Que retenir de la 4è Conférence ministérielle des diplomaties féministes tenue en France?

La 4ᵉ Conférence sur la diplomatie féministe s’est tenue du 22 au 23 octobre.

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Que retenir de la 4è Conférence ministérielle des diplomaties féministes tenue en France?
La 4è Conférence ministérielle des diplomaties féministes tenue en France (DR-Ambassade du Canada en France).

Paris (© 2022 Afriquinfos)- La 4ᵉ Conférence sur la diplomatie féministe s’est tenue du 22 au 23 octobre, et intervenait à un moment crucial, alors que le multilatéralisme et les droits des femmes, des filles, des adolescentes et des personnes sont de plus en plus remis en cause.

Pour la première fois, depuis la création de cette initiative, une déclaration politique commune a été officiellement adoptée et signée par 31 pays sur 55 représentés marquant une étape majeure dans l’engagement et la coopération entre les pays engagés en faveur de l’égalité de genre au niveau international. 

Cette déclaration est saluée par la société civile pour son langage ambitieux en matière de droits des femmes des adolescentes et des filles, de lutte contre les violences basées sur le genre et contre toutes les formes de discriminations croisées, y compris celles liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle. Elle affirme également le soutien à la société civile, y compris aux organisations féministes, et la défense des droits sexuels et reproductifs. 

La déclaration finale fixe huit principes communs : Respecter, protéger, promouvoir et réaliser les droits humains des femmes et des filles dans toute leur diversité. 

Combattre les formes de violences basées sur le genre et de discrimination, prenant en compte les discriminations multiples et croisées, y compris la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre et facilitées par la technologie. 

Impliquer les hommes et les garçons comme acteurs du changement et comme parties prenantes de l’égalité de genre. 

Soutenir la société civile, les organisations féministes y compris les défenseures des droits humains, et promouvoir un environnement favorable à leurs actions. 

Défendre les droits des femmes, des adolescentes et des filles dans leur diversité à prendre des décisions éclairées sur leur vie et leur corps et continuer à promouvoir les droits et la santé sexuels et reproductifs. 

Reconnaitre l’existence de diverses formes de familles et leur protection. 

Redoubler d’efforts pour assurer la participation pleine, effective et significative des femmes et des jeunes à tous les systèmes de prises de décision.

Concevoir et promouvoir au sein des administrations et de la diplomatie une culture féministe. 

Si ces engagements structurent une vision partagée ambitieuse, leur impact dépendra de leur traduction concrète dans les politiques publiques, les financements et les mécanismes de suivi.

Transformer les engagements en actes: financement et redevabilité 

La société civile salue la volonté des États de soutenir les organisations féministes, mais ce soutien doit se traduire en financements effectifs, cohérents et durables avec les ambitions affichées. Soutenir les organisations féministes n’est pas seulement une question de moyens : c’est un choix politique essentiel pour garantir l’égalité et la mise en œuvre effective des droits des femmes et des filles.

Lors de l’ouverture de la conférence, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot a rappelé cet enjeu essentiel : « Nous renouvelons aussi notre soutien aux organisations de la société civile. Sans elles, notre diplomatie féministe en resterait aux bonnes intentions. Trop d’associations féministes dépérissent aujourd’hui, faute de financements, alors même qu’elles sont en première ligne ».

Aujourd’hui, ces financements restent largement insuffisants. En 2020-2021, seulement 4 % de l’aide bilatérale destinée à l’égalité de genre comme objectif principal a été allouée directement aux organisations féministes (OCDE, 2023). Les coupes budgétaires récentes aggravent la situation : près de la moitié des organisations féministes opérant dans des contextes humanitaires et de crise risquent de fermer dans les six mois à venir, privant les communautés vulnérables d’un soutien essentiel (ONU Femmes, 2025).

L’annonce, lors de la conférence, d’un “commitment tracker” afin d’assurer le suivi des annonces faites lors de cette conférence constitue un pas en avant, mais son efficacité dépendra de sa capacité à devenir un véritable mécanisme de redevabilité, avec suivi régulier, transparence et participation réelle de la société civile, y compris avec les organisations féministes, les associations de femmes handicapées, groupes LGBTQIA+, jeunes et leaders autochtones. 

La stratégie ministérielle de la France dédiée à la diplomatie féministe (2025-2030), publiée récemment dans son intégralité, ne prendra toute sa portée que si elle s’accompagne d’un cadre de redevabilité clair, ambitieux et élaboré en partenariat avec la société civile.

Tout au long de la conférence, et dès sa phase préparatoire, la société civile s’est fortement mobilisée pour formuler des propositions concrètes, visant à dépasser les discours et à traduire les engagements en actions tangibles.  En amont, une déclaration commune a été publiée et signée par près de 150 organisations, affirmant leurs priorités et recommandations. 

La société civile continuera de veiller à ce que les engagements se traduisent en actions concrètes, en suivant les financements, les politiques publiques et les mécanismes de redevabilité. Sa participation sera également essentielle lors de la 5ᵉ conférence, qui sera accueillie par l’Espagne, pour continuer à influencer les engagements et garantir leur inclusion, leur financement et leur redevabilité.

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