Raffinerie Dangote en bourse: Mode d’emploi pour voir vos placements contribuer à lever 1,6 milliard USD!

Afriquinfos Editeur
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Aliko Dangoté et ses filles (DR-Life info)

Lagos (© 2026 Afriquinfos)- L’homme le plus riche d’Afrique, Aliko Dangote, a lancé, ce lundi 14 septembre, l’introduction en Bourse de sa méga-raffinerie au Nigeria. En ouvrant son capital, il veut faire de Dangote un actif détenu, en partie, par les Africains eux-mêmes.

4,1 milliards d’actions ordinaires sont proposées au prix unitaire de 525 nairas, soit 0,40 dollar. L’opération, ouverte jusqu’au 13 octobre 2026, vise à lever 1,62 milliard de dollars, sur la base d’une valorisation de l’usine de Lekki estimée à 47 milliards de dollars. Un projet dont la genèse remonte au financement initial bouclé en 2013.

L’objectif affiché est de mobiliser jusqu’à 10 millions d’investisseurs particuliers, une échelle qui témoigne de la volonté du groupe d’ancrer ce projet industriel dans l’épargne populaire nigériane et africaine, au-delà des seuls fonds institutionnels traditionnels.

« Aujourd’hui, il ne s’agit pas simplement de l’introduction en Bourse d’une entreprise. Il s’agit de l’introduction en Bourse d’une nouvelle possibilité pour le Nigeria, pour l’Afrique et pour les Noirs« , a affirmé l’homme le plus riche d’Afrique.

Au-delà des milliards mobilisés, l’enjeu est de faire des citoyens ordinaires des copropriétaires d’un outil industriel majeur, dans un continent qui importe encore plus de 70 % de ses carburants raffinés.

’Pour nous, ce n’était ni facile ni difficile à proprement parler, c’était simplement ce qu’il fallait faire pour lancer les choses. Et il nous a fallu pas mal de temps pour exécuter le projet. Nous avons levé le financement en 2013, à peu près, et le projet a mis du temps à être pleinement réalisé. Vous pouvez donc imaginer ce que nous traversions en termes de remboursement des emprunts avant même d’avoir achevé le projet. Cela a exercé une forte pression sur la trésorerie du groupe. Nous avons réussi à surmonter ces difficultés’’, a confié Olakunle Alake, Vice-Président de Dangote Industries Limited

’Sans cette raffinerie, le gouvernement n’aurait pas pu réellement dérèguler, parce qu’il n’y aurait rien eu à dérèguler. Ça, c’est le premier point. Deuxièmement, le taux de change serait encore à 1 800-1 900. Les résultats dont nous parlons n’en seraient pas là où ils sont aujourd’hui, à 50. Parce que tout cela est en réalité provoqué par cette raffinerie. Sans elle, nous ne verrions pas tous ces progrès’’, a également laissé entendre Aliko Dangote, Président de Dangote Industries Limited.

Les capitaux levés serviront à porter la capacité de traitement de la raffinerie à 1,4 million de barils par jour d’ici l’horizon 2029. Un volume qui ferait de Lekki un pilier stratégique de l’approvisionnement énergétique sur le continent africain en réduisant durablement la dépendance aux carburants importés et positionnant le continent comme un acteur majeur du raffinage pétrolier mondial.

La raffinerie Dangote, mis en service il y a deux ans, est aujourd’hui présentée comme la plus grande raffinerie d’Afrique. Elle produit 700.000 barils de pétrole par jour et dépasse, désormais, la demande intérieure en carburants du Nigeria, explique l’agence de presse Reuters.

Aliko Dangote prévoit de porter la capacité à 1,4 million de barils par jour d’ici 2028, affirme Bloomberg. Si cette expansion se concrétise, la raffinerie deviendrait la plus grande au monde, devant le complexe de Jamnagar, en Inde.

L’enjeu est considérable pour le continent africain qui reste fortement dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. L’Afrique importe encore plus de 70% de ses carburants raffinés, selon le magazine Forbes.

Jusqu’ici, les grands projets du continent ont souvent été associés à des financements extérieurs, qu’ils proviennent d’investisseurs internationaux, d’institutions financières ou de marchés étrangers. Avec l’introduction en Bourse de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals, le pari est différent.

Au Nigeria, moins de 5% de la population possède actuellement des actifs boursiers, selon le média économique Bloomberg. L’introduction de Dangote apparaît donc aussi comme une tentative de démocratiser l’accès aux marchés financiers aux Nigérians d’abord, puis aux Africains.

Le succès populaire de l’opération reste néanmoins à nuancer. Pour certains Nigérians interrogés par Reuters, investir dans Dangote représente une occasion exceptionnelle de devenir copropriétaire d’une entreprise nationale en pleine expansion. Pour d’autres, même un ticket d’entrée relativement faible reste inaccessible dans un contexte où une partie de la population lutte avant tout pour satisfaire ses besoins essentiels.

Une démarche meublée de défis

Les réalités financières du continent peuvent être un obstacle au projet d’Aliko Dangote. Un investisseur béninois, ivoirien ou sénégalais ne peut pas simplement acheter les actions Dangote comme un investisseur nigérian. Les marchés financiers africains restent cloisonnés et les systèmes de paiement et les monnaies communiquent encore difficilement entre eux.

Le problème est particulièrement visible entre le naira et le franc CFA: pour certains investisseurs de la zone CFA, la conversion nécessite de passer par le dollar, ce qui ajoute des contraintes techniques et financières.

Pour les spécialistes cités par Forbes, la solution passerait notamment par une plus grande intégration des marchés financiers africains, particulièrement au sein d’espaces économiques comme la CEDEAO. La mutualisation des marchés permettrait de donner aux entreprises africaines un accès plus large aux investisseurs du continent et de faciliter la circulation de l’épargne.

L’ambition d’Aliko Dangote dépasse d’ailleurs largement la raffinerie nigériane. Le groupe prévoit de construire une autre raffinerie de 700.000 barils par jour à Lamu, au Kenya, tandis que des projets d’infrastructures énergétiques et de transport doivent étendre son empreinte vers l’Afrique australe.

L’introduction en Bourse pourrait ainsi devenir un outil pour accompagner cette expansion. Le groupe envisage même, à terme, de faire entrer en Bourse l’ensemble de ses activités. La logique est celle d’un champion africain capable de changer d’échelle grâce aux marchés de capitaux africains.

V.A.