Kenya: Les réformes constitutionnelles portées par Kenyatta pour adoucir le régime présidentiel rejetées

Nairobi (© 2021 Afriquinfos)-Lancé par le président Uhuru Kenyatta, à moins d’un an de l’élection présidentielle, le processus de révision constitutionnelle vient d’être qualifié d’ l’illégal par 7  juges de la Cour d’appel du Kenya. Par ailleurs, le chef de l’Etat est susceptible de faire l’objet de poursuites civiles pour avoir lancé illégalement ce processus.

Baptisée « Building Bridge Initiative » (BBI), la réforme-ci qui est source de controverses croissantes depuis son lancement le 27 novembre 2019, vise à modifier la constitution de 2010. Elle a instauré un régime présidentiel – pour créer notamment un poste de Premier ministre, deux de vice-Premier ministre et de chef de l’opposition et augmenter le nombre de sièges au Parlement.

Mais « le président n’a pas le pouvoir, en vertu de la Constitution, d’initier des modifications de la Constitution. Un amendement constitutionnel ne peut être initié que par le Parlement (…) ou par initiative populaire », a notamment déclaré vendredi, le président du tribunal Daniel Musinga, en conclusion des plus de dix heures de lecture du jugement.

Alors qu’il peut faire l’objet de poursuites civiles pour avoir lancé illégalement ce processus, le président Kenyatta affirme que cette réforme doit permettre d’atténuer le système actuel du « vainqueur rafle tout », cause des conflits post-électoraux qui ont jalonné l’histoire du pays.

Vers un partage du pouvoir ou une manœuvre funeste ?

Même si certains soupçonnent une entente pour un partage du pouvoir avec celui qui a été son principal opposant, Raila Odinga, les détracteurs y voient plutôt un stratagème du chef de l’Etat, qui n’est pas autorisé à se présenter pour un troisième mandat lors de l’élection d’août 2022, pour se maintenir au pouvoir en tant que Premier ministre.

Après les violences post-électorales de 2017, les deux adversaires ont entamé un rapprochement inattendu, incarné par une poignée de main restée célèbre sous le nom de « The handshake » en mars 2018.

Le premier des opposants au texte est William Ruto, vice-président depuis 2013 de M. Kenyatta qui l’avait adoubé comme son successeur pour 2022.

Depuis le rapprochement avec Raila Odinga, il se voit de plus en plus marginalisé du pouvoir.

« Dieu (…) a empêché la coalition des connus, des puissants de détruire notre Constitution », s’est félicité sur Twitter celui qui se présente comme le porte-voix des « débrouillards » et des gens de la rue.

Le 11 mai, le Parlement avait approuvé ce projet, qui devait être soumis à referendum.

Mais deux jours plus tard, un tribunal de Nairobi avait jugé le processus illégal.

Uhuru Kenyatta avait dénoncé une « tentative de bloquer la volonté du peuple ». Le gouvernement avait fait appel. Les partisans du BBI peuvent encore déposer un recours devant la Cour Suprême.

Raila Odinga a annoncé cette semaine qu’il ne contesterait pas une décision défavorable de la Cour d’appel.

« Nous ne voulons plus perdre de temps en allant devant la Cour Suprême. Nous allons nous concentrer pleinement sur les élections », a-t-il déclaré sur une radio mercredi.

Dans un tweet posté quelques minutes avant l’annonce du jugement, il a affirmé que « les parties concernées prendront chacune leurs propres décisions sur la manière de procéder à partir de la décision rendue aujourd’hui ».

Sous réserve d’un appel devant la Cour Suprême, ce jugement permet au processus électoral de se poursuivre comme prévu.

Mais elle va modifier les stratégies et manœuvres politiques en vue du premier tour, fixé au 9 août 2022.

Cette réforme offrait notamment la possibilité de former des coalitions entre partis. Des tractations avaient débuté, avec au cœur des discussions les nouveaux postes de l’exécutif et les 70 nouvelles circonscriptions prévus dans le BBI.

 

Akpéné Vignikpo

 

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