Transition à Bissau: Tous les médiateurs pas encore au chevet des militaires

Afriquinfos Editeur
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Le Président Faure Gnassigbé (DR-Voxafrica)

Abuja (© 2025 Afriquinfos)- La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a mandaté une mission de médiation de haut niveau en Guinée Bissau, pour obtenir la restauration de la légalité constitutionnelle et la publication rapide des résultats de l’élection présidentielle du 23 novembre.

Cette délégation est conduite par le président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, auquel se joignent ses homologues du Cap-Vert, José Maria Pereira Neves, et du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, sous la coordination directe du président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray.

La mission aura pour tâche principale d’ouvrir des négociations avec les putschistes, exiger la liberté immédiate de toutes les personnalités arrêtées, garantir la transparence du scrutin interrompu et organiser un retour rapide à un exécutif civil légitime.

Dans les cercles diplomatiques, la désignation de Faure Gnassingbé n’est pas anodine. Déjà rodé aux médiations complexes dans la sous-région, notamment au Mali et au Burkina Faso, le dirigeant togolais est perçu comme un interlocuteur pragmatique, disposant de canaux de discussion ouverts avec plusieurs états-majors de la région.

Quelques heures après le putsch, le président déchu Umaro Sissoco Embaló a été discrètement exfiltré vers Dakar à bord d’un aéronef affrété par le gouvernement sénégalais. L’opération, supervisée personnellement par le président Bassirou Diomaye Faye, s’inscrit dans une stratégie de stabilisation visant à éviter un embrasement politique ou une élimination ciblée des figures centrales de la crise.

Dakar affirme rester « en communication directe avec l’ensemble des acteurs bissau-guinéens », tout en menant des négociations pour la libération des autres détenus politiques et pour la réouverture des frontières, initialement fermées par les putschistes.

Le général Horta N’Tam comme président de la transition

À Bissau, les militaires ont rapidement installé le général Horta N’Tam comme président de la transition pour une durée annoncée d’un an. Ironie de l’histoire : N’Tam faisait partie du cercle sécuritaire le plus proche d’Embaló, alimentant les soupçons d’un renversement interne plus complexe qu’un simple coup de force.

Dans un premier discours, le nouveau dirigeant de facto a justifié sa prise de pouvoir par la lutte contre le narcotrafic, accusé d’avoir « infiltré les rouages de l’État » et tenté de « capturer la démocratie bissau-guinéenne ». Un argument sécuritaire classique, mais accueilli avec prudence par la communauté internationale, en l’absence de preuves publiques.

La suspension de la Guinée-Bissau de la CEDEAO n’est pas symbolique. Elle entraîne un gel immédiat de plusieurs mécanismes de coopération régionale, un affaiblissement diplomatique et un risque réel d’isolement économique si la crise s’enlise.

Un premier déplacement de Julius Maada Bio en Bissau

En attendant le prochain déplacement de la Mission, le président sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), est arrivé lundi 1er décembre 2025 à Bissau pour une mission d’urgence, accompagné du président de la Commission, Dr Omar Alieu Touray.

 ‘’Aujourd’hui, je me suis rendu en Guinée-Bissau pour rencontrer les dirigeants militaires afin de discuter de la situation politique actuelle. En tant que président de l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement, j’ai réaffirmé notre engagement ferme, tel qu’énoncé dans notre communiqué issu de la session extraordinaire du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO, à rétablir l’ordre constitutionnel.’’, a écrit le Président Julius Maada Bio dans un post sur X.

La Cédéao a lors des échanges exigé le rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel et la proclamation des résultats de la présidentielle du 23 novembre.

Le ministre bissau-guinéen des Affaires étrangères, João Bernardo Vieira, a salué la qualité des échanges avec la CEDEAO, affirmant que les militaires ont pu expliquer les raisons ayant motivé le coup d’État. Il a surtout insisté sur un point : ‘’La CEDEAO n’abandonnera pas la Guinée-Bissau en ce moment très difficile’’.

Les militaires ont proposé une transition d’un an, un délai qui sera soumis à la Conférence des chefs d’État prévue le 14 décembre 2025, appelée à statuer sur son acceptabilité.

V.A.