Seconde grand-messe climatique en Afrique: Qui fera quoi à Addis Abeba au cours des prochaines 48H?

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La deuxième édition du Sommet africain sur le climat (DR-Ibn Ibrahim )

Addis-Abeba (© 2025 Afriquinfos)- Deux ans après la première édition qui s’est tenue à Nairobi, la deuxième édition du Sommet africain sur le climat (ACS‑2 acronyme anglais) démarre ce lundi 8 septembre, à Addis-Abeba en Ethiopie, sous le thème «Accélérer les solutions climatiques mondiales : financement pour un développement résilient et vert de l’Afrique »

Dès ce 8 septembre jusqu’au 10 septembre 2025, l’ACS2), va réunir plus de 25 000 délégués et 45 chefs d’État pour discuter de solutions climatiques et de financements verts. L’événement souligne les défis de l’Afrique : mobiliser des ressources financières suffisantes, réduire sa vulnérabilité climatique et transformer ses engagements en actions concrètes et durables.

L’Afrique, continent le plus vulnérable aux impacts du changement climatique malgré sa faible contribution aux émissions mondiales, se trouve une nouvelle fois au centre du débat global à Addis-Abeba. Le sommet, organisé par le gouvernement éthiopien et l’Union africaine (UA), vise à accélérer les solutions climatiques et à promouvoir un développement résilient et vert. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed rappelle : ‘’Avec l’ACS2, l’Afrique peut démontrer que nous ne sommes pas seulement demandeurs d’aide ; nous sommes des innovateurs et des partenaires dans la transformation climatique mondiale.’’

L’agenda du sommet se concentre sur trois priorités : le financement climatique, les solutions technologiques africaines et la mise en œuvre des engagements pris lors du premier sommet de Nairobi en 2023. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le continent fait face à un besoin de financement estimé à 100 milliards $ par an pour adapter ses infrastructures, sécuriser l’agriculture et investir dans les énergies renouvelables. Une partie de ce financement pourrait provenir du Fonds vert pour le climat (GCF), mais le déficit reste énorme : seulement $30 milliards ont été mobilisés pour l’Afrique entre 2020 et 2024, selon le rapport de l’ONU sur le climat.

Avec l’ACS2, l’Afrique peut démontrer que nous ne sommes pas seulement demandeurs d’aide ; nous sommes des innovateurs et des partenaires dans la transformation climatique mondiale 

La question du financement est au cœur des débats. ‘’Les pays africains ont besoin de garanties solides et de mécanismes de financement innovants pour transformer nos ambitions climatiques en actions tangibles’’, explique H.E. Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA. L’ACS2 a pour ambition de catalyser des partenariats public-privé et d’attirer des investissements privés dans des secteurs clés tels que l’agroécologie, l’énergie solaire et les infrastructures urbaines résilientes.

Le sommet servira aussi de plateforme pour présenter des initiatives africaines concrètes. L’Éthiopie, pays hôte, met en avant son programme Héritage Vert et ses investissements dans les énergies renouvelables, notamment les projets hydroélectriques comme le barrage de la Renaissance. Le Rwanda et le Kenya exposeront leurs expériences dans la livraison de services climatiques via la technologie et la numérisation. Ces exemples montrent que l’Afrique possède déjà des solutions innovantes, mais la mobilisation de capitaux à grande échelle reste un défi majeur.

Les pays africains ont besoin de garanties solides et de mécanismes de financement innovants pour transformer nos ambitions climatiques en actions tangibles

En plus du financement, le sommet aborde la coordination régionale et la souveraineté climatique. ‘’Pour réduire la vulnérabilité du continent, nous devons travailler ensemble, harmoniser nos politiques et mettre en place des mécanismes de suivi pour que chaque engagement soit traduit en résultats concrets’’, souligne Kate Hampton, CEO de la Children’s Investment Fund Foundation (CIFF). Les enjeux sont immenses : l’Afrique doit concilier croissance économique, sécurité alimentaire et réduction des émissions.

Le sommet ACS2 ne se limite pas à des déclarations : il est conçu comme un catalyseur d’actions concrètes, encourageant les États africains à mobiliser des financements locaux et internationaux, renforcer la gouvernance climatique et exploiter des solutions technologiques adaptées au continent. Avec plus de 100 intervenants et 45 chefs d’État, l’événement devrait aussi renforcer le rôle de l’Afrique dans les négociations mondiales avant la COP30.

Le Deuxième Sommet africain sur le climat est un moment décisif pour le continent. L’enjeu principal reste la capacité de l’Afrique à transformer ses ambitions en investissements réels, réduire sa vulnérabilité et faire de la transition climatique un moteur de développement durable. Les résultats de ce sommet auront un impact direct sur la crédibilité du continent et sa capacité à attirer des financements privés et publics pour des solutions durables.

