Des milliers de personnes se sont réunies samedi 18 janvier 2025 dans le nord du Liberia pour les funérailles de l’ex-chef de guerre devenu politicien Prince Johnson, réputé pour sa cruauté et acteur majeur des guerres civiles qui ont ravagé le Liberia entre 1989 et 2003.

‘Le plus grand arbre, dont nous dépendions tous, est tombé’, a déclaré Charles G. Wondor, un agriculteur de Nimba de 65 ans. ‘Nous n’aurons personne pour le remplacer pour tout ce qu’il a fait pour le comté et la population. Nous ne pensons pas avoir de nouveau quelqu’un comme lui’. ‘Prince Johnson était un grand homme’, selon Darling N. Nuahn, femme d’affaires de Nimba. ‘C’est tellement regrettable de le perdre’.
Après la cérémonie, l’inhumation a eu lieu à l’Université polytechnique PYJ toute proche, créée par le défunt et nommée en son honneur. Il est l’un des huit chefs de guerre dont une Commission ‘Vérité et réconciliation’, installée en 2006, préconisait en 2009 qu’ils soient jugés par un Tribunal spécial. La Commission l’avait alors identifié comme étant l’individu ayant le plus de victimes à son actif pendant les guerres civiles libériennes, l’accusant de meurtres, extorsion, massacres, destructions de propriétés, recrutement forcé, enlèvements, torture, travail forcé et viols. La mise en œuvre des recommandations de cette Commission se fait toujours attendre depuis 16 ans.
Prince Johnson ‘s’est débrouillé pour avoir une telle influence politique lorsqu’il est revenu‘ de son exil au Nigeria, de 1992 à 2004, ‘qu’il a en quelque sorte réussi à confisquer ou détourner les efforts de justice’ de la Commission ‘Vérité et réconciliation‘, estime Alain Werner, avocat et directeur de l’ONG Civitas Maxima, joint par téléphone. ‘En un sens, jusqu’à sa mort l’an dernier, il était au-dessus des lois‘.
Rentré au Liberia en 2004 avec un message de paix et de réconciliation, il était devenu prédicateur dans une église évangélique où il était suivi par de nombreux fidèles, conservant une forte popularité. Ce père de 12 enfants n’a jamais exprimé de regret. ‘Je n’ai rien fait de criminel (…) J’ai combattu pour défendre mon pays, mon peuple qui était mené à l’abattoir, comme s’ils étaient des poulets et des chèvres, par le régime Doe‘, avait-il déclaré en 2011, pendant la campagne de l’élection présidentielle où il avait fini troisième.

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