Madagascar/Réponse violente des Forces de sécurité: Zoom sur une victime, étudiante de 19 ans

"La première bombe m'a fait tomber à terre, la deuxième, je ne sais pas si elle a atterri sur moi ou juste à côté, mais elle m'a arraché le haut de la fesse", dit celle qui devait commencer ce mois-ci un stage pour sa Licence en Commerce international.

Afriquinfos Editeur
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La capitale de Madagascar le 4 octobre 2025. Antananarivo est le théâtre de manifestations depuis le 25 septembre dernier.
La capitale de Madagascar le 4 octobre 2025. Antananarivo est le théâtre de manifestations depuis le 25 septembre dernier.

Symbole malgré elle de la centaine de blessés dans les manifestations à Madagascar, selon l’ONU, Mirana reste alitée sur le ventre depuis le 25 septembre: un tir de grenade lacrymogène a arraché le bas du dos de cette étudiante de 19 ans, raconte-t-elle à l’AFP.

Madagascar: la Police réprime une manifestation étudiante.

« La première bombe m’a fait tomber à terre, la deuxième, je ne sais pas si elle a atterri sur moi ou juste à côté, mais elle m’a arraché le haut de la fesse », dit celle qui devait commencer ce mois-ci un stage pour sa Licence en Commerce international. Mirana, qui comme toute sa famille membre de la classe moyenne de l’île préfère conserver l’anonymat, se tenait à l’écart sur le trottoir, à l’arrière d’un rassemblement touchant à sa fin en ce premier jour du mouvement de contestation ayant embrasé l’île de l’océan Indien.

Des manifestants malgaches courent aux abris après des tirs de gaz lacrymogène le 4 octobre 2025 à Antananarivo, capitale de Madagascar.
Des manifestants malgaches courent aux abris après des tirs de gaz lacrymogène le 4 octobre 2025 à Antananarivo, capitale de Madagascar.

Des vidéos et photos partagées des milliers de fois sur les réseaux sociaux en attestent. C’est alors que des gendarmes, depuis l’arrière d’un pick-up dévalant la rue, ont tiré dans sa direction des grenades lacrymogènes! La première a envoyé des « éclats sur (s)on visage. « C’est ce qui a causé ça », dit-elle en montrant les fils de suture toujours visibles sous son œil droit. « Il y avait plein de sang, c’était une coupure profonde », décrit l’étudiante, en serrant une peluche de Garfield depuis son lit, dans un hôpital d’Antananarivo.

Manifestation le 27 septembre 2025 à Antananarivo, la capitale malgache où des centaines de jeunes ont fait face aux Forces de sécurité et des tirs de gaz lacrymogène.
Manifestation le 27 septembre 2025 à Antananarivo, la capitale malgache où des centaines de jeunes ont fait face aux Forces de sécurité et des tirs de gaz lacrymogène.

« Quand ils sont passés, on était au calme. On n’a rien fait. On était juste en train de se reposer. En plus, j’étais déjà à terre. J’avais le visage en sang. J’essayais de me relever quand ils m’ont lancé la deuxième », se remémore Mirana. Celle-ci a laissé un trou béant, « profond de quinze centimètres et d’un diamètre de 18 centimètres », d’après sa sœur Rita. Une blessure effroyable que la famille a souhaité montrer au monde entier sur une page Facebook intitulée « Justice pour Mirana ».

Des manifestants malgaches courent aux abris après des tirs de gaz lacrymogène le 4 octobre 2025 à Antananarivo, capitale de Madagascar.
Des manifestants malgaches courent aux abris après des tirs de gaz lacrymogène le 4 octobre 2025 à Antananarivo, capitale de Madagascar.

– « Sur le chemin du retour » –

Sa chair meurtrie est recouverte d’un pansement, la faisant souffrir « chaque fois qu’il faut le changer » dit  son père Vincent, 67 ans. « Je lui ai dit qu’elle n’irait manifester que si je l’accompagnais, qu’elle n’irait pas seule avec ses amis », explique ce père de six enfants ayant l’expérience des contestations populaires.

Encore adolescent, il était dans la rue en 1972 pour obtenir le départ du Premier président depuis l’indépendance de la France en 1960, Philibert Tsiranana. Puis de nouveau en 2002, au moment d’un mouvement pour demander celui du Président Didier Ratsiraka. « Ce qui est désolant surtout, c’est que ce n’était pas lors d’un affrontement avec les Gendarmes ou les Forces de l’ordre. C’était sur le chemin du retour », ajoute-t-il.

Au moins 22 personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessées, a informé le 1er octobre 2025 un bilan des Nations Unies, bilan contesté avec force par le ministère malgache des Affaires étrangères. « Parmi les victimes, figurent des manifestants et des passants tués par des membres des Forces de sécurité, », poursuit l’ONU dénonçant une « réponse violente des Forces de sécurité ».

– « Pour moi, pour ma famille » –

L’île de l’océan Indien est le théâtre depuis le 25 septembre d’un mouvement de protestation qui dénonçait au départ les coupures incessantes d’eau et d’électricité, et s’est mué depuis en une contestation du pouvoir en place. Et notamment du Chef de l’Etat. Malgré ses immenses ressources naturelles, Madagascar, ancienne colonie française devenue indépendante en 1960, reste parmi les pays les plus démunis au monde. En 2022, près de 75% de sa population vivait sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Mirana a choisi de manifester « parce qu’on est victime de coupures d’eau et d’électricité tous les jours à la maison », insiste-t-elle. « Il faut de l’électricité pour pouvoir travailler à l’école, on ne peut rien faire sans. Et on ne peut pas se laver, on ne se douche pas. C’est pour moi, pour ma famille. Je voulais faire entendre ma voix », plaide-t-elle. La famille espère pouvoir obtenir une évacuation sanitaire vers l’île de la Réunion, Département français voisin, où elle pourrait suivre une chirurgie réparatrice.

© Afriquinfos & Agence France-Presse