Les dirigeants africains déterminés

Pour cette 2e édition, l’ambition majeure de faire passer la capacité d’énergie renouvelable de l’Afrique de 56 GW en 2022 à au moins 300 GW d’ici 2030 sera au cœur des débats. Un défi colossal pour un continent qui détient pourtant 60 % du potentiel solaire mondial et 39 % du potentiel mondial total en énergies renouvelables, mais ne reçoit que 2 % des investissements mondiaux dans ce secteur.

‘’Alors que nous nous réunissons pour l’ACS2, notre mission est claire : transformer cette ambition de 2023 en action en augmentant les capitaux, en débloquant les chaînes de valeur et en forgeant des alliances qui ancrent la compétitivité de l’Afrique dans l’économie verte mondiale’’, a indiqué Ali Mohamed, envoyé spécial pour le climat du président kenyan William Ruto.

Les documents préparatoires du sommet révèlent en effet que l’Afrique a besoin d’environ 579 milliards de dollars pour financer l’adaptation entre 2020 et 2030. Pourtant, les flux actuels destinés à l’adaptation sont cinq à dix fois inférieurs aux besoins réels exprimés.

Selon Emmanuel Seck, directeur exécutif d’Enda Energie, cette situation s’explique par la ‘’défaillance’’de l’architecture institutionnelle africaine, avec trop peu de pays disposant d’entités accréditées auprès des fonds internationaux et de mécanismes nationaux opérationnels pour capter ces financements. ‘’Cette faiblesse structurelle prive le continent d’un accès direct aux ressources climatiques disponibles’’, relève-t-il.

L’expert plaide pour une révolution conceptuelle et dont l’objectif sera d’abandonner la logique d’aide au développement pour adopter celle d’investissement stratégique. ‘’Cette approche nécessite une clarification des flux financiers et une traçabilité rigoureuse des ressources réellement allouées au climat, particulièrement à l’approche de la COP30’’, affirme M. Seck.

Le défi ne se limite pas aux montants. Emmanuel Seck insiste sur la nécessité de créer une « gouvernance climatique de proximité » avec des dispositifs décentralisés capables de répondre aux besoins concrets des communautés. Il préconise la création d’un « Fonds climat localisé » avec des guichets régionaux accessibles directement aux producteurs ruraux, éleveurs et pêcheurs, permettant de financer des activités d’adaptation directement liées aux réalités locales.

La question de l’endettement climatique cristallise particulièrement les préoccupations. Le Directeur exécutif de Enda Energie soutient qu’il est ‘’inacceptable, du point de vue de la justice climatique, que les pays les plus vulnérables soient contraints de s’endetter pour faire face à une crise qu’ils n’ont pas causée.

Adrian Chikowore de Christian Aid Zimbabwe abonde dans le même sens et affirme que ‘’l’Afrique ne peut pas lutter contre la crise climatique tout en croulant sous les dettes. Nous devons retrouver le rôle des finances publiques en veillant à ce que l’action climatique soit financée par des instruments équitables, prévisibles et n’entraînant pas d’endettement’’.

 Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, hôte du sommet, affirme avec force que ‘’l’heure n’est plus aux discours, mais à l’action audacieuse. Nous ne sommes pas les victimes d’une crise que nous n’avons pas créée, mais les architectes d’un avenir juste, vert et résilient. L’Afrique ne recherche pas la charité, mais la justice ; pas la pitié, mais le partenariat.

La ministre éthiopienne de la Planification et du Développement, Fitsum Assefa, insiste sur le potentiel du continent et note que l’Afrique a la possibilité de construire des économies résilientes et durables à partir de zéro, en réduisant le risque des investissements verts et en augmentant les rendements à long terme.

’Pour libérer ce vaste potentiel, il faut abandonner les perceptions dépassées de l’Afrique comme un continent à haut risque et reconnaître au contraire son rôle central dans la stabilité du climat et l’équité de l’économie mondiale’’, plaide-t-elle.

Le sommet devrait culminer le 10 septembre avec la Déclaration d’Addis-Abeba, qui ‘’devrait envoyer un signal clair : la résilience n’est pas seulement une protection contre les pertes, c’est un investissement économique intelligent qui améliore les conditions de vie et favorise la croissance à long terme.’’

Cette déclaration s’annonce comme un prélude crucial aux négociations de la COP30, avec l’ambition de définir une feuille de route ‘’de Bakou à Addis-Abeba, en passant par Belém. L’Afrique veut que « le monde entende un message unifié : nous sommes des partenaires qui façonnent l’avenir de la planète. ‘’

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