Sommet du G7 à Evian ce 15 juin: Que feront l’Afrique du Sud et le Kenya autour de la table des géants?

Afriquinfos Editeur
11 Min de Lecture
William ruto et Macron (DR)

Evian (© 2026 Afriquinfos)- Le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G7 s’ouvre ce 15 juin à Evian-les-Bains et ce jusqu’au 17 juin. Pendant trois jours, l’Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la France, l’Italie, le Japon, le Royaume Uni ainsi que l’Union européenne chercheront à développer des réponses aux défis qu’ils partagent dans un contexte international particulièrement volatil et incertain, marqué par la multiplication des conflits, l’accentuation des déséquilibres économiques, la fragilisation de la gouvernance mondiale ou encore le recul des financements consacrés à l’aide au développement. Mais le Kenya est explicitement invitée à représenter le continent à Évian.

À la clôture d’Africa Forward, le 12 mai à Nairobi Emmanuel Macron a confirmé qu’il porterait avec William Ruto plusieurs initiatives lancées au Kenya, en particulier le mécanisme de garantie de « première perte » articulé autour de l’African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI). La présidence kényane est désormais explicitement invitée à représenter le continent à Évian, où Ruto sera aux côtés du président français.

 ‘’Il est la seule personne du G7 qui parle la langue des Africains », a déclaré William Ruto à propos d’Emmanuel Macron à l’issue du Business Forum du 11 mai, propos réitéré lors de la cérémonie de clôture le lendemain devant un parterre de chefs d’État et de gouvernement africains. Le chef de l’État français a, de son côté, reconnu sans ambages que « la France, depuis 25 ans, est bousculée en Afrique ‘’. Le calcul de l’Élysée tient en une phrase : faire d’Évian le moment où la France transforme son repositionnement africain, parfois perçu comme solitaire, en coalition occidentale, en s’appuyant sur l’Allemagne d’abord, puis les autres membres du G7.

L’architecture financière au cœur de l’agenda

Le premier dossier africain d’Évian sera la réforme de l’architecture financière internationale. C’est la suite directe du Sommet sur le financement des économies africaines de Paris en mai 2021, du Sommet pour un Nouveau Pacte Financier Mondial de juin 2023, et désormais d’Africa Forward Nairobi, qui a livré le 12 mai une déclaration commune et un appel à l’action sur le sujet.

Trois sous-dossiers structurent l’effort français. La recanalisation des droits de tirage spéciaux d’abord. Lors des échanges de Nairobi, la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva a précisé que plus des 100 milliards de dollars de DTS promis avaient déjà été recanalisés par les États volontaires vers les instruments du Fonds (Poverty Reduction and Growth Trust et Resilience and Sustainability Trust). Le chiffre est réel. Mais il masque un échec structurel. Le canal des banques multilatérales de développement, celui qui permettrait l’effet de levier le plus puissant en transformant chaque DTS en plusieurs fois son montant en prêts destinés à l’économie réelle africaine, demeure verrouillé.

Dans son discours de clôture, le président français a officialisé le mandat donné à la Banque africaine de développement pour structurer un mécanisme de garantie de première perte adossé à l’assureur panafricain basé à Nairobi. La logique est celle du contournement assumé. ATIDI n’est pas une institution de Bretton Woods, son tour de table est africain et bilatéral, son activation ne requiert pas l’aval de Washington. Chaque dollar de garantie de première perte apportée par ATIDI vise à débloquer plusieurs dollars de capital privé mondial sur des marchés africains aujourd’hui jugés trop risqués.

L’agenda africain d’Évian se heurte cependant à trois contraintes lourdes. La trajectoire budgétaire française en premier lieu : la mission ‘’Aide publique au développement’’ a été ramenée à 3,569 milliards d’euros en crédits de paiement pour 2026, soit -36 % depuis 2024. Toute promesse française en capital sur ATIDI ou en garantie multilatérale devra composer avec cette contrainte.

L’Afrique du Sud initialement conviée puis écartée

Alors que l’Afrique du Sud avait été conviée par Emmanuel Macron au sommet du G7, elle n’est finalement plus conviée. Après la dénonciation de pressions américaines, Pretoria a finalement fait machine arrière

L’Afrique du Sud, initialement invitée au G7  n’est finalement plus la bienvenue à ce sommet. Pretoria a d’abord évoqué des pressions américaines sur Paris, ce que Washington a démenti, avant de faire machine arrière. Un responsable du département d’Etat américain, Nick Checker, a assuré que les Etats-Unis n’ont « pas demandé aux Français d’exclure l’Afrique du Sud du sommet du G7 ».

