Au moins un millier de personnes étaient réunies ce 08 octobre 2025 à Antananarivo à l’appel du collectif instigateur de la contestation à Madagascar commencée le 25 septembre dernier, des personnes repoussées par des tirs de gaz lacrymogènes, a constaté une équipe de l’AFP dans la capitale.

Les promesses du Président Andry Rajoelina, 51 ans, n’éteignent pas le mouvement Gen Z instigateur des manifestations, braqué par le ton sécuritaire du nouveau Gouvernement. Ce dernier s’est concrétisé par de nombreuses blessures par des balles de caoutchouc, des grenades assourdissantes et des coups ainsi que des arrestations ce 09 octobre 2025, a observé une équipe de l’AFP.

Dans la capitale de Madagascar, île particulièrement pauvre de l’océan Indien, un premier rassemblement d’au moins un millier de protestataires près du lac d’Anosy à la mi-journée a été dispersé par un recours immédiat et important au gaz lacrymogène, suivi de charges d’engins blindés. A la suite de cette intervention, une bataille de rue a éclaté entre les Forces de l’ordre, usant en plus de balles de caoutchouc, et des groupes éparpillés, rejoints par d’autres manifestants, qui ont répliqué par des jets de pierres.
Des gaz lacrymogènes tirés près d’une maternité s’y sont infiltrés, obligeant à déplacer des bébés prématurés à l’arrière du bâtiment, a relevé un journaliste de l’AFP.
Une journée encore agitée
Dans le quartier voisin d’Anosibe, un homme poursuivi puis roué de coups par les forces de sécurité a été laissé inanimé au sol, avant d’être évacué par la Croix-Rouge, a constaté un journaliste de l’AFP.
Par ailleurs au moins quatre personnes ont été blessées par des balles en caoutchouc, dont une ayant nécessité des points de suture, et deux par des projectiles, vraisemblablement issus de grenades assourdissantes, d’après les observations de journalistes de l’AFP et les bilans des rares organisations médicales faisant état de leurs interventions, SOS Médecin et Medikelly.
Ces manifestations ont été en septembre les deuxièmes plus importantes à Madagascar depuis que l’ONG spécialiste du suivi des troubles, Acled, y collecte des données en 1997.
« Le président est égoïste, il fait des promesses mais il ne les réalise pas. Je n’y crois plus », témoigne Niaina Ramangason, étudiant de 20 ans à l’Ecole polytechnique d’Antananarivo, venu manifester. La contestation a démontré ce 09 octobre une nouvelle vigueur après un essoufflement relatif ces derniers jours. Un cortège de centaines de manifestants a aussi été signalé à Toliara, grande ville du sud.
Plus de 200 organisations de la société civile malgache ont exprimé ce 09 octobre leurs « inquiétudes quant à une dérive militaire dans la gouvernance du pays ». Cinq protestataires ont été placés en détention provisoire et 17 sous contrôle judiciaire, selon un communiqué ce 08 octobre d’un Collectif d’avocats les défendant bénévolement. Ces cinq personnes n’ont pu être incarcérées à la prison d’Antanimora, à Antananarivo, car les agents pénitentiaires y sont en grève. Il est difficile d’estimer si l’appel à la grève générale lancé par le collectif Gen Z est suivi, mais le personnel de plusieurs Lycées publics de la capitale a dit débrayer.
Un pays, des séries de manifestations
Plusieurs personnes ont été arrêtées, selon l’équipe AFP. Madagascar est le théâtre depuis le 25 septembre d’un Mouvement de protestation qui dénonçait au départ les coupures incessantes d’eau et d’électricité et s’est mué depuis en une contestation plus large, notamment du Président Andry Rajoelina, 51 ans. Les promesses du Président ne suffisent pas à éteindre le mouvement, braqué par les premières nominations au ton sécuritaire dans le nouveau Gouvernement. Dans le centre de la capitale de cette île particulièrement pauvre de l’océan Indien, au moins un millier de manifestants, pour certains équipés de masques à gaz et de plongée, étaient réunis à la mi-journée près du lac d’Anosy, un des points de ralliement.
« On vit toujours dans la galère. Le problème, c’est le système. Depuis qu’on a obtenu l’indépendance de la France (en 1960, NDLR), notre vie ne s’est pas améliorée », clame, parmi eux, Heritiana Rafanomezantsoa, 35 ans. « Il y a un proverbe malgache qui dit +les boeufs qui dorment ensemble ne se réveillent pas en même temps+. On veut que tout le peuple nous rejoigne« , a exhorté ce responsable de projet.
Après avoir adopté un ton conciliant et renvoyé tout son Gouvernement, Andry Rajoelina a nommé un militaire Premier ministre, le général Ruphin Fortunat Dimbisoa Zafisambo, méconnu du grand public. Estimant que le pays « n’a plus besoin de perturbations », il a dévoilé comme premiers noms du casting gouvernemental les ministres des Armées, de la Sécurité publique et de la Gendarmerie, avec pour mission affichée de rétablir l’ordre.
Au moins 22 personnes ont été tuées dans les manifestations et une centaine blessées, d’après un bilan le 29 septembre de l’ONU. Des « chiffres erronés » d’après le Chef de l’Etat ce 08 octobre. « Il y a eu des pertes de vies humaines qui se chiffrent à 12, et l’ensemble de ces gens, ce sont des pilleurs, des casseurs« , a-t-il affirmé au micro de la chaîne française ‘Réunion la 1ère‘. Autre nouveauté, alors que les manifestants arrêtés étaient auparavant libérés sans charge, 28 d’entre eux ont été présentés devant un juge au parquet, selon un communiqué ce 08 octobre d’un collectif d’avocats les défendant bénévolement.
Cinq d’entre eux ont été placés en détention provisoire dans la prison de Tsiafahy, « enfer carcéral » surpeuplé d’après Amnesty International.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



