Manifs à Madagascar: L’ONU et Antananarivo s’opposent autour du chiffre des victimes

Afriquinfos Editeur
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Andry Rajoelina (DR-Connais-tu l'Afrique)

Genève (© 2025 Afriquinfos)-  Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit choqué lundi par la réponse violente des forces de sécurité aux manifestations en cours à Madagascar. Au moins 22 personnes ont été tuées et plus d’une centaine d’autres ont été blessées depuis le début, ce jeudi 25 septembre 2025, des manifestations embrasant le pays. Mais « aucun chiffre officiel ne corrobore ce bilan », a démenti le ministère des Affaires étrangères malgache à propos des 22 morts recensés par l’ONU.

Portée par les jeunes du mouvement Gen Z (Génération Z) la population est d’abord descendue dans les rues d’Antananarivo pour protester contre les coupures récurrentes d’eau et d’électricité. La mobilisation s’est rapidement élargie à des revendications politiques. Elle a gagné plusieurs provinces de ce pays comptant parmi les plus pauvres de la planète et rongé par la corruption. Dans un discours télévisé prononcé lundi soir, le chef de l’État n’a pas annoncé sa démission, réclamée par les jeunes, mais le limogeage du Premier ministre Christian Ntsay.

Andry Rajoelina a donc démissionné d’office le chef du Gouvernement et promis la formation d’un nouvel exécutif « d’ici trois jours ». Il a même appelé les jeunes qui le désirent à « déposer un CV » pour entrer au gouvernement.

Il s’est aussi engagé à débloquer des fonds pour « aider les jeunes » qui réclament sa démission.

Cette annonce est venue après une nouvelle journée de tension ce lundi. À Antananarivo, étudiants, collectifs de jeunes et influenceurs s’étaient rassemblés pancartes en main, avant de manifester dans les rues. Les forces de l’ordre ont dispersé les cortèges à coups de gaz lacrymogène. L’arrestation du député d’Arivonimamo, Antoine Rajerison, a encore encore la colère. Ses partisans ont dénoncé une arrestation « illégale » et réclamé sa libération immédiate.

Un collectif d’étudiants, se présentant comme représentants des 23 régions, a condamné les débordements et appelé à un dialogue direct avec le président. Mais sur le terrain, la dynamique reste bien portée par la jeunesse urbaine.

Depuis le début du mouvement, la contestation a gagné plusieurs villes. À Mahajanga, les étudiants ont manifesté pacifiquement. À Toamasina, ils restent confinés à l’université par les forces de l’ordre. À Toliara, les affrontements se poursuivent et un manifestant a été arrêté.

Dans la capitale, la tension reste maximale. Les forces de sécurité quadrillent Ambohijatovo et Analakely, dissuadant toute nouvelle tentative de ralliement. Malgré ce verrouillage, les jeunes continuent de se rassembler et d’occuper l’espace public.

– Un lourd bilan humain, l’ONU « choquée » –

La contestation a déjà fait des victimes. Selon un bilan du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, au moins 22 morts et plus d’une centaine de blessés, d’après l’AFP. « Parmi les victimes figurent des manifestants et des passants tués par des membres des forces de sécurité, mais aussi d’autres tués lors des violences et des pillages généralisés qui ont suivi, perpétrés par des individus et des gangs sans lien avec les manifestants », détaille le Haut-Commissariat.

Le Haut-Commissaire Volker Türk s’est dit « choqué » par la réponse des autorités. « J’exhorte les forces de sécurité à s’abstenir de recourir à une force non nécessaire et disproportionnée et à libérer immédiatement tous les manifestants arrêtés arbitrairement », a-t-il déclaré.

Les forces de l’ordre affirment de leur côté utiliser uniquement des armes « non létales » pour repousser les manifestants, et appellent la population à « ne pas réagir de façon excessive ». Depuis plusieurs jours, les images d’affrontements sont partagées sur les réseaux sociaux. Regardez.

Ancien maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, 51 ans, s’était installé une première fois au pouvoir de 2009 à 2014 à la faveur d’un coup d’État faisant suite à un soulèvement populaire. Il s’est ensuite fait élire en 2018 puis réélire en 2023 lors d’un scrutin contesté.

Il s’agit des manifestations les plus importantes depuis la période précédant l’élection présidentielle de 2023. Boycotté par l’opposition, le scrutin avait attiré la participation de moins de la moitié des électeurs inscrits.

V.A.