2025. Elle permet d’effacer le couac du G7 d’Evian (Haute-Savoie). En mars, la présidence sud-africaine s’était émue de n’avoir pas reçu d’invitation à ce sommet, qui s’est tenu en juin, sur les bords du lac Léman, en raison, selon elle, de pressions de la Maison Blanche, qui dénonce, au mépris de toute réalité, « une persécution » à grande échelle de la population blanche sud-africaine.

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