Sécuriser le nord-Bénin, une tâche qui ne sera pas de tout repos sous Romuald Wadagni

Considérée comme l'un des derniers sanctuaires de la vie sauvage en Afrique de l'Ouest, la Pendjari est aussi un refuge pour les jihadistes des branches sahéliennes d'Al‑Qaïda et de l'État islamique, venus du Burkina Faso et du Niger voisins.

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« La vie est devenue très difficile »: dans le nord du Bénin, Boniface (le prénom a été changé) se souvient du temps où il installait des caméras‑pièges pour surveiller la faune dans la Pendjari. Aujourd’hui, il n’ose plus s’aventurer dans cette vaste réserve de 5.000 km², transformée par les jihadistes en zone de tous les dangers.

Considérée comme l’un des derniers sanctuaires de la vie sauvage en Afrique de l’Ouest, la Pendjari est aussi un refuge pour les jihadistes des branches sahéliennes d’Al‑Qaïda et de l’État islamique, venus du Burkina Faso et du Niger voisins. Ces groupes ne sont plus seulement présents: ils se sont désormais « enracinés » dans le nord du Bénin, souligne l’ONG ACLED, qui recense les victimes de conflits dans le monde.

« Le seul domaine dans lequel nous sommes toujours à la peine reste celui de la lutte contre le terrorisme sur la frontière nord« , avait reconnu fin 2024 le Président béninois Patrice Talon. Il s’apprête à passer la main après deux mandats de cinq ans et son dauphin et ministre des Finances Romuald Wadagni est le favori à l’élection présidentielle de ce 12 avril. S’il est élu, la situation sécuritaire sera son principal défi.

« La vie est devenue très difficile ici », confie Boniface, ancien employé de la Conservation du parc de la Pendjari. « Nous sommes au chômage, dépendants de nos femmes, et la sécurité n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était ». « Ce qui se passe au nord nous inquiète tous. Même ici à Cotonou, on sent que la situation peut évoluer. Moi, j’écoute les candidats surtout sur ce point », dit Marcel Ahouandjinou, 42 ans, conducteur de moto-taxi.

– 2025, l’année « la plus meurtrière » – 

L’ancrage local des groupes armés, combiné à la suspension de la coopération militaire avec le Niger et le Burkina Faso à la suite d’une crise diplomatique, a entraîné une recrudescence des attaques meurtrières au Bénin. Les violences ont également frappé de plein fouet une économie régionale déjà fragile, dans la zone la moins développée du pays.

« L’insécurité empêche déjà la production agricole dans certaines localités où les écoles restent fermées. Cela accélère la précarité et suscite des déplacements de population », explique un expert béninois des questions sécuritaires sous couvert d’anonymat. A Ségbana, ville frontalière du Nigeria touchée par les attaques jihadistes, une commerçante raconte: « J’avais envisagé de m’installer ailleurs. Mais où aller ? Comment repartir de zéro alors que j’ai toujours vécu ici »? C’est à moins de 100 km de là que Romuald Wadagni a lancé sa campagne, à Kandi, en promettant de développer le nord et de renforcer la sécurité. Son rival Paul Hounkpè a également visité la région. 

Le programme de M. Wadagni prévoit notamment la création de polices de proximité et la relance de la coopération sécuritaire avec le Burkina et le Niger. Dans son entourage, on assure qu’il est en mesure de reprendre le dialogue avec les Transitions de ces pays, actuellement hostiles au Bénin, qu’elle jugent trop pro-Occident.

« C’est une approche réaliste, mais ces mesures ne suffiront pas. Il faut surtout des mesures de justice sociale et de justice tout court », dit l’expert béninois. Depuis 2022, le Bénin a déployé des milliers de soldats dans le cadre de l’opération « Mirador » dans sa partie nord, combinant action militaire et projets de développement. Pour rompre son isolement diplomatique vis‑à‑vis du Burkina et du Niger, le pays a renforcé ses partenariats, notamment avec l’Europe.

La France conserve un rôle important, bien que plus discret, avec l’envoi de matériel et d’instructeurs, rappelait dans une étude de novembre 2025 Tanguy Quidelleur, chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique. Des entreprises de sécurité privées comme African Parks et l’Américaine Amentum occupent également une place centrale dans l’externalisation de la sécurité: maintenance aérienne, encadrement, formation opérationnelle des Forces béninoises, selon le chercheur.

Malgré ces moyens, l’année 2025 est devenue « la plus meurtrière » pour l’Armée béninoise, selon ACLED, qui relève que la zone frontalière Bénin-Niger-Nigeria est le nouvel épicentre du jihadisme en Afrique de l’Ouest. Selon un rapport d’experts présenté au Conseil de Sécurité de l’ONU en février 2026, la branche sahélienne d’Al-Qaïda a récemment nommé un « émir pour le Bénin ».

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