Sahel: Alliance JNIM-FLA, un dangereux antécédent à même de chambouler la sécurité régionale

Les attaques d'ampleur inédites menées au Mali par les rebelles touareg et la branche sahélienne d'Al‑Qaïda concrétisent de manière spectaculaire leur alliance scellée il y a un an.

Afriquinfos Editeur
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Des rebelles touaregs de la coalition du Front de libération de l'Azawad (FLA) à Kidal, le 26 avril 2026 au Mali.
Des rebelles touaregs de la coalition du Front de libération de l'Azawad (FLA) à Kidal, le 26 avril 2026 au Mali.

Les attaques d’ampleur inédites menées au Mali par les rebelles touareg et la branche sahélienne d’Al‑Qaïda concrétisent de manière spectaculaire leur alliance scellée il y a un an, fondée sur des intérêts divergents mais face un ennemi commun: la Transition au pouvoir depuis 2020 et ses paramilitaires russes.

Les jihadistes du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, allié à Al-Qaïda) ont revendiqué ce 25 avril une série d’attaques coordonnées et d’ampleur avec la rébellion touareg du FLA (Front de libération de l’Azawad) contre des positions stratégiques du pouvoir malien, en périphérie de Bamako et dans plusieurs villes importantes.

Le soir de ces attaques, le JNIM a proclamé une « victoire« , estimant qu’elle est le fruit d’un « travail acharné« , d’une coordination avec ses « partenaires » et « grâce à la participation active de nos frères du Front de libération de l’Azawad« , groupe indépendantiste à dominante touareg (créé en novembre 2024 qui revendique le territoire de l’Azawad dans le nord du pays).

Les rebelles et les jihadistes ont lancé ce 25 avril un assaut conjoint contre la ville clef de Kidal, qu’ils contrôlent désormais à nouveau, après l’avoir perdue en novembre 2023, à la suite d’une offensive de l’Armée malienne appuyée par des paramilitaires russes. Selon des sources sécuritaires, les deux groupes ont également combattu ensemble à Gao ce 25 avril où ils ont été repoussés par l’Armée malienne, mais sont toujours déployés dans la zone.

Ces assauts conjoints rappellent ceux de 2012, lorsque des rebelles touareg s’étaient alliés à des jihadistes pour prendre les grandes villes du nord, avant que cette alliance débouche sur des affrontements violents entre les deux, les jihadistes chassant alors les indépendantistes touareg. Le nord du pays avait par la suite été libéré de l’occupation jihadiste en janvier 2013, après une intervention aérienne décisive de l’Armée française.

Depuis lors, les relations entre les deux camps ont été conflictuelles, jusqu’à des combats directs encore observés en avril 2024 à la frontière mauritanienne, explique à l’AFP Wassim Nasr (spécialiste des mouvements jihadistes, et chercheur au Groupe de réflexion ‘Soufan Center’).

– « Agendas différents » –

M. Nasr explique qu’un accord a été conclu il y a un an entre le FLA et le JNIM, accord qu’il avait révélé à l’époque. Peuple historiquement nomade répartis entre plusieurs États – Mali, Niger, Algérie, Libye et Burkina Faso –, les Touareg mènent depuis des décennies des luttes armées contre leur « marginalisation« , en particulier autour de Kidal. Cette nouvelle alliance entre le FLA et le JNIM prévoit notamment l’acceptation par les rebelles touareg de l’application de la charia, la mise en place de juges reconnus par les deux mouvements, un échange de compétences militaires, ainsi qu’un principe selon lequel, en cas de prise de villes, la gestion urbaine serait confiée en priorité au FLA, et la gestion rurale aux jihadistes, détaille le chercheur.

Cette coopération s’est matérialisée au cours de l’année dernière par des transferts de savoir‑faire militaire, notamment en matière d’engins explosifs improvisés (IED) ou d’utilisation de mortiers, des capacités jusque‑là peu maîtrisées par le FLA mais détenues par le JNIM, souligne Wassim Nasr. Mais les attaques coordonnées conjointes de ce 25 avril marquent « la première fois qu’on a vraiment l’application des termes de l’accord », poursuit le chercheur.

La spécificité de cette nouvelle alliance: elle unit deux organisations aux agendas différents, relève Jean‑Hervé Jezequel, directeur du projet ‘Sahel’ à International Crisis Group. « Le JNIM porte un projet politico‑religieux, centré sur l’instauration de la charia et le rejet des forces étrangères, tandis que le FLA défend un agenda territorial et autonomiste, centré sur l’Azawad« , explique-t-il.

© Afriquinfos & Agence France-Presse