Madagascar ne dit pas niet à Paris, mais ne jure plus que par le multilatéralisme financier

Après une visite très remarquée à Moscou, le colonel Michaël Randrianirina, nouveau dirigeant de Madagascar, a acté ce 24 février à Paris aux côtés d'Emmanuel Macron un partenariat "renouvelé" et "équilibré" avec la France.

Afriquinfos Editeur
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Le Président malgache Michaël Randrianirina le 19 février 2026 au Kremlin, à Moscou.
Le Président malgache Michaël Randrianirina le 19 février 2026 au Kremlin, à Moscou.

Après une visite très remarquée à Moscou, le colonel Michaël Randrianirina, nouveau dirigeant de Madagascar, a acté ce 24 février à Paris aux côtés d’Emmanuel Macron un partenariat « renouvelé » et « équilibré » avec la France, ex-puissance coloniale.

« Dans un contexte international marqué par de nombreux défis, les deux Présidents réaffirment leur engagement pour un partenariat renouvelé, équilibré et résolument tourné vers l’avenir, fondé sur le respect mutuel et orienté vers des résultats concrets au bénéfice de leurs populations respectives », ont-ils souligné dans un communiqué conjoint¨. M. Randrianirina, « Président de la Refondation », a pris le pouvoir en octobre 2025 à l’issue d’un vaste mouvement de contestation de la jeunesse et le renversement par l’Armée d’Andry Rajoelina.

Le Président français Emmanuel Macron accueille à l'Elysée le nouveau dirigeant malgache Michaël Randrianirina, à Paris le 24 février 2026.
Le Président français Emmanuel Macron accueille à l’Elysée le nouveau dirigeant malgache Michaël Randrianirina, à Paris le 24 février 2026.

Le coup d’Etat et l’exfiltration par Paris d’Andry Rajoelina avait alors ravivé le ressentiment contre l’ancienne puissance coloniale française. Les deux dirigeants ont « agréé une série d’orientations » fixant le « cap » de la relation bilatérale pour les deux ans à venir, soit l’échéance de la Transition annoncée par les nouvelles autorités malgaches.

Cela passe par une « consolidation de la relation politique », le soutien de la France au « développement économique » de Madagascar et la « poursuite de la coopération de sécurité et de défense ». Emmanuel Macron a « réitéré le soutien de la France à la poursuite du processus en vue de l’organisation d’élections libres et transparentes dans le cadre du calendrier établi ».

– « Nouvelle ère » –

Pour la France, la relation avec Madagascar reste « prioritaire en Afrique », avait relevé l’Elysée avant la visite. Situé sur des routes maritimes stratégiques reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, Madagascar, ancienne colonie française (1897-1960), dispose de ressources naturelles multiples – du nickel au cobalt en passant par des terres agricoles et une grande biodiversité – qui attisent les convoitises.

La France espère y maintenir son influence face à la montée en puissance de pays comme la Chine, l’Inde, les Emirats, et plus récemment la Russie. « Elle compte dans l’océan Indien une importante force militaire et une longue tradition de coopération militaire avec l’Etat malgache », souligne Mathieu Pellerin, chercheur à l’Institut français des Relations internationales (IFRI). Du côté de Madagascar, l’objectif est d’éviter une dépendance exclusive de la France, en multipliant les partenariats, un mouvement déjà opéré sous la Présidence d’Andry Rajoelina.

Le 19 février dernier, en visite à Moscou, où il a rencontré Vladimir Poutine, le nouveau dirigeant malgache a ainsi annoncé « une nouvelle ère de coopération ». Depuis janvier 2026 déjà, des instructeurs militaires russes sont sur la Grande île pour former leurs homologues malgaches au maniement d’armes livrées en décembre, dont des drones.

– Inquiétudes –

A partir des années 70, « des liens diplomatiques et militaires assez forts s’étaient (déjà) développés entre le Pacte de Varsovie et Madagascar », rappelle Samuel Sanchez, professeur à l’Université Panthéon-Sorbonne et auteur de « Madagascar, une approche de l’histoire par les documents ».

« De nombreux militaires malgaches (…) ont ainsi reçu leur formation en Union soviétique et dans les pays du Bloc de l’Est. Il y a sans doute un legs de cette époque-là », poursuit l’historien. Le nouveau Président, note-t-il, semble en outre reprendre « le concept de +diplomatie tous azimuts+ qui était chère au Président Didier Ratsiraka », lequel dirigea Madagascar pendant plus de 20 ans au total. A l’évidence, il « essaie de tirer profit de la compétition géopolitique actuelle ».

L’historien constate néanmoins que plus de 30% des exportations malgaches se dirigent vers l’Union Européenne (dont la moitié vers la France) tandis que « la Russie reste un partenaire économique mineur de Madagascar, avec moins de 1% des exportations malgaches ». Si à Paris, on prend acte de la poussée russe, on entend aussi prévenir toute déstabilisation du lien entre la France et Madagascar.

« Côté français, on redoute très probablement qu’un rapprochement avec la Russie durcisse les revendications malgaches sur les îles éparses », aujourd’hui françaises, souligne Mathieu Pellerin. De nombreux diplomates sont aussi inquiets « de la rapidité avec laquelle la Russie a réagi » pour se rapprocher du nouveau Président, souligne aussi une source diplomatique occidentale à Madagascar.

© Afriquinfos & Agence France-Presse