Alger (© 2026 Afriquinfos)- Les relations entre Alger et Paris vont-elles s’enfoncer avec les récentes mesures et positions adoptées par les deux pays ? Le Conseil de la Nation algérien, la chambre haute du Parlement, a adopté dimanche 12 avril 2026, un projet de loi criminalisant la colonisation française, un mois après son adoption par la Chambre basse. Cette loi intervient quelques jours après qu’Alger ait dénoncé 61 demandes ignorées par la France, s’agissant des restitutions des avoirs Bouteflika. Un silence perçu comme un verrou politique et diplomatique, au-delà de la simple lenteur judiciaire.
Ce texte, qui érige en crime la colonisation de l’Algérie par la France de 1830 à 1962, a été présenté par les autorités comme « une mesure visant à préserver la mémoire nationale et à honorer les sacrifices consentis durant la période coloniale« .
En décembre 2025, l’Assemblée populaire nationale, la Chambre basse du Parlement, avait adopté à l’unanimité un projet de loi exigeant des excuses officielles de la France et reconnaissant le droit de l’Algérie à des réparations.
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a toutefois précisé par la suite que l’Algérie recherchait la reconnaissance par la France de ses crimes plutôt qu’une compensation financière. Une commission parlementaire mixte a donc été mise en place afin de résoudre les divergences entre les deux chambres et d’élaborer un texte unifié.
La version finale adoptée par les deux chambres aurait supprimé les dispositions relatives aux réparations générales et aux excuses de la France, tout en conservant celles concernant les victimes des essais nucléaires français au Sahara.
Du côté de la France, l’Assemblée nationale doit toutefois examiner une loi clé visant à faciliter la restitution de biens africains, un enjeu diplomatique majeur pour la France.
« Pour mesurer la portée historique de ce texte, il suffit de constater l’intérêt qu’il suscite au-delà de nos frontières. Pour de nombreux pays, cette loi apparaît comme une main tendue, favorisant le renouvellement et l’approfondissement des liens culturels et internationaux », se félicitait Catherine Pégard, ministre de la Culture, devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale.
Le texte de la loi visant à faciliter la sortie de biens coloniaux des collections des musées est donc examiné cette semaine à l’Assemblée nationale. Il avait été adopté à l’unanimité fin janvier par le Sénat.
Près de dix après le discours d’Emmanuel Macron à l’Université de Ouagadougou, au Burkina Faso, sa promesse de restitution de biens acquis par la France, de manière « illicite » notamment pendant la période coloniale, est en passe d’être tenue.
Le texte doit encadrer et simplifier le processus de restitution qui peut s’avérer complexe, afin que des Etats puissent se réapproprier ‘’des éléments fondamentaux de leur patrimoine culturel et historique’’.
Le Mali et le Bénin également dans l’attente
Selon la Ministre, il ‘’fixe des critères objectifs comme autant de garanties pour protéger le caractère inaliénable des collections publiques et définir précisément les exceptions qui peuvent y déroger, sous le contrôle du Conseil d’Etat’’.
La loi permettra ainsi de fluidifier les restitutions coloniales aux pays spoliés qui ‘’ne souhaitent pas seulement récupérer des biens mal acquis, mais aussi les conserver, les étudier et les exposer’’, précisait Catherine Pégard face aux députés.
Outre l’Algérie, le Mali ou encore le Bénin ont transmis, ces dernières années, des listes d’objets à récupérer. La loi devrait donc permettre de débloquer ces demandes et restituer des biens « acquis » entre 1815 et 1972.
Le 28 mai 2024, suite aux travaux d’une commission mixte d’historiens, l’Algérie avait transmis à la France une « liste ouverte de biens historiques et symboliques de l’Algérie du XIXe siècle, conservés dans différentes institutions françaises ».
Parmi ces pièces, des effets de l’émir Abd el-Kader, figure de la résistance algérienne à la conquête coloniale française. Un caftan, un sabre, un pistolet, des manuscrits et de nombreux autres objets lui ayant appartenu pourraient donc, finalement, retourner de l’autre côté de la Méditerranée.
V.A.



