Bissau (© 2025 Afriquinfos)- Une plainte a été déposée ce jeudi, 4 décembre 2025, contre le Président déchu Umaro Sissoco Embaló, et certains de ses anciens collaborateurs auprès du Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) par des familles de ‘’victimes de tortures, d’assassinats et d’actes de violence politique’’ survenus au cours de son quinquennat 2020-2025.
La traque contre Umaro El Mokhtar Sissoco Embaló et Cie est lancée en Guinée-Bissau. Des familles qui se disent victimes de tortures, d’assassinats et d’actes de violence politique, survenus au cours de la gouvernance politique d’Umaro Sissoco Embaló et dans le contexte de la crise institutionnelle et politique en République de Guinée-Bissau, après ‘’l’interruption violente et illégale’’ du processus de l’élection présidentielle du 23 novembre 2025, ont décidé de traîner devant la Cour pénale internationale le régime déchu.
Ces familles de victimes ont officiellement saisi le cabinet d’avocat de Me Saïd Larifou, pour déposer un signalement auprès du Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (à La Haye, aux Pays-Bas). Elles entendent également engager des poursuites contre les responsables présumés de ces crimes devant des juridictions nationales et étrangères, en appliquant le principe de la compétence universelle. Contacté par le confrère ‘L’Observateur’, l’avocat Me Saïd Larifou révèle que la plainte des victimes sera officiellement déposée ce 4 décembre par son cabinet.
Il a dit dans les colonnes de L’OBS: «On a déjà travaillé sur le dossier. Il y a des arrestations, surtout des détentions arbitraires de personnes en Guinée-Bissau sans aucun motif légitime. Si les militaires, surtout des autorités de l’Administration, qui sont censés protéger les biens de l’État, saccagent des matériels électoraux, cela devient grave. C’est un comportement qui peut conduire à la guerre civile en Guinée-Bissau. Ça, ce n’est pas toléré du tout. Ce sont des dirigeants qui font honte à l’Afrique. C’est l’image de l’Afrique qui est complètement salie avec ces types d’attitudes. Ils sont en train d’humilier des Africains», a argumenté cet avocat. Rassurant que son Cabinet fera tout pour que justice soit rendue aux victimes et à leurs familles.
Consortium international d’avocats spécialisés en droits humains
Le signalement déposé en vertu de l’article 15 du Statut de Rome (qui fonde la CPI), a pour objectif de fournir au Procureur de cette Cour des informations substantielles sur les crimes allégués, dans l’espoir qu’il ouvre un examen préliminaire en vue d’une enquête complète.
Car, indiquent les familles des victimes, depuis les événements récents ayant accentué la crise politique et institutionnelle, notamment la ‘’dissolution anticonstitutionnelle et arbitraire’’ en 2023 de l’Assemblée nationale de la République de la Guinée-Bissau et l’interruption volontaire et illégale du processus de l’élection présidentielle du 23 novembre 2025 et d’autres tensions qui s’en sont suivies, des allégations documentées font état d’une multiplication des violations graves des droits humains.
Ces violations incluent, sans s’y limiter, des menaces exercées sur des membres des organes électoraux, des arrestations des candidats à cette élection, suivies de détentions arbitraires, des actes de torture physique et psychologique, des détentions extra-judiciaires et des assassinats ciblant des opposants politiques, des journalistes et des membres de la Société civile.
«Ces actes, commis par des militaires et des éléments du régime sortant, s’inscrivent dans une attaque généralisée et systématique contre la population civile et pourraient être qualifiés de crimes contre l’humanité au regard du Statut de Rome», confient des familles de victimes bissau-guinéennes. Ces familles sont soutenues par un consortium international d’avocats spécialisés en droits humains.
Parallèlement à la saisine de la CPI, les familles, soutenues par le consortium international précité d’avocats spécialisés, annoncent leur intention d’intenter des actions en justice dans les pays signataires du Statut de Rome, permettant la poursuite de crimes internationaux. Au nom de la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Convention de New York) obligeant les États signataires à poursuivre ou extrader les auteurs présumés de torture se trouvant sur leur territoire.
Ces actions viseront spécifiquement des responsables bissau-guinéens qui pourraient être en voyage ou détenir des avoirs dans les États appliquant la compétence universelle. Notamment en Europe et en Amérique du Nord. Depuis le coup d’Etat survenu à Bissau, le 26 novembre dernier, l’ex-Chef de l’Etat a déjà séjourné dans trois pays du continent. Après le Sénégal et la République du Congo, il est arrivé au Maroc, le 3 décembre.
Les déplacements de l’ex-Président Embalo, démis par un coup d’Etat singulier le 26 novembre, après cinq années à la tête du pays ouest-africain, sont scrutés jour après jour. Dernier épisode en date: le chef d’Etat déchu est arrivé au Maroc, mercredi 3 décembre, après une escale à Lomé. Là, M. Embalo a pris le temps de déjeuner avec le président togolais, Faure Gnassingbé, selon des proches du dossier de la saisine de la CPI.
«Il possède une maison à Casablanca. Il y sera bien », assure un de ses proches. Son épouse, elle, est restée à Bissau. Le Maroc est le troisième pays dans lequel M. Embalo, réputé pour avoir de multiples réseaux dans les milieux politiques et diplomatiques, se rend en une semaine. Le Chef de l’Etat renversé voyage avec une équipe restreinte, pas plus de cinq personnes. Son entourage resté en Guinée-Bissau n’est pas inquiété, ce qui renforce les suspicions autour d’un coup d’Etat « de complaisance ».
Au lendemain du putsch du 26 novembre 2025, après avoir passé plusieurs heures à l’état-major, sous bonne garde des soldats qui ont pris le pouvoir, selon ses propres dires à la presse, il a rejoint Dakar, à bord d’un vol affrété par le Gouvernement sénégalais.
V. A.



