Le Maroc monte en puissance dans les prises de commandes militaires en France sur les 10 dernières années

Les achats militaires du Maroc auprès de l’industrie française de défense en France ont changé d’échelle en 2025 !

Afriquinfos Editeur
6 Min de Lecture
Le Maroc monte en puissance dans les prises de commandes militaires en France sur les 10 dernières années
Un hélicoptère Caracal acheté par le Maroc (DR-Morocco Inel).

Paris (© 2026 Afriquinfos)- Les achats militaires du Maroc auprès de l’industrie française de défense en France ont changé d’échelle en 2025 ! Les commandes enregistrées ont atteint 532,1 millions d’euros, contre seulement 13,1 millions un an plus tôt. Le Royaume concentre, en une seule année, près de 40% du montant cumulé enregistré depuis 2016. Avec notamment la commande d’hélicoptères spéciaux « Caracal ».

Le Maroc a fortement accru ses commandes d’équipements militaires français en 2025, concentrant ainsi presque tout le marché nord-africain de l’industrie française de défense.. Selon le Rapport au Parlement 2026 sur les exportations d’armement de la France, les prises de commandes destinées au Royaume ont atteint 532,1 millions d’euros sur la seule année 2025, contre 13,1 millions un an auparavant. Il s’agit du montant annuel le plus élevé enregistré sur la période 2016-2025.

Cette accélération porte à 1,325 milliard d’euros le cumul des commandes françaises destinées au Maroc depuis 2016. Le montant enregistré en 2025 représente ainsi à lui seul près de 40% de ce total. La progression est d’autant plus marquée qu’elle intervient après deux années de niveaux relativement limités, avec 12,5 millions d’euros de commandes en 2023 et 13,1 millions en 2024.

Le rapport français cite explicitement la commande d’hélicoptères Caracal par le Maroc parmi les principaux contrats entrés en vigueur en 2025. Elle figure aux côtés de plusieurs marchés majeurs conclus par l’industrie française de défense, notamment les 26 avions Rafale commandés par l’Inde pour sa marine, deux sous-marins Scorpène Evolved destinés à l’Indonésie ou encore une quatrième frégate de défense et d’intervention pour la Grèce.

Le bond des commandes marocaines contraste avec l’évolution observée chez les autres principaux clients nord-africains de la France. En 2025, les commandes destinées à l’Algérie se sont limitées à 0,3 million d’euros, tandis que celles destinées à la Tunisie ont atteint 0,6 million. Sur l’ensemble de la période 2016-2025, le Maroc totalise ainsi 1,325 milliard d’euros de commandes, contre 454,3 millions pour l’Algérie et 29,8 millions pour la Tunisie.

Les données relatives aux licences d’exportation délivrées en 2025 donnent une autre mesure de cette dynamique. La France a accordé 42 licences pour des équipements destinés au Maroc, pour un montant total de 1,270 milliard d’euros. Ces autorisations couvrent plusieurs catégories de matériels de la Military List française.

Les commandes et les licences ne se traduisent toutefois pas immédiatement par des livraisons. En 2025, la valeur des matériels effectivement livrés au Maroc s’est établie à 83,3 millions d’euros, contre 40,8 millions en 2024. Sur dix ans, les livraisons françaises au Royaume atteignent 904,7 millions d’euros.

Ce décalage entre commandes, autorisations et livraisons reflète le calendrier propre aux programmes d’armement, dont l’exécution peut s’étaler sur plusieurs années. Il permet également de mesurer l’importance des contrats engagés en 2025 dans la trajectoire future des équipements livrés au Maroc.

Pour la France, cette dynamique marocaine intervient dans un contexte d’activité particulièrement soutenue à l’export. Les prises de commandes françaises à l’international ont atteint 21,2 milliards d’euros en 2025, pour la deuxième année consécutive au-dessus de 20 milliards d’euros. Le secteur aéronautique représente environ 40% de ces commandes, devant le naval, les missiles et les équipements terrestres.

Le rapport inscrit par ailleurs les exportations d’armement dans une relation de défense plus large avec les pays partenaires. Selon le document, ces opérations peuvent s’accompagner d’un renforcement de la coopération militaire, notamment à travers des opérations conjointes et des exercices, et contribuer à inscrire les relations bilatérales dans la durée.

Les Caracal n’expliquent pas nécessairement tout

Le rapport français cite la commande marocaine de dix hélicoptères H225M Caracal parmi les grands marchés militaires entrés en vigueur en 2025. Ces appareils d’Airbus Helicopters doivent remplacer les Puma vieillissants des Forces royales air et renforcer leurs capacités de transport tactique, d’opérations spéciales et de sauvetage au combat.

Le document ne détaille cependant pas la valeur propre du contrat Caracal. Les 532,1 millions d’euros correspondent à l’ensemble des commandes françaises destinées au Maroc et ne peuvent donc pas être attribués intégralement aux dix hélicoptères.

Les livraisons ont également progressé, mais dans des proportions moins spectaculaires : elles sont passées de 40,8 millions d’euros en 2024 à 83,3 millions en 2025. Paris a par ailleurs accepté 42 licences d’exportation vers le Maroc, contre 41 l’année précédente. Ce nombre relativement stable suggère que l’envolée des commandes repose surtout sur un ou plusieurs marchés de grande valeur, plutôt que sur une multiplication des autorisations.

Ces chiffres marquent le retour en force de l’industrie militaire française sur le marché marocain, après plusieurs années durant lesquelles Rabat avait intensifié ses achats aux États-Unis et en Israël, allant jusqu’à préférer l’Atmos 2000 israélien au canon Caesar français. Ils ne suffisent toutefois pas à établir que la France est redevenue le premier fournisseur du Maroc : le rapport mesure uniquement les ventes françaises, et non l’ensemble des acquisitions militaires du Royaume.

Afriquinfos