Mayotte divise les Comores et Paris autour de la cyclique vague migratoire

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Moroni (© 2023 Afriquinfos)- Les Comores prennent position pour la première fois et demandent à la France, de « renoncer » à une opération de « destruction de bidonvilles » à Mayotte et d' »expulsion de tous leurs occupants sans-papiers » vers l’île comorienne d’Anjouan. Un tel projet « va à l’encontre du respect des droits humains et risque de porter atteinte aux bonnes relations » entre les deux pays, selon un communiqué de la Présidence comorienne.

L’opération, baptisée « Wuambushu » (« reprise », en mahorais) et conçue par le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin, a été validée en février 2023 par le Président français Emmanuel Macron, selon une source proche du dossier. Elle devrait commencer le 20 avril, date de la fin du ramadan. Les migrants habitant les bidonvilles visés sont tous ou presque originaires des Comores.

« Le gouvernement comorien a appris avec étonnement la nouvelle du maintien du projet du Gouvernement français visant à procéder, dans l’île comorienne de Mayotte, à la destruction de bidonvilles, suivie de l’expulsion de tous leurs occupants sans-papiers, vers l’île d’Anjouan. Une compagnie de CRS spécialisée dans les violences urbaines doit être envoyée à Mayotte, une première en Outre-mer depuis plus de vingt ans« , indique un communiqué de la Présidence comorienne publié lundi 10 avril.

Les autorités comoriennes demandent aux autorités françaises « d’y renoncer« . Malgré les nombreux appels de la Société civile et des partis politiques comoriens, le Président Azali Assoumani ne s’était pas exprimé sur la question. Le 5 avril dernier, des organisations de la Société civile comorienne ont tenu une conférence de presse pour prévenir d’un « massacre à venir« .

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Un acte, une portée internationale

« Nous comptons saisir les organisations internationales pour les informer du massacre que la France veut perpétrer sur l’île comorienne de Mayotte« , avait vivement réagi, Youssouf Attick Ismael, le président du Comité Maore (Maore veut dire « Mayotte » en langue nationale). D’intenses tractations diplomatiques ont eu lieu ces dernières semaines entre les Moroni et les autorités françaises à ce sujet.

A Mayotte, des voix se sont aussi élevées pour exprimer les craintes suscitées par une telle opération. Les personnels de santé de l’île ont ainsi rappelé, dans un communiqué, « les conséquences dramatiques » des précédentes interventions de grande ampleur en matière de lutte contre l’immigration.

Le président de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, Jean-Marie Burguburu, a écrit à M. Darmanin pour l’exhorter à « renoncer » à ce projet, considérant le risque d' »aggravation des fractures et des tensions sociales dans un contexte déjà très fragilisé et l’atteinte au respect des droits fondamentaux des personnes étrangères dans le cadre d’expulsions massives’’.

Le 31 mars 2011, Mayotte, île de l’archipel des Comores située entre Madagascar et la côte est-africaine, accédait au statut de « Département français d’Outre-mer ». Une revendication portée pendant plus de 50 ans par la classe politique de l’île. Mayotte demeure revendiquée par les Comores.

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