Atlanta (© 2026 Afriquinfos)- Les faits se sont produits à quelques années d’écart, mais les motivations sont pratiquement les mêmes. Quelques années après le célèbre bassiste camerounais, Richard Bona, c’est au tour de l’artiste togolaise Noélie Elykem, de déchirer en direct son passeport sur ses réseaux sociaux. Les deux artistes ont en commun de dénoncer la gouvernance dans leur pays et la destruction de leur document d’identité est une forme de protestation.
Connue pour être une artiste gospel, Noélie Elykem, est depuis quelques années maintenant une voix dissidente du pouvoir de Lomé. Sur ses réseaux sociaux elle publie vidéos et écrits dénonçant la gouvernance incarnée par le Président du Conseil, Faure Gnassingbé.
Dans cette démarche, l’artiste a franchi un palier en déchirant son passeport togolais en direct sur ses réseaux sociaux.
Son geste a suscité diverses réactions. Entre ceux qui comprennent la frustration de l’artiste et ceux qui dénoncent un acte anti patriotique. L’intéressée elle-même n’en mène pas large. Quelques jours après son acte, elle l’assume complètement et revient sur les péripéties qu’elle a subi ces dernières années : « Pendant des années, j’ai donné au Togo bien plus que des paroles. Quand j’ai composé un hymne pour la nation, financé moi-même sa production en studio ainsi que sa réalisation vidéo, très peu ont pris le temps de le partager ou de saluer ce service rendu à notre pays. Quand j’ai dû renoncer à célébrer mes vingt-cinq années de ministère, parce que la misère dans laquelle vivaient mon équipe à Lomé et plusieurs de mes proches ne me permettait pas de faire la fête, personne n’a pris un stylo pour écrire un simple mot d’encouragement (…) Quand j’ai osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, beaucoup ont regardé… et sont restés silencieux. Mais le jour où, sous le poids des attaques injustes, des incompréhensions et des blessures accumulées, j’ai craqué et annoncé mon retrait, soudain, des milliers de voix se sont élevées. Les unes par affection. Les autres par haine. Voilà ce qui me fait le plus mal. » déplore l’artiste Gospel.
Noélie Elykem essaie ensuite d’expliquer son acte qu’elle dit être le résultat d’un sentiment d’impuissance : « Comment ne pas être profondément blessée lorsqu’on consent autant d’efforts et de sacrifices pour les siens sans voir naître un changement capable de redonner espoir ? Comment ne pas être révoltée lorsqu’on voit des fortunes être dépensées pour honorer des étrangers pendant que tant de nos propres frères et sœurs vivent dans la faim, l’abandon et sans perspective d’avenir ? Je ne prétends pas être parfaite. J’ai réagi avec mes émotions, comme tout être humain peut le faire lorsqu’il porte un fardeau devenu trop lourd » confie-t-elle. La chanteuse installée aux États-Unis finit par un mea culpa : « À ceux qui ont été sincèrement choqués par mes paroles et actions , je demande pardon d’avoir heurté leur sensibilité. Ce n’était pas mon intention de blesser des cœurs sincères. Quant à ceux qui, mus par la haine, profitent de cette situation pour me condamner sans jamais avoir condamné des injustices bien plus graves, je les laisse à leur propre conscience. Je n’ai rien à leur prouver » déclare-t-elle.
Un acte similaire avait été posé quelques années plus tôt par Richard Bona, le célébre bassiste camerounais. Dans la séquence diffusée à l’époque sur les réseaux sociaux l’artiste raconte qu’il était en train de faire ses valises en vue d’un voyage en Afrique, lorsque soudain il est tombé sur un vieux document de voyage. « Et qu’est-ce que je retrouve au fond au carton ? Bah tiens ! […] Ils peuvent maintenant venir chercher la carcasse de ce passeport, je vais jeter tout ça à la poubelle. » Le passeport qui est ainsi fiévreusement déchiré, les pages arrachées les unes après les autres, c’est un de ses anciens passeports camerounais. Tout comme Noelie Elykem, la frustration était à l’origine d’un tel geste. Incompréhension et indignation avaient été aussi les réactions, mais pour leurs auteurs, c’est leur façon de protester contre des régimes qu’ils estiment très en dca des attentes de leurs populations.
S.B.



