Tanzanie: La vie reprend, l’Etat aphone sur les morts des violences électorales atypiques de 2025!

Les autorités tanzaniennes ont levé ce 04 novembre le confinement imposé à la population après des manifestations anti-pouvoir lors desquelles des centaines de personnes ont été tuées.

Afriquinfos Editeur
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Des soldats tanzaniens patrouillent dans Dar es Salaam, le 29 octobre 2025, jour des élections.
Des soldats tanzaniens patrouillent dans Dar es Salaam, le 29 octobre 2025, jour des élections.

Les autorités tanzaniennes ont levé ce 04 novembre le confinement imposé à la population après des manifestations anti-pouvoir lors desquelles des centaines de personnes ont été tuées selon l’opposition, mais elles tentent de bloquer la diffusion d’images en ligne.

Tanzanie : retour à la normale après les violences électorales enclenchées le 29 octobre 2025.

Le pays d’Afrique de l’Est a sombré dans la violence le 29 octobre dernier, jour d’élections législatives et présidentielle sans réels rivaux, élections remportées selon la Commission électorale par la Présidente sortante Samia Suluhu Hassan et son parti avec près de 98% des voix. Un chiffre contesté par l’opposition, pour qui des tricheries d’ampleur ont eu lieu.

La Tanzanie a vécu des violences électorales sur plusieurs jours, à partir du 29 octobre 2025.
La Tanzanie a vécu des violences électorales sur plusieurs jours, à partir du 29 octobre 2025.

Les autorités ont imposé un confinement à la population et bloqué durant cinq jours l’accès à internet après les manifestations contre le régime, ralentissant considérablement la sortie d’informations. Les violences ont duré trois jours. Le principal parti d’opposition, Chadema, a avancé le chiffre d’au moins 800 morts, un bilan que l’AFP n’a pas pu vérifier indépendamment. Des sources diplomatique et sécuritaire ont cependant corroboré l’idée que des centaines, voire des milliers de personnes, ont été tuées en marge des élections 2025.

L’accès à internet a été partiellement rétabli ce 03 novembre, et des photos et vidéos de cadavres, parfois empilés les uns sur les autres, mais aussi d’hommes en uniforme usant de leur arme à feu, ont commencé à circuler dans le pays, en dépit d’un SMS de la Police ayant ce jour-là averti que la diffusion d’images en ligne « qui peuvent créer la panique ou humilier les gens » constitue une infraction pénale.

Le service de fact-checking de l’AFP a pu vérifier que certains clichés n’avaient jamais été postés auparavant. Plusieurs éléments montrent que ces images ont été prises en Tanzanie.

– Pays « terrorisé » –

D’après des « Rapports préoccupants« , la Police a également utilisé le blocage d’internet pour « traquer les membres de l’opposition et les manifestants qui pourraient avoir des vidéos » de ces atrocités, selon la source diplomatique. Une source sécuritaire a indiqué à l’AFP avoir reçu des signalements de personnes convoquées puis disparues. Selon ces Rapports, « les morgues sont pleines et, le lendemain, elles sont complètement vides. Les corps sont introuvables« , a-t-elle déclaré.

« Le pays est terrorisé« , a résumé auprès de l’AFP l’avocat tanzanien des droits humains Tito Magoti, dont une proche, comme d’autres Tanzaniens, a reçu ce 04 novembre un message avertissant que « toutes » ses communications sont désormais contrôlées par les autorités, notamment sur WhatsApp, où « trois marques, dont une rouge » signifieraient que « le Gouvernement a pris note du message » – une fonctionnalité inexistante sur la messagerie.

« C’est le Gouvernement et son appareil de propagande » qui tente d’effrayer la population pour éviter que ne ressortent d’autres preuves en ligne de tueries, assure M. Magoti. « Ils savent » que certains utilisateurs « ne sont pas suffisamment instruits pour comprendre qu’il s’agit d’absurdités« , estime-t-il encore.

Dans la soirée du 03 novembre, les autorités ont également annoncé la levée à partir de ce 04 novembre des restrictions de circulation, qui ont eu un impact dévastateur sur l’économie du pays.

– « Garanti par un pistolet » –

A Dar es Salaam, la capitale économique de ce pays de 68 millions d’habitants, de longues files se sont formées dans la matinée devant les stations essence rouvertes. Et internet est partiellement accessible. La présence des Forces de sécurité reste néanmoins visible, selon un journaliste de l’AFP. Et un nombre limité de bus, principal transport public, a aussi recommencé à prendre des passagers, comme les conducteurs de motos-taxis et de tuk-tuks, à des tarifs cependant plus élevés après l’explosion des prix du carburant.

« J’espère que la violence ne recommencera pas… Certains d’entre nous mourraient de faim (…) je dois aller travailler pour gagner ma vie« , confie Rehema Shehoza, 32 ans, vendeuse ambulante. Avec le rétablissement d’internet, le journal tanzanien ‘The Citizen’ a publié des excuses à ses lecteurs. « Nous n’avons pas abandonné la nation. Nous n’avions simplement pas les moyens de vous joindre« , pouvait-on y lire.

Mahmoud Thabit Kombo, ministre tanzanien sortant des Affaires étrangères, a qualifié les manifestations anti-pouvoir d' »illégales« , tout en concédant à l’AFP que le nouveau mandat de Mme Hassan avait « certainement » mal commencé. Chadema, le principal parti d’opposition, a annoncé une nouvelle arrestation ce 04 novembre de son numéro 2, John Heche, dont « la localisation est inconnue« . Les autorités « ne sont pas élues (…), c’est pourquoi elles privilégient la force brute« , remarque le défenseur des droits humains Tito Magoti. « Le temps au pouvoir de Samia (Suluhu Hassan) est garanti par un pistolet« .

© Afriquinfos & Agence France-Presse