N’Djaména (© 2026 Afriquinfos)- L’annonce par Washington, samedi 3 janvier 2026, d’une opération visant la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse a provoqué une onde de choc mondiale. Sur le continent, alors que certains pays se sont murés dans un silence, d’autres Etats comme l’Afrique du Sud, le Ghana, le Tchad, le Nigeria sont montés au créneau pour dénoncer l’invasion militaire du Vénézuela par Donald Trump. Ils dénoncent une violation flagrante du droit international.
Le Tchad rappelle son attachement au droit international, tandis que le Ghana qualifie l’opération d’acte ‘’colonial’’ créant un dangereux précédent pour l’ordre mondial.
Dans un communiqué de presse publié samedi à N’Djaména, le ministère tchadien des Affaires étrangères a révélé qu’un entretien téléphonique s’est tenu le 2 janvier 2026 à 19h30 entre le ministre d’État Abdoulaye Sabre Fadoul et son homologue vénézuélien Yvan Gil Pinto.
Selon le porte-parole Ibrahim Adam Mahamat, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères a informé son homologue tchadien ‘’des bombardements dont ont fait l’objet la capitale vénézuélienne, ainsi que des opérations ayant conduit à l’exfiltration du Président Maduro de son territoire’’.
Le ministre tchadien a exprimé ses ‘’vives préoccupations’’ face à cette situation et rappelé « le ferme attachement du Tchad au respect du droit international, dont dépend l’existence d’un ordre mondial juste et pacifique », ainsi que ‘’l’importance de préserver la paix, la stabilité et l’intégrité territoriale du Vénézuela, pour éviter des souffrances inutiles au peuple frère vénézuélien’’.
Les deux ministres se sont engagés à maintenir un contact régulier afin de suivre l’évolution des événements.
De son côté, le Ghana a haussé le ton dimanche matin dans un communiqué rendu public à Accra, qualifiant l’opération américaine d’ ‘’invasion unilatérale et non autorisée » survenue « aux premières heures du samedi 3 janvier 2026’’.
Le gouvernement ghanéen exprime de ‘’fortes réserves contre l’usage unilatéral de la force » et déplore fermement ‘’de tels actes qui violent la Charte des Nations Unies et le droit international, ainsi que la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États’’.
Accra suit ‘’avec une grande préoccupation » la situation au Vénézuéla, notant que « de telles atteintes au droit international, les tentatives d’occupation de territoires étrangers et le contrôle extérieur apparent des ressources pétrolières ont des implications extrêmement néfastes sur la stabilité internationale et l’ordre mondial’’.
Le Ghana s’inquiète également des déclarations du président américain Donald Trump selon lesquelles les États-Unis vont ‘’diriger’’ le Vénézuela ‘’jusqu’à ce que nous puissions effectuer une transition sûre, appropriée et judicieuse’’ et que les grandes compagnies pétrolières américaines seront invitées à ‘’y aller’’.
Accra réaffirme son ‘’engagement envers le principe d’autodétermination » et estime fermement que « seul le peuple vénézuélien devrait déterminer librement son avenir politique et démocratique’’.
Le Ghana appelle à ‘’une désescalade immédiate et à la libération du président Maduro et de son épouse’’, tout en maintenant ‘’sa position de principe de longue date contre l’invasion, l’occupation, le colonialisme, l’apartheid, le mépris de la souveraineté et toutes les formes de violation du droit international’’.
Pretoria, Abuja, UA
À Pretoria, l’opération américaine est qualifiée de violation manifeste de la Charte des Nations unies. Daily Maverick parle d’un « précédent dangereux qui pourrait s’appliquer demain à n’importe quel pays africain, y compris le nôtre ». Pour l’Afrique du Sud – pays membre des Brics – et en première ligne pour représenter le Sud global – la capture de Maduro rappelle que la souveraineté reste fragile et que l’ordre international peut être remis en cause par des actions unilatérales. Les relations entre Pretoria et Washington ont toujours été marquées par une méfiance prudente : Donald Trump avait critiqué ouvertement le gouvernement sud-africain sur la question foncière et l’agriculture, accusant Pretoria de persécuter les fermiers blancs, et le président américain n’a jamais caché son scepticisme à l’égard de l’Union africaine. Dans ce contexte, la spectaculaire opération contre le président vénézuélien résonne comme un signal clair : aucun pays, même doté d’une armée moderne et d’infrastructures solides, n’est à l’abri de pressions ou d’ingérences si les intérêts stratégiques américains sont en jeu.
Au Nigeria, la lecture est encore plus alarmante. Cheta Nwanze, analyste géopolitique, écrit dans The Vanguard que l’opération vénézuélienne représente ‘’une démonstration vivante d’une doctrine nouvelle et impitoyable qui menace directement notre souveraineté, notre stabilité et notre économie déjà fragile’’. Selon lui, les parallèles sont évidents avec le Nigeria : pays riche en ressources, divisé et confronté à des crises sécuritaires, il pourrait devenir la prochaine cible d’une logique similaire.
Le souvenir des frappes américaines sur l’État de Sokoto en décembre 2025, menées dans le cadre de la lutte contre Boko Haram et ayant causé des centaines de victimes civiles sans même prévenir Abuja, accentue cette peur. Pour beaucoup de Nigérians, l’opération vénézuélienne renforce l’impression que Washington pourrait agir unilatéralement sur leur territoire, transformant le pays en laboratoire d’une doctrine « préventive » et mettant directement en danger la souveraineté nationale.
La capture de Maduro, ajoute Nwanze, « introduit une variable incalculable dans le climat des affaires. Pourquoi un investisseur sérieux engagerait des milliards dans nos infrastructures si une puissance étrangère peut à tout moment invoquer une nouvelle doctrine et intervenir ? » Les implications économiques et sociales sont énormes : fuite des capitaux, paralysie de projets et aggravation des divisions internes.
Les critiques nigérianes sont corroborées par des personnalités locales. L’ancien sénateur Shehu Sani dénonce l’opération comme une violation du droit international et un précédent dangereux, comparant l’action de Trump aux interventions passées en Irak et en Libye. De son côté, Omoyele Sowore affirme que ‘’le moment est venu d’affronter une vérité inconfortable : le système international est devenu impuissant face à l’agression unilatérale’’.
Ces déclarations rappellent l’ère coloniale et impérialiste. Elles créent un dangereux précédent pour l’ordre mondial. De telles ambitions coloniales n’ont pas leur place dans l’ère post-Seconde Guerre mondiale », fustige le communiqué ghanéen.
Ces réactions s’ajoutent à celles de l’Union africaine, qui a exprimé sa ‘’grave préoccupation’’ samedi, et de l’Afrique du Sud, qui a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.
V.A.



