Mali/Tentative de déstabilisation: Ce que l’on sait des nombreux militaires arrêtés

Tentative de déstabilisation au Mali et enquêtes

Afriquinfos Editeur
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Le Président de la Transition, le général d’armée, Assimi Goïta
Le Président de la Transition, le général d’armée, Assimi Goïta (Dr-TV5 Monde)

Les Autorités maliennes ont procédé ces derniers jours à l’arrestation de dizaines de militaires, dont deux généraux, soupçonnés de vouloir renverser le pouvoir Goïta, en place après deux coups d’Etat successifs en 2020 et 2021.

Le Président de la Transition, le général d’armée, Assimi Goïta
Le Chef de la Transition malienne, Assimi Goïta, lors d’une cérémonie avec le Président russe Vladimir Poutine au Kremlin, à Moscou, le 23 juin 2025.

Voici ce que l’on sait de cette vague d’arrestations dans ce pays coutumier des troubles politiques et militaires dans un contexte de restrictions sévères des libertés par la Transition et de violences jihadistes meurtrières sur le territoire.

– Au moins 55 arrestations

Depuis la semaine dernière, au moins 55 militaires, dont deux généraux, ont été arrêtés selon des sources sécuritaires et des proches des personnes concernées. Ces arrestations se sont poursuivies dans la nuit de dimanche à lundi, 11 aout, ont confirmé ces mêmes sources contactées par l’AFP.

« Il y a des arrestations liées à une tentative de déstabilisation des institutions », a confié ce 10 aout dimanche une source sécuritaire. Une autre source au sein de l’Armée a affirmé que les autorités ont « procédé aux arrestations nécessaires » pour contrer une « tentative de déstabilisation » de l’Etat. Selon un membre du CNT (Conseil National de Transition), l’organe législatif mis en place par la Transition, « tous (les gens arrêtés) sont des militaires ». Leur « objectif était de renverser la junte », a poursuivi ce législateur.

– La garde nationale dans le viseur

Les arrestations se sont principalement faites au sein de la Garde nationale, un corps de l’Armée malienne. C’est notoirement le corps d’origine du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, une des principales figures de la Transition sous A. Goïta. Plusieurs observateurs ont relevé que certaines des personnes arrêtées par les autorités sont des proches de M. Camara, mais celui-ci n’a pas été inquiété à ce jour.

Certains hauts gradés comptent parmi les militaires interpellés, dont le général Abass Dembélé, une figure très respectée au sein de l’Armée. Cet ancien Gouverneur de la région de Mopti (centre) a récemment été démis de cette fonction. « Des militaires sont venus tôt (dimanche, 10 aout) pour arrêter le général Abass Dembélé à Kati (en banlieue de Bamako). On ne lui a pas dit pourquoi », a raconté un de ses proches.

Une des rares femmes à occuper un poste de haut gradé au Mali, Nema Sagara, générale de brigade à l’Etat-major de l’Armée de l’Air, a également été interpellée. Selon une source sécuritaire malienne, « des civils pourraient également bientôt être interrogés dans cette affaire ».

– Silence du régime Goïta autour de cette affaire

 Dans la matinée de ce 11 aout, le pouvoir de Bamako n’avait toujours pas communiqué sur cette série d’arrestations. On ne sait pas s’il s’agit d’arrestations préventives ou s’il est reproché aux personnes arrêtées d’être en phase de préparation d’un renversement du régime de Transition. Un diplomate africain en poste à Bamako s’interroge sur ce « silence du Gouvernement » et évoque une situation « complexe » dans un contexte de « loi de l’omerta ».

– Le contexte
 

Depuis 2012, ce pays sahélien (2è le plus vaste d’Afrique de l’ouest derrière le Niger) fait face à une profonde crise sécuritaire nourrie notamment par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires. Elle s’ajoute à une grave crise économique. La Transition malienne, dirigée par Assimi Goïta, s’est détournée des partenaires occidentaux, notamment l’ancien colonisateur français, pour se tourner politiquement et militairement vers la Russie et d’autres Etats du Sud global, au nom d’un souverainisme.

L’Armée malienne et ses alliés, les mercenaires russes d’Africa Corps, chargés notamment de traquer les jihadistes, sont régulièrement accusés de commettre des exactions contre des civils. Le pouvoir malien réplique aussi souvent en accusant les jihadistes de diverses atrocités. Pour le sociologue malien Oumar Maïga, « cette histoire est la preuve que les militaires ont du mal à maîtriser la situation. Dans les rangs de l’Armée, il y a une grogne ».

© Afriquinfos & Agence France-Presse