Andry Rajoelina ‘dénonce une cyberattaque derrière les jeunes’, tractations politiques intenses en cours

Le Chef de l'Etat n'a pas annoncé la nomination pourtant attendue d'un nouveau Premier ministre, après avoir limogé l'ensemble du Gouvernement ce 29 septembre pour tenter, sans succès, d'apaiser la colère des manifestants.

Afriquinfos Editeur
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Des manifestants se tiennent près d'une barricade de fortune le 3 octobre 2025 à Antananarivo.
Des manifestants se tiennent près d'une barricade de fortune le 3 octobre 2025 à Antananarivo.

Le Président malgache Andry Rajoelina a assuré une nouvelle fois ce 03 octobre que le vaste mouvement de contestation en cours à Madagascar visait à « provoquer un coup d’Etat », au moment où de nouveaux heurts éclatent entre manifestants et Forces de l’ordre dans la capitale.

Alors que le Chef de l’Etat prononce son allocution, retransmise en directe sur sa page Facebook, la pression de la rue ne faiblit pas, des rassemblements et de nouvelles confrontations avec les Forces de l’ordre se déroulent dans la capitale mais aussi plusieurs grandes villes de province. Selon le Président, la jeunesse mobilisée depuis le début du mouvement, et regroupée notamment au sein du groupe « Gen Z » très actif sur les réseaux sociaux, serait manipulée par des acteurs malgaches et étrangers qu’il n’a pas identifiés.

Les Forces de l'ordre alignées à l'approche d'une manifestation à Antananarivo le 3 octobre 2025.
Les Forces de l’ordre alignées à l’approche d’une manifestation à Antananarivo le 3 octobre 2025.

« Des pays et Agences ont payé ce mouvement pour m’évincer, pas par des élections, mais par profit, pour prendre le pouvoir comme dans d’autres pays africains », a-t-il assuré. « Notre pays est victime d’une cyber-attaque, d’une manipulation de masse », a-t-il illustré. Andry Rajoelina a aussi accusé des hommes politiques malgaches de tirer désormais les ficelles de la contestation. « C’est après que le mouvement (de la jeunesse, Ndlr) a démarré que des politiciens ont abusé de cette situation pour mener un coup d’Etat et arriver à leurs fins et détruire le pays« , a-t-il lancé, sans donner de nom.

Andry Rajoelina s’est dit prêt à dialoguer et a demandé aux Forces de l’ordre de « faire revenir la paix« .

– Centre-ville bouclé –

Le Chef de l’Etat n’a pas annoncé la nomination pourtant attendue d’un nouveau Premier ministre, après avoir limogé l’ensemble du Gouvernement ce 29 septembre pour tenter, sans succès, d’apaiser la colère des manifestants. Ce 03 septembre, la capitale résonne de nouveau des détonations des grenades lacrymogènes lancées par les Forces de l’ordre contre des groupes de manifestants dans différents quartiers de la capitale Antananarivo.

Dés le début de la journée, le centre-ville a été bouclé par les Forces de sécurité se déplaçant à vive allure dans des pick-ups. Sur la grande « avenue de l’Indépendance », les commerces sont restés fermés. Des rassemblement ont été également été rapportés par les médias locaux dans les grandes villes de Mahajanga (nord), Toliara (sud) et Fianarantsoa (centre).

La répression des manifestations ainsi que les violences ayant éclaté lors de pillages généralisés, « perpétrés par des individus et des gangs sans lien avec les manifestants » selon l’ONU, ont fait au moins 22 morts et des centaines de blessés, d’après un bilan de son Haut-Commissariat aux droits de l’Homme ce 29 septembre. Des chiffres contestés avec véhémence par le ministère malgache des Affaires étrangères.

Dans la foulée de l’allocution présidentielle, le collectif regroupant les différentes composantes du Mouvement (jeunesse, syndicats, etc.) a exigé du Président d’être « consulté dans le processus de nomination du futur Premier ministre » et a réclamé un délai supplémentaire de quatre jours pour ce choix, dans un communiqué. Le collectif appelle également à l’ouverture d’une enquête internationale sur les « abus » des Forces de l’ordre lors de ces manifestations.

Plusieurs syndicats, dont celui de la Société nationale de distribution d’eau et d’électricité, ont appelé à la grève générale et l’Opposition (dans une rare prise de position commune) avait aussi demandé ce 1er octobre le départ du Chef de l’Etat, ancien maire d’Antananarivo, magnat des médias et DJ.

Les Forces de l'ordre se déploient dans un quartier d'Antananarivo en prévision d'un nouvel appel à manifester dans la capitale malgache, le 3 octobre 2025.
Les Forces de l’ordre se déploient dans un quartier d’Antananarivo en prévision d’un nouvel appel à manifester dans la capitale malgache, le 3 octobre 2025.

Installé une première fois au pouvoir par les militaires en 2009 à la suite d’un soulèvement populaire, Andry Rajoelina avait présidé une période dite de Transition jusqu’en 2014. Il s’était ensuite mis en retrait avant de se faire élire en 2018. Et réélire en 2023 lors d’un scrutin boycotté par l’Opposition.

© Afriquinfos & Agence France-Presse