Alger (© 2026 Afriquinfos)- Depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, le secteur énergétique mondial est fortement perturbé, fragilisant certains pays, mais profitant à d’autres. L’Afrique et plusieurs autres pays ne sont pas du tout épargnés par du blocage du détroit d’Ormuz. Tour d’horizon des gagnants et des perdants de ce conflit.
Le chaos créé par les frappes américano-israéliennes a favorisé l’essor de nouvelles opportunités pour certains pays quand d’autres vont devoir faire face à de graves conséquences économiques.
Sept pays du groupe OPEP+, dont l’Algérie, ont convenu ce 03 mai, d’une augmentation collective de la production pétrolière de 188.000 barils par jour pour le mois de juin prochain, indique un communiqué du ministère des Hydrocarbures.
L’accord est intervenu lors de la réunion de coordination du groupe des sept pays signataires de la Déclaration de coopération (DoC) de l’OPEP+, (Algérie, Royaume d’Arabie saoudite, Irak, Kazakhstan, Koweït, Sultanat d’Oman, et Russie), lesquels pays appliquent des ajustements volontaires de leur production, avec la participation, par visioconférence, du ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, du président de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT), Samir Bekhti, et de cadres du secteur.
Conformément à cet accord, la production de l’Algérie augmentera en juin de 6.000 barils/jour, précise le communiqué. Ainsi, la part de l’Algérie dans la production pétrolière atteindra, en juin, 989.000 barils/jour, selon les données publiées par l’OPEP sur son site officiel.
Une opportunité en or pour la méga raffinerie de Dangote
Sur le continent, face à ces perturbations, le Nigeria veut se poser en acteur incontournable sur le continent, grâce à la méga raffinerie d’Aliko Dangote. En plus d’assurer la demande intérieure, le milliardaire a exporté ses carburants vers d’autres pays d’Afrique.
La Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Tanzanie, le Ghana et le Togo ont tous reçu du carburant d’Aliko Dangote. 12 cargaisons livrées soit un peu plus de 450.000 tonnes de carburant annonce Dangote dans un communiqué. Selon Bloomberg, cela représente moins d’un cinquième de la production mensuelle du groupe.
Cette livraison à d’autres pays africains est une première depuis que la méga raffinerie de Lekki a atteint sa capacité de 650.000 barils par jour, «dépassant la demande intérieure en carburant du Nigeria», précise l’entreprise.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, Dangote se pose en rempart à une pénurie d’essence sur le continent. Dans une interview au journal the economist Aliko Dangote disait recevoir des appels de beaucoup d’acheteurs potentiels. « Ils sont prêt à payer n’importe quel prix » déclarait le milliardaire. Des pays « hors d’Afrique » sont même intéressés s’est félicité le groupe en mars dernier, dans un communiqué ‘’principalement pour du carburant d’aviation’’.
Avec sa capacité de 650 000 barils par jour, la raffinerie, située à l’est de Lagos, la capitale économique nigériane, peut aussi faire face aux besoins du pays le plus peuplé d’Afrique avec ses plus de 230 millions d’habitants. Au Nigeria, premier producteur de pétrole en Afrique, les prix de l’essence ont augmenté récemment de 830 naira pour un litre à Lagos à plus de 1.300 naira (de 0,53 à 0,83 euro), un record dans un pays où le prix à la pompe était de 195 naira seulement début 2023.
‘’En approvisionnant les économies voisines et d’autres pays, la raffinerie Dangote devrait contribuer à renforcer la sécurité énergétique en Afrique de l’Ouest, de l’Est et centrale’’, ajoutait le communiqué. Au début de la guerre, Dangote avait assuré prioriser le marché nigérian afin d’éviter toute pénurie de carburant dans le pays. Le groupe avait affirmé «ne pas être immunisé» contre les chocs économiques provoqués par la guerre, comme l’augmentation du prix du brut, des tarifs de transport et du coût des assurances.
La Russie, plus grand gagnant ?
Mais le grand gagnant de cette séquence pourrait être la Russie. Des marchés comme la Chine et l’Inde pourraient se tourner vers Moscou pour pallier aux défaillances des pays du Moyen-Orient. Les ventes de pétrole russe vers l’Inde ont déjà bondi de 50%.
A contrario, avec le blocage du détroit d’Ormuz et la menace des frappes iraniennes sur les installations énergétiques, les pays producteurs du Golfe sont fortement fragilisés. Dès les premières heures du conflit, le Qatar avait suspendu sa production de gaz naturel liquéfié (GNL). Si la baisse de production entraînera un manque à gagner pour ces pays, elle mettra également en difficulté leurs principaux importateurs. Les pays asiatiques sont les plus exposés, 59% de leur consommation de pétrole vient du Moyen-Orient.
Les prix du pétrole ont flambé depuis le début du conflit entre l’Iran et les alliés israélo-américains le 28 février 2026, et de nombreux pays ont annoncé la mise en place de subventions pour limiter les hausses des prix à la pompe.
V.A.