 ‘’En tant que présidente du G7, c’est à la France qu’il revient de décider qui elle veut inviter aux réunions du G7’’, a renchéri un porte-parole de la diplomatie américaine. Le porte-parole de la présidence sud-africaine avait assuré dans un premier temps à l’AFP l’inverse, disant que le chef de l’Etat, Cyril Ramaphosa, n’était plus invité au sommet du G7 en raison de menaces de boycott de Washington invoquées par Paris.

‘’Nous avons appris qu’en raison de pressions continues, la France a dû retirer son invitation à l’Afrique du Sud pour sa participation au G7’’, a déclaré le porte-parole Vincent Magwenya. Mais Cyril Ramaphosa, interrogé en marge d’un déplacement, a dit qu’’’à sa connaissance’’, il n’y avait eu de ‘’ pressions d’aucun pays, que ce soit des Etats-Unis ou d’un autre’’.

Le gouvernement sud-africain est pris pour cible par Donald Trump qui, depuis son retour à la Maison-Blanche, l’accuse d’une prétendue persécution des Afrikaners, ces descendants des colons européens, ou encore les programmes de discrimination positive visant à corriger les inégalités héritées de la colonisation puis de l’apartheid. Il lui reproche aussi sa plainte pour des actes de génocide visant Israël dans sa guerre dans la bande de Gaza, déposée devant la Cour internationale de Justice.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a assuré dans la foulée que son pays n’avait « cédé à aucune pression » mais avait fait le choix d’un « G7 resserré » et d’inviter le Kenya pour préparer le grand sommet de la France sur le continent africain en mai à Nairobi, Africa Forward.

Le président américain avait boycotté le sommet du G20 organisé à Johannesburg en novembre et a depuis exclu l’Afrique du Sud des travaux de ce groupe dont les Etats-Unis assurent cette année la présidence tournante. C’est son homologue français Emmanuel Macron qui, au sommet de ce même G20 en Afrique du Sud, avait personnellement invité Cyril Ramaphosa à participer au G7, rappelle Pretoria. Les dernières infos sur l’Afrique du sud

‘’Les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l’Afrique du Sud existaient avant l’administration Trump et survivront au mandat actuel de la Maison-Blanche’’, avait encore assuré le porte-parole de la présidence sud-africaine Vincent Magwenya.

Les priorités de la France à la tête du G7

Le G7 regroupe sept pays parmi les plus industrialisés de la planète. Ses travaux sont régulièrement élargis à des Etats invités, à l’instar cette année du Brésil, de l’Inde ou de la Corée du Sud. L’Afrique du Sud avait ainsi été conviée au G7 organisé par le Canada en 2025.

Créé à l’initiative de la France en 1975 pour répondre au premier choc pétrolier, le G7 a établi un cadre de dialogue pour résoudre les crises, tout en réaffirmant les principes démocratiques, de prospérité économique et de coopération internationale. Ils demeurent fondamentaux dans l’action collective du groupe.

La France entend faire de sa présidence du G7 un moment de convergence et d’action concrète sur les grands défis de notre temps, mais aussi sur les crises géopolitiques. Pour rebâtir des coopérations indispensables, la France a invité le Kenya, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud et l’Egypte à participer au Sommet d’Evian. Ces pays partenaires participent activement aux discussions préparatoires du Sommet, et ce depuis le début de l’année.

Dans un environnement international marqué par une forte volatilité économique et financière, la France et ses partenaires travailleront, à Evian, à la résorption des déséquilibres macroéconomiques excessifs d’une manière coopérative et coordonnée, et à obtenir des engagements collectifs concrets. Concurrence prédatrice, surcapacités industrielles, sous-investissement, surendettement et dérégulation : ces déséquilibres menacent la prospérité et la stabilité économique des nations, favorisent les replis protectionnistes au détriment de tous et portent en germe des crises financières, économiques et géopolitiques.

La protection de l’enfance en ligne constitue une priorité commune aux membres du G7. Dans la continuité du Sommet pour l’Action sur l’IA organisé en 2025 à Paris, les chefs d’État et de gouvernement échangeront sur plusieurs initiatives destinées à mieux protéger les mineurs face à l’usage des plateformes numériques.

Les discussions porteront en particulier sur la guerre en Ukraine et le conflit au Proche et Moyen-Orient. Sur l’Ukraine, il s’agit de bâtir de la convergence pour poursuivre le soutien à l’Ukraine et obtenir une paix solide et durable, qui donne toute clarté à l’Ukraine et à l’Europe sur leur sécurité à l’avenir. Sur le Moyen-Orient, les échanges porteront notamment sur le rétablissement de la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz et les conditions d’une stabilité durable dans la région.

V.A